Vendanges 2020 – Se sentir Corse


En avant pour les Vermentino. Que j’aime ce cépage. Comme les Corses, qui en font quelques uns des plus grands vins blancs du monde, il est fier. Ombrageux. Généreux. J’arrête là, ça fait cirage de pompe en vue de mon prochain voyage sur THE Island…

Le Vermentino, je l’ai croisé dans le Roussillon il y quinze ans, un peu par hasard, dans une situation complexe qui fait partie des quelques rares que je ne peux pas raconter. Bref. C’est un cépage «Multi-Face», comme dans Games of Thrones, il peut changer de manière assez incroyable selon le terroir où il est planté et le mode de culture.

Je l’ai d’abord planté sur du carbonate de calcium presque pur, sur des roches concassées trois fois, là-bas, au bout du monde, à la limite de Vingrau et d’Opoul. Il y fait de petites grappes allongées, des grains «plomb de chasse», dore vite mais garde une grande acidité et une palette aromatique vaste, profonde, toujours joyeuse, qui m’enchante. Le Vermentino, c’est un troubadour d’antan, virevoltant grelots aux pieds et luth à la main.

Puis, pour faire autre chose (surprise…), on l’a planté sur Espira, sur ces schistes noirs décomposés qui ressemblent à de la cendre. On est loin de l’ardoise, loin du feuilletage habituel, des plaques anguleuses de schiste dont on fait les toits et parfois des fusains. On a, quand on sort de ces vignes là, les pieds «crémat» comme on dit en Catalan, comme brûlés. Les quelques cailloux remontent avec le labour mais il y en a peu et ces terroirs sont particulièrement faciles à cultiver : faciles à labourer, faciles à semer, intercep «trop pingres in the roses» (Two Fingers In The Nose avant correction auto…). Je l’avoue, au départ, je ne me sentais pas bien là bas, loin de mon calcaire chéri. Et puis, maintenant, je l’aime pour ce qu’il me donne, pas pour son apparence. Il n’y a pas d’amour, il y a que des preuves d’amour… Merci Maman de m’avoir inculqué ce genre de…

Il y a cinq ans, on a acheté, cher – sous les moqueries locales et les augures de Cassandre me prédisant «qu’ici, je ne produirai rien» – trois hectares de terres abandonnées depuis dix ans. On a enlevé les pins (grands, les pins…), retrouvé les écoulements naturels, nettoyé les fossés emplis de cannes (le bambou du pauvre), préparé soigneusement les sols et replanté en racines longues. On n’avait pas de doute, parce qu’on avait juste parlé avec les anciens, qui eux, m’avaient parlé avec des trémolos dans la voix du Maccabeu de compétition qui poussait là autrefois, ajoutant des fallait le voir pour le croire qui font réfléchir. «Un qui sait vaut dix qui cherchent» me disait souvent Charlou. Et il avait bien raison. Le Schiste, c’est déjà pas commun (Loire, Beaujolais, Ardèche, Rhône nord) mais décomposé comme ça, c’est rare. Et précieux. Si je ne m’étais pas installé en Roussillon, j’aurais sans doute fini en Anjou Villages Brissac. Vous connaissez ma passion pour le Cabernet Franc…

La parcelle est divisée en deux, des schistes profonds, qui recueillent les eaux de ruissellement du haut qui passent obligatoirement par elle pour rejoindre la rivière, en contrebas. Une partie plus maigre, au caractère plus complexe, des schistes plus clairs (gréseux ?), sans doute, mais je suis nul en géologie et il faudra un jour que je m’offre une balade avec un pro. Le rang court sur les deux terroirs, et, en trois mètres, la physiologie de la vigne change totalement. On a laissé quelques raisins sur les plantiers pour faire un VSIG et, à l’œil, je crois que le plus abruti des négationnistes comprend que le terroir, ça existe.

En bas
En haut, même lieu, même heure

Deux petites vendanges, grappes entières, deux petits pressoirs. Allez, je vous mets sur la voie, on va faire de la cuvée, des premières tailles et des deuxièmes tailles…

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours. Un peu d’I Muvrini, je crois qu’on pouvait pas faire autrement… J’aime particulièrement cette version live avec Florent Pagny. Héééééééééééééhoooooohééééoooooooééééééééééé…

Un commentaire

  • Patrice BONNET
    01/09/2020 at 4:39

    Très intéressant cet article, et belles photos… qui donnent soif 🙂
    Et puis, ça fait du bien de retrouver un blog vivant.

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