Vendanges 2021 – Jour 7 – Pensées fugaces et contemplations


Pause. Temps mort.

On a rentré les «vins de fruit», ceux où l’on dirige, que l’on conduit. On va attendre les «vins de lieu», ceux que l’on accompagne, que l’on accepte, que l’on accueille, comme la nature les façonne. Tout va être bon, sans doute même très bon mais… rare, même si c’est moins qu’ailleurs.

Vendange du jour, une Syrah sur la fraîcheur, un Mourvèdre, sacrifié à l’autel de la carence en zinc : il n’ira pas au bout, les feuilles vont tomber, le bout des grappes sécher, bizarrement, comme une barbichette ridicule. Je ne doute pas qu’il soit enchanté cette année, voire flatté, d’entrer dans Modeste. Que dis-je, un honneur, désormais, tant cette cuvée a trouvé son fan club.

Carence en Zinc typique, les nervures restent vertes, le pourtour se nécrose. Les terroirs calcaires sont particulièrement touchés.

Une journée de vendange sous la pluie, on en paye volontiers le prix tant cela va changer positivement la trajectoire des vendanges 2021. Clairement, on ne reverra pas de grosses chaleurs cette année et on va pouvoir désormais effeuiller toutes les parcelles tardives, Carignan et Tempranillo en tête, car, c’est désormais certain, certaines vignes ne seront pas vendangées avant trois semaines.

Si vous me demandiez la qualité primordiale qu’il faut avoir pour être vigneron, je vous répondrais (ce matin, parce que ça peut changer…) : l’acceptation. Je vous résume, au cas où :

Je sais plus où j’avais piqué ça ni pourquoi ça ressort, mais ç’est pile dans le contexte. Désolé de ne pouvoir retrouver la source ni la citer.

Il a plu, c’est bien. Il n’aurait pas plu, cela aurait été bien aussi. Je dis ça, mais si j’étais un chien, j’aurais l’air d’accepter mais ma queue me trahirait en frétillant vigoureusement… Je n’ai pas dit que je maitrisais l’acceptation mais qu’il fallait «tendre vers».

La pluie qui devait arriver jeudi n’est pas arrivée. Mais la pluie qui ne devait pas arriver vendredi est donc arrivée. Ce qui explique qu’on s’est trempés. Entre 15 et 20 mm, selon les endroits, on va pas faire sa boudeuse, c’est formidable. Toutes les terres labourées étaient encore étonnamment souples, mais un peu d’eau va nous permettre de démarrer les labours dès les vignes vendangées et, dans la foulée, semer les couverts d’hiver. Eh oui, on est déjà en train de penser à l’année prochaine.

Dans ces situations là, je me souviens souvent de discussions passionnées avec un couple de vignerons, aujourd’hui disparus, les Wastine qui faisaient un Médoc fascinant, Lalande de Gravelongue. Il étaient précurseurs, dans plusieurs domaines et défendaient que la vigne n’avait pas un cycle annuel, mais un cycle de 28 ou 34 mois, je ne me souviens plus. Mais pas annuel, un cycle souterrain, invisible et variable en fonction des conditions climatiques. Qu’elle se souvenait de son passé (eau, nourriture, température, etc.) pour prévoir son avenir, dans son stockage de nourriture, d’oligo-éléments, d’énergie, dans sa décision de produire des fruits deux ans ou trois ans plus tard.

Je ne «parle pas vigne», et je le regrette, bien sûr. Mais j’essaie d’utiliser la science pour l’aider. Tout au long de l’année, nous analysons les feuilles, les pétioles, les bois, parcelle par parcelle pour les plus significatives, nous adaptons un engrais organique de fond à chaque situation, nous apportons des oligo-éléments en foliaire. Cette année magnésium, zinc et fer ont eu vraiment du mal à être métabolisés à cause du manque d’eau. Ce qui est étrangement interdit en «bio», parce que l’oligo élément «pur», qu’on a isolé, c’est «mal». Alors on fait soi-même ses purins (encore que quand je vois le matos et les efforts de ceux qui le font vraiment, j’ai de légers doutes sur le fait qu’on puisse le faire facilement à la one again…) et on espère que ça va marcher. Chacun ses choix.

En attendant, après la pluie, les vignes sont provocantes de beauté et je ne suis pas sûr que beaucoup puissent, cette année, en montrer autant. Promettre, c’est bien. Tenir, c’est mieux. Bon, faut dire que mon terroir m’aide bien. Plus au nord, je ferais moins le malinou.

En me promenant dans cette année difficile, où il n’a pas plu sur certains terroirs pendant huit mois, je me demande comme elles font. En même temps, je me dis que j’ai raison de suivre ma voie et non pas un dogme : certaines années, nos vignes n’auront vu qu’un traitement de synthèse, car l’obligation de lutte contre la flavescence nous oblige à un insecticide (j’en profite pour dire que la prévention et la lutte sont très efficaces, on l’a pratiquement sortie de certains secteurs où elle avançait à grand pas, détruisant tout un patrimoine).

D’autres, comme l’année dernière, deux anti-mildiou de synthèse et des bio-contrôle (pourquoi seraient-ils sans discussion possible mauvais ?), les plus doux, les plus récents, les plus chers aussi, sans résidu, sans effet sur la nature, sur tel cépage, telle parcelle. Les yeux ouverts, en conscience et a minima. Etre seul juge. Ne pas se soumettre aux diktats, aux religions, à l’ineptie ambiante, au retour du moyen-âge. Et publier ses analyses de résidus de pesticides dans ses vins, quel qu’en soit le résultat.

En fait, nous sommes très macronistes, si j’osais…

On est très «en même temps».

En même temps parfois bien à gauche et parfois un peu trop à droite, résolument au centre. En même temps cheval et tracteur, labour et roundup quand il n’y a pas d’autre solution, en doses homéopathiques. En même temps comportes et bennes. En même temps vins à boire et vins de garde. En même temps cuve inox et bois neuf, semi l’hiver et terres nues l’été. En même temps la vie, la mort, la joie, et la tristesse, la raison et l’émotion. En même temps Kanye West et Andréas Scholl. Bon, il n’y a que sexuellement parlant, si vous ne m’en voulez pas, que je vais rester hétérosexuel. Mais vous, surtout, faites ce que vous voulez !

Avant tout décider nous-même, pas remettre notre destin et nos choix entre les mains de quiconque, appliquer bêtement la parole de certains ou les certitudes d’un autre.

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours. Today avec l’aide de Noé, qui a corrigé les fautes, choisi le titre et la musique. Thanks mon fils. Qui sait, peut-être poursuivra-t’il un jour ce blog ? En tout ça, il pourra retrouver, avec ce hashtag #noé sa première participation.

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