Vendanges 2021 – Jour 8 – Rester inspiré


Picasso. Un génie. Moi.

Je vous rappelle que ce blog a été mis sous le signe du SECOND DEGRÉ. On s’en souvient, please. C’est de l’humour.

Je suis passé juste avant les vendanges à Barcelone. Miracle, il n’y avait pas la queue devant le musée Picasso. Je m’y suis engouffré avec Gaspard, mon fils, cherchant un peu de fraîcheur, attiré par l’expo sur les bijoux (j’ai toujours été fasciné par les bijoux du maître, qu’il créait parfois avec des bouts de bois, des galets..).

Je ne connaissais rien de ce musée, j’ai compris qu’il était architecturé autour d’un legs, majeur, de Picasso peu avant sa mort, d’un ensemble considérable d’œuvres de jeunesse du maître aux 50 000 œuvres et au grand-père vigneron. Son père était peintre, il a commencé à 8 ans et, du coup, beaucoup produit tôt, brillamment et surtout pendant ses années d’études, à Barcelone, d’où le legs et le musée. En résumé, disons qu’à douze ans, il peignait déjà des œuvres que bien peu, adultes, peuvent réaliser, tant au niveau technique qu’en sensibilité.

Je suis resté longtemps devant celle ci, majeure, extrêmement célèbre, «science et charité» que j’ignorais être là-bas, et dû m’y reprendre à trois fois pour accepter le fait qu’il ait eu 14 ans à cette époque…

Et puis j’ai trainé, suis resté fasciné par l’évolution du peintre, période bleue, si célèbre et pourtant rarement montrée, période rose. Si jeune, à moitié miséreux ce qui explique les personnages souvent étirés et faméliques, il peignait, à Paris, à 20 ans.

Et puis bien sûr le surréalisme, le cubisme. J’arrête là, je vais pas faire le petit professeur, il y a Wiki pour ça.

«Et donc» ?, comme dirait mon amie Isabelle. Et donc je me suis posé – là-bas et depuis – de grandes questions existentielles. Le fait que je vieillisse et que je change influence t’il mes goûts, mes choix ? Y-aurait-il, dans les vins que je produis plusieurs «périodes» ? Aurais-je envie comme mon ami Gérard Gauby d’abandonner un jour tout le passé pour explorer de nouvelles voies ? Suis-je vraiment l’organisateur de tout cela, par mes choix, ou est-ce que je fais semblant de l’être, la nature décidant l’essentiel, me créant une sorte de destinée dans laquelle je serai enfermé ? Je tourne toujours autour du «sentiment artistique», si souvent évoqué dans ce blog. Si produire du raisin n’a rien d’artistique – comme ne le serait pas la fabrication de ses couleurs ou de sa toile pour un peintre – au moment de la vinification, les décisions que je prends n’ont souvent rien de logique ni de scientifique, les possibilités sont immenses et tout vient en fait de… mon ventre ou de mon cœur. La dégustation des deux pinots noirs, produits en // depuis 2020 en est un exemple fascinant. Dire que j’ai cru pendant des années ceux qui me disaient que «tout se fait à la vigne». Non, mes amis, ce n’est pas le terroir qui fait le vin même s’il y contribue. C’est l’homme.

Bien pensif, je me me dis que je ne suis décidément pas comme les autres. Oh, pas au niveau personnel, mais simplement à cause de mon choix de m’installer ici, d’avoir acheté telle vigne ou pas, de planter ce que j’ai planté. Je viens de finir la mise à jour de mon parcellaire sur www.pro-douane.gouv, mon site préféré, j’ai enchainé avec ma DPAP (Déclaration Parcellaire d’Affectation Préalable), je me rends compte de ma chance : 148 parcelles, cinq géologies, six communes, 18 cépages, ma palette de couleur est d’une merveilleuse diversité et me permet un infini de possibilités.

Bien peu de choses peuvent être comparées au génie de Picasso. Et surtout à sa créativité extraordinaire. Il a peint cette oeuvre a plus de 80 ans je crois, une de ses dernières, photo volée il y a quelques années à Strasbourg, et elle m’avait bouleversé par son énergie, par la présence physique de l’enfant intérieur, toujours perceptible malgré le poids des ans.

Ma prière du soir sera de conserver l’envie, jusqu’au bout. Jusque dans ces années, où, peut-être, comme le veut la légende de Karl, chaque soir je m’habillerai soigneusement, lavé, peigné et rasé de près, au cas où je mourrais dans mon sommeil, pour faire bonne impression à ceux qui me trouveraient mort…

Nul ne sait combien de jours il me reste à vivre, nul ne sait combien de vendanges il me reste à faire. Certains jours, ce blog, c’est n’importe quoi. Mais c’est comme ça.

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours.

Un commentaire

  • marc
    09/09/2021 at 6:50

    Moi j’aime beaucoup le n’importe quoi 🙂
    Tant que c’est pas n’importe où 😉

Répondre à marc Annuler la réponse

Abonnement

Archives