Vendanges 2021 – Jour 6 – Ne laisser personne mourir


C’était le titre de deux billets inspirés – tous ne le sont pas, avouons-le – il y a deux ans.

J’y contais ma tentative, un peu désespérée, de sauver une vieille vigne d’une mort programmée. J’adorai son ancien propriétaire, Charlou, qui me regarde et m’accompagne toujours, de là-haut, j’en suis certain, de sa gentillesse, de son sourire, de son humour et de sa philosophie baroque. Je n’ai pas de photo de lui, ni de lui et moi, à l’époque. Dommage. Je vous parle d’un temps où la photo numérique n’existait pas et le mot selfy non plus. 15 ans à peine, et pourtant cela semble si loin…

On relira, si on en a le temps et l’envie, ces deux billets, qui se suivaient, ICI et ICI. Sinon, en résumé, la vigne était dans un état à faire peur, genre Docteur-Strange-après-son-accident-de-voiture, et, si je n’avais pas eu les sages mots de Charlou dans la tête, «la vigne est un bon malade», je ne me serais pas lancé dans l’aventure, à la demande d’Alexandre, son fils.

L’autre soir, après un grand tour des vignes, alors que le soleil disparaissait derrière la montagne l’illuminant d’un rose thé juste hallucinant de beauté, que la lumière, que la nature se préparaient à la nuit, que tout le monde était rentré et qu’il n’y avait pas un bruit, je me suis promené, fasciné, au milieu de la parcelle, n’en croyant pas mes yeux de cette renaissance.

Je planais un peu, genre je-suis-grand-mince-bleu-et-je-découvre-Pandora, au point de me demander si il n’y avait pas des trucs brillants qui voletaient entre les vignes sur les derniers rayons de soleil, avec des jupettes et des bonnets sur la tête… Pensif, je me suis dit que j’aurais vraiment dû faire un stage avec Yann Lipnick, ce gars qui fait des formations pas loin de chez moi pour voir les fées, les démons des eaux et autres membres du petit peuple. Ah, tu ne connais pas Yann ? Tu n’es pas «connecté», «informé» (j’aime bien cette traduction de «Aware»…) ? Moi non plus mais je suis sur le chemin. Bientôt la retraite, j’aurai du temps. Tout ça me fait penser qu’on doit toujours aller construire une cabane d’Elfe au Clos des Fées avant l’hiver, hein, Chère C.

Maintenant que j’ai fait un cromlech, ça va pulluler…

Je ne le cache pas, je ne suis pas le président du fan club du Maccabeu/Maccabéo. La dévotion que certains lui portent est souvent une acceptation nécessaire d’une réalité que l’on aurait peut-être pas «choisie» : quand on démarre, souvent, il n’y a à vendre que des «rougnes», des vieilles vignes mal foutues, à l’étroit, non mécanisables et donc réfractaires à la bio-dynamie, la base aujourd’hui, le pré-requis, sauf à piocher (en théorie, possible. En réalité, impossible).

Pour ça, il faudra attentre Sandrine Rousseau qui va interdire le lendemain de son élection à la présidence de la république tout produit de synthèse dans l’agriculture française et remettre du coup un million de français au travail, à la pioche et à la serpette, pour vivre le plaisir du «good old time». Plus 500 000 autres avec des flingues pour qu’ils suivent bien leur rééducation Kmère verte… Je sais pas vous mais moi, juré, je me suis inscrit à la primaire des écologistes et je vais voter pour elle. Deux euros pour voir un tel spectacle, une telle campagne, ça me fait plus rêver que le loto. Je vous aide, c’est ICI.

Et donc, ces vieilles vignes, souvent dans des lots, on prend. Et quand on a pris, on fait son possible pour transcender la relation, dire qu’on a vu la vierge et on crie son amour du Maccabeu au monde. Et puis, dix ans plus tard, on se dit que le Grenache, quand même, c’est autre chose.

Le camion frigo est un peu loin, Céline râle en attendant les porteurs qui n’arrivent pas à suivre. Bruno et Victor profitent de la pause…

C’est un cépage simple à cultiver mais complexe à vinifier. On en fait de formidables vins doux naturels, vendangé à 16°, mutés et longuement vieillis, qui ont fait la fortune du département. En sec, c’est compliqué. Entre 9° et 11°, il est en Catalogne la base de nombreux vins pétillants, c’est un vin de base docile à rendement élevé. Entre les deux, l’acidité tombe vite, les arômes manquent d’intensité et de complexité. En vin sec à 13°, c’est déjà trop mûr ou pas assez, assez banal, dans le sens où, derrière le vin, il est presque impossible de reconnaître ni le vigneron, ni le terroir ni, du coup, de déclencher une émotion chez moi. Mais chez les autres pourquoi pas. J’attends encore le Maccabeu qui me fera dresser les poils des bras.

Mais j’en ai un peu, et, je l’avoue, j’aimerais bien en avoir un hectare de plus car, en l’attrapant au vol, au jour parfait, ça m’arrangerait bien pour réguler un peu la production de Sorcières Blanc qui a désormais ses amoureux qui tournent aux transis parce que j’en manque trois mois par an. En assemblage, il prend vraiment tout son sens de vin de base et, de toute façon, je suis obligé d’en mettre pour avoir droit à l’appellation. Ne boudons pas. Et surtout, surtout, merci pour cette impression d’être Adam au milieu du jardin d’Eden…

Je me suis assis, j’ai regardé les falaises embrasées/embrassées par le soleil, et j’ai écouté Shirley Horn, ce morceau incroyable où elle ne chante qu’à la fin, si peu, si juste… Milles, Bill Evans, il en faut peu pour être heureux. Du coup, comme Yann, j’ai essayé de ramener un nain à la maison, ou de communiquer avec le dragon de la montagne, sans succès…

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours.

Un commentaire

  • Philippe
    06/09/2021 at 9:42

    J’aurais aimé contemplé ces roches cramoisies par les derniers rayons de la journée. Le maccabeu doré semble faire vouloir se confondre dans son paysage. Très belle photo.
    Quant à ton ayatollah de la nature, vas pour protéger les animaux, les sols mais son écriture dite inclusive et ses idées sociales utopiques me la laissent au rayon des livres d’histoires me rappelant tous ces dictateurs, théoriciens un peu fous.

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