Vendanges 2022 – Jour J-4 – Regarder la montagne


«Tu fais quelque chose de spécial pour les vingt-cinq ans du Clos des Fées» ? m’a lancé avec curiosité mon fils, il y a quelques semaines.

25 ans. Impossible. Inimaginable. 1998, c’était hier. Mais non, en fait, c’était bien avant ta naissance, mon grand garçon.

Je me souviens comme si c’était hier. Chez Henri Conte, l’ami qui m’hébergeait pour notre premier millésime – avant le garage, un an plus tard – un premier millésime de bric et de broc. Je nageais dans une forme de naïveté délicieuse, découvrant la fermentation alcoolique dans sa réalité la plus crue : plonger ses mains, ses bras – son corps parfois – dans le moût en fermentation. Le «triphasé», le «pas mâcon», les galères de la pompe à boulets, les chambre à air des garde-vin en plastique, tant de choses qui sont depuis mon quotidien.

C’était impossible. On ne le savait pas. Et puis, même si c’est difficile à croire, je sais, il n’y avait pas d’enjeu, ni financier, ni d’ego. Je ne faisais du vin que pour comprendre, pour m’amuser, là, dans le jeu, où réside tant d’humanité. C’est peut être pour cela que ça a fonctionné.

Me voilà donc avec 25 ans de plus. La même envie. Un peu plus de matériel et de technologie, juste ce qu’il faut. On y reviendra. Il y aura des jours «sans», il faudra bien remplir, «feuilletonner» un peu, comme Alexandre Dumas, dans le Journal des Débats, en 1844, pour le Comte de Monte-Cristo, tant de fois lu et admiré. A défaut de son talent, puis avoir encore cette année son opiniâtreté.

J’ai perdu il y a longtemps cette légèreté des premières vinifications, je le crains, remplacée peu à peu par une passion aiguë qui, malgré mon âge qui s’approche tragiquement de l’adjectif vénérable, ne faiblit pas (elle). J’ai deux ou trois blagues de collégien sur la force qui faiblit avec l’âge ou qui grandit avec l’âge (permettant de tordre enfin certaines parties du corps que l’on pensait éternelles, sic transit gloria mundi), mais je vous les épargnerai.

Hier, en roulant vers la cave, je voyais la vendange 2022 qui arrive, devant moi, comme une montagne. Une immense montagne.

Le Mont-Blanc. Le Kangchenjunga. L’Olympus Mons (j’ai trop aimé la saison 3 de All For Mankind…).

Impossible, bien sûr, que quiconque arrive au sommet. Et surtout moi, enfin nous, car j’ai autour de moi cette année une super équipe pour nous mener à bon port.

En y réfléchissant, je suis en quelque sorte déjà arrivé au «camp de base». Une longue approche, démarrée en novembre. La taille. Les labours. Les semis. Les tontes. Les labours à nouveau, le compost, les piquets, le compost. Les plantations, les manquants, les bio-control, trois soufre, deux poudre et un mouillage et deux insecticides contre les tordeuses… La canicule a ça de bon : pas d’intrants ou si peu cette année.

Il me faut maintenant «changer de logiciel». Retirer de moi même, mettre en sommeil l’organisateur, le planificateur, celui qui compte et réfléchit pour le remplacer par le rêveur, qui espère, rêve, crée.

L’année est précoce, voire très précoce. Mais bon, tout amateur de vin je crois le sait aujourd’hui. Devant moi, encore tant de choses à caler, à organiser, à faire marcher, avant la semaine prochaine, où nous allons démarrer les vendanges des premières vignes, dans la plaine, pour les Sorcières blancs, puis Modeste, puis les premières Syrah sur le fruit.

Ce soir, je ne vois qu’un mur. Et au sommet de ce mur, ce challenge, chaque année, que je me lance, pour moi, pour mes enfants, pour vous, d’écrire chaque jour le journal de l’année, aussi proche que possible de la réalité, sans en respecter au jour le jour, simplement, le rythme.

Pour le franchir, alors, je me suis dit qu’il était temps de commencer à écrire, gentiment, doucement, comme on met un moteur à chauffer. Commençons, si vous le voulez bien.

Avec Ours, que j’ai tellement écouté tout au long de l’année, qui me répète, encore et toujours son si précieux conseil :

«Sans distance et sans s’éloigner suffisamment, de l’immense, que voit-on vraiment ?»

Allez, c’est parti !

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours. Je sais, je l’avais déjà mis l’année dernière. C’est mon blog, je fais ce que je veux.

3 commentaires

  • Jacques RAMBAUD
    08/08/2022 at 9:49

    La bonne nouvelle , c’est le retour du billet quotidien, quand j’ouvre une bouteille du Clos des Fées, j’ai l’impression de la connaitre intimement grace au Blog….

  • Marc
    09/08/2022 at 12:40

    Yahoooooooo !!!
    Bon courage et bonne chance !

  • damien
    09/08/2022 at 4:55

    Merci de nous donner des nouvelles et bon courage pour les vendanges 2022

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