Vendanges 2020 – Jour 1 – Se griser


De vent, d’abord. Une petite tramontane à 90 km/h. De froid, ensuite, un fond de l’air plutôt frais pour la saison, 14 °. De Grenache gris, enfin, parce que le jour est venu de le rentrer. 7 septembre. Pas mal. Habituel.

Le Grenache Gris, il est ici le plus souvent planté un peu n’importe où, en foule, dans des parcelles destinées à l’époque à l’élaboration du «Vin Doux», le fameux Rivesaltes qui a fait la fortune du département, puis sa ruine, tant on pensait que la manne était intarissable. Un peu de noir, de gris, de blanc dans la même parcelle, bien mélangés, et on était à peu près certain, quel que soit le climat, de récolter, même un peu les années de coulure. Du coup, maintenant, il faut courir après les ceps, placer et replacer sans cesse les vendangeurs qui s’égaillent gentiment dans les rangs, soulés par un vent pour eux inhabituel. En fait, j’en sais rien. Je demanderai demain à Nicolas si en Roumanie, ça vente.

Serge tente de garder son calme, donne des conseils aux jeunes : par ce temps là, avec ce vent glacial qui déboule d’un Nord où l’été lutte déjà pour sa survie, il vaut mieux mettre une liquette un peu chaude qui te protège les reins. Une liquette… Mon Dieu, voilà que je parle comme notre bon président, avec des mots que les moins de vingt ans, ils savent même pas que ça existe… Je tente la ceinture Gibault ? Bon, pas grave, l’essentiel est d’avoir les reins couverts, au chaud. Sinon, ce soir, ça va piquer. Il en profite pour expliquer comment la Mutualité Sociale Agricole voudrait qu’on vendange : un genou devant, le coude sur le genou, pour ménager nos dos. Indiscutablement, il faudrait qu’on le fasse. Indiscutablement, il faudrait aussi qu’on interdise le Nutella. Mais…

Bien content d’avoir pensé à prendre un sweat ce matin. Un peu tôt, peut-être, ce Gris ? Oui, un peu tôt. Mais je le sens comme ça. Enfin, j’ai l’impression un peu quand même d’être dans un épisode de la 4ème Dimension, de vivre, décidément, cette année, dans un autre espace-temps. La Bourgogne décuve, la Champagne a terminé, les P.O. sont vendangées à 80 % et me voilà à faire mon premier jour de vraies vendanges, ce jour où les choses sérieuses commencent, les moments où l’on va tenter le grand vin.

J’ai regardé dimanche, entre deux évanouissements dus à la fatigue, des bouts d’un film sur les 24 heures du Mans. Un truc avec Ford et Ferrari. A un moment, le père pilote demande à son fils s’il voit «le tour parfait». Le tour où il accélérerait là, freinerait ici, au centimètre près, au régime moteur parfait, à la limite des capacités des pneus, des freins. Ce tour parfait, ce vin parfait je l’ai toujours en tête, là, devant moi… L’essentiel est de tendre vers, pas vraiment de l’atteindre. Le chemin n’est pas difficile, c’est le difficile qui est le chemin…

Les vignes, des massales de 70 ans, sont comme nous : certaines sont mortes, d’autres ne vont pas tarder, d’autres sont debout, noueuses, dressées, capables de nous surprendre. Voire plus. «Que du bonheur», comme dirait Jean-Pierre Marielle.

Les camions frigo ont eu le temps de refroidir encore un peu les raisins, on encuve et la première analyse tombe du Foss : 12,6° potentiel. Ah. Quand même. On va attendre un peu pour les Grenache Blancs, si vous voulez bien. On a la tension, le fruit frais, on ira chercher la semaine prochaine le fruit mûr.

Intérieur. Nuit. 23 heures en fait. Je cherche le courage pour tenir le rythme du blog quotidien. Trop occupé pour écrire aujourd’hui, du coup, ma soirée y passe. Ca prend du temps. Mais quand on aime…. Je finis d’écouter l’émission de Rebecca Manzoni que j’avais commencée samedi, en faisant le tour des vignes, sur la grandeur et décadence du Slow. Quel talent. Quel dommage, le déclin et la mort du slow, quand même. Elle en cite des grands, il manque quand même celui là…

Pong ! I. ma dernière copine d’école hôtelière avec qui je suis en contact, m’envoie au même moment une photo d’elle et son mari sur un bateau, quelque part en Méditérannée, dans un mood «copains d’avant». Je suis SÛR qu’on l’a dansé ensemble, celui là. Les synchronicités, quand même… Quelque part, ces billets quotidiens, c’est des slows, non ? Et le confit, c’est un légume ?

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours. Et oui, j’écoute des chanteurs populaires, comme je bois des petits vins. Les deux, quand ils sont bons. Même Louane, acoustique.

4 commentaires

  • Patrice BONNET
    08/09/2020 at 9:33

    Toujours de belles photos de vignes et de grappes de raisin, j’aime beaucoup.
    Le récit de vos vendanges, c’est comme une aventure par procuration 🙂
    Patrice B.

  • Roland Marchetti
    08/09/2020 at 10:12

    Tu es toujours un adorable poète,
    Merci de nous faire partager tout cela ,v
    C’est un plaisir..
    Bonnes Vendanges,,,,

  • MANUEL DA MOTTA VEIGA
    08/09/2020 at 10:31

    Merci mon Ami Hervé d’exister et de nous faire sentir partie intégrante de ton univers et de celui du Clos des Fées ! Je suis abonné à ton blog, donc je reçois tes « billets » par mail, mais je trouve l’idée de les publier sur Facebook (comme les autres années) très intéressante, pour que le public découvre le grand humaniste (et énorme écrivain ) qui se cache en toi !

  • Isabelle
    08/09/2020 at 10:39

    C’est la ceinture Gibaud,gamin, va !
    Merci pour le beau billet

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