Vendanges 2020 – Jour 8 – Rougir


La pluie, peut-être, mardi. Ou pas. En fonction des jours, des heures, les prévisions changent. Le programme aussi. Les Syrah sont rentrées, cette année encore avant les derniers blancs. Peut-être aussi travaillerons nous samedi. Beaucoup de « peut-être », souvent, à ce moment charnière où ne restent à vendanger que des bouts minuscules, éparpillés façon puzzle. Beaucoup de bouts…

Aujourd’hui, c’est Tempranillo. J’aime cette parcelle bien au delà des raisins formidables qu’elle produit. On a depuis «son haut» une vue incroyable sur Vingrau.

De là, les gens de ma génération pensent indiscutablement à l’affiche de la campagne de Mitterrand, en 1981. En réalité, l’image n’a rien à voir, l’architecture non plus. Mais l’esprit humain est rapide à emprunter le moindre biais cognitif qui passe à sa portée. De l’affiche, on pense à Seguela, qui passa son enfance à Perpignan. Puis à Dani, sa fiancée de l’époque. Tiens, je l’ai vue sur la plage, cet été, en salopette. Plutôt en forme. Pourtant, à en croire Darmanin… Ce blog, quand je l’écris trop tard, c’est du grand n’importe quoi… Dire que je n’ai pas encore de Rolex… L’époque est impitoyable. Une phrase et voilà une carrière brillante foutue en l’air. J’ai failli, un été faire du bateau avec lui, le brave homme. Mais «il y a parfois loin de la coupe aux lèvres», du tiroir des torchons à celui des serviettes. C’est bien que ça ne se soit pas fait. J’aurais eu du mal à ne pas lui parler de sa campagne pour le Rivesaltes, en Catalan, qui a marqué ici les esprits. Pas en bien. Mais en cher, oui.

Le jour se lève, tout le monde est à l’heure et à 7H15 pétantes, on n’entend plus que le bruit des sécateurs. Les raisins sont formidables, de petits bonbons frais (il fait 16°, on a peine à croire qu’il fera 35 dans quelques heures), sucrés, tanniques, les anthocyanes des peaux totalement libérées. Délivrées. Plus rien de vas les arrêter (oui, j’ai osé…). Ça envoie du lourd.

L’idée entamée en 2019 était à l’évidence la bonne (on lira ICI un excellent article de Marie-Louise Banyols sur le Tempranillo et sur un vin qu’elle a été pour l’instant la seule à goûter) et nous allons à nouveau cette année l’assembler non plus avec du Carignan mais avec du Cabernet-Sauvignon.

Sur le Tempranillo, le feuillage rougit vite et fort.

En gros plan, la trame la plus intime de la feuille de la vigne apparait, les vaisseaux de sève, les stomates, désormais inutiles, rougissent ou jaunissent, en fonction des cépages. La vie a jailli, s’est développée, l’entropie l’a rattrapée. Comme nous, les amis, comme nous. Vite, un peu de crème sur mon visage desséché par cet étonnant deuxième été qui n’en finit pas. Et au lit. Faut que je vous aime…

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours. On a tous une chanson de Simple Red dans la tête… Je ne sais pas comment celle là est arrivée vers moi ce matin, mais elle ne m’a pas quitté.

Un commentaire

  • fabre
    19/09/2020 at 2:47

    bonjour
    le rougissement ne serait pas une carence potassique ou une attaque de cicadelle verte?

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