Vendanges 2022 – Jour 17, 19, 20, 21 – S’arc-bouter


Je me demande pourquoi je m’efforce, je m’arc-boute toujours à vouloir faire un vin populaire, à essayer de faire le mieux possible au prix le plus juste possible.

Tiens, à propos de «juste», c’est le nouveau crédo de Sandrine Rousseau, écoutée sur France Culture ce matin, en pleine forme. Me voilà, en tant que boomer hétérosexuel, à nouveau trainé dans la boue. Tous les problèmes du monde viennent de moi, coupable de participer à « un système patriarcal dont le capitalisme a besoin pour prospérer et coupable d’être à l’origine du désastre climatique qui s’annonce ». Moi qui ne fais jamais de barbecue, tant pis, dans la charrette, avec les autres. L’État va donc, dès quelle sera au pouvoir, finir de castrer (pour leur bien) non pas les hommes mais tous les êtres humains, décidant à leur place le bon et le mauvais et la répartition des tâches ménagères dans les couples et tout le reste. Dans les couples musulmans aussi, au fait ? J’avais envie de répondre, je vais me contenter d’une photo, de la porte du garage à tracteurs. Je t’emmerde, Sandrine Rousseau et, en bon colibri cher à Pierre Rabbi, crois moi, je fais ma part pour tenter d’apporter un peu de fraîcheur au monde…

Le vin s’appelle le Domaine de la Chique, il est vendu chez Carrefour Market. J’ai réussi à monter un peu le prix l’année dernière, parce entre l’année qui a donné demi récolte et la hausse de tout, ça ne fonctionnait plus. Ne pas gagner d’argent, OK. En perdre, non, merci.

J’ai longtemps été un amateur de vin désargenté. Je n’aime pas dire pauvre, parce que je n’ai jamais été pauvre. Issu d’un milieu franchement modeste – deux parents fonctionnaires mais quatre enfants – je n’ai jamais manqué de rien (mais bon, en 60/70, personne n’avait grand chose…) mais mes parents n’ont jamais connu le bonheur de n’avoir pas à compter. Le divorce, alors, n’a bien sûr rien arrangé. Mais j’ai une éducation correcte, quelques conseils pour se tenir dans le monde («au cas où je serais un jour invité à l’Élysée…») et comme les bibliothèques n’ont jamais fait de discrimination, les livres m’ont apporté le reste.

Mais, je n’ai nulle honte à l’avouer, longtemps, dans ma vie personnelle ou lorsque j’étais journaliste, je n’ai jamais pu – comme d’ailleurs l’essentiel de mes confrères – simplement acheter les vins que j’aimais. C’est une des raisons pour laquelle j’ai arrêté d’écrire : je goûtais des crus classés en primeur, jamais en sortie, jamais sur table, jamais dix ans après, jamais en les ayant payés (donc en pouvant méditer vraiment sur l’épineuse question du rapport qualité/prix)… Je n’écrivais pas, je commentais, et surtout je mentais en supputant des qualités sans jamais savoir si mes pronostics se vérifieraient un jour. Avec l’augmentation depuis trente ans, et pour rester poli, disons que ça ne s’est pas arrangé…

Chaque année je me dis comme moi à l’époque, il y a des amateurs de vin qui ne veulent ou ne peuvent mettre plus de 10 euros dans une bouteille de vin, ce qui, finalement, est déjà beaucoup et, pour eux, je fais la chique en y mettant tout mon cœur. Même s’ils n’ont pas idée de qui le fait, même s’ils n’achètent que la médaille, plus d’une trentaine obtenue en 15 ans, ce qui me fait toujours sourire…

Les vendangeur pas sûr… Quatre jours de labeur, dans une chaleur et une humidité pénibles, les pieds sur les cailloux roulés, pas sûr qu’ils sachent qu’il participent à un beau projet…

Après l’incendie de l’année dernière, nous avons arraché près de deux hectares de vieux Carignan. Ce n’est pas ça qui va arranger les volumes. Les pins, calcinés, restent là, dans l’indifférence générale. J’imagine que l’ONF a autre chose à faire que de se préoccuper d’un bout de garrigue catalane.

Bon, allons, je vais encore faire de mon mieux cette année, tellement heureux, en plus, de le faire. Je reste persuadé que rester en contact avec le monde des vins populaires et bon marché, c’est la clé pour ne pas perdre la tête.

Tiens, je viens d’apprendre que le Clos des Fées fait partie cette année du TOP100 Wineries of 2022 de Wine & Spirits Magazine. 18 français seulement, nous voilà dans la liste avec Bollinger, E. Guigal et bien d’autres . Dans ces conditions, continuer de produire des vins à 8,50, est-ce bien raisonnable ? Bien sûr, et Marcel est Philippe Guigal le prouvent… Comme disait le grand Dali, «ma vie entière a été déterminée par deux idées antagoniques : le sommet et le fond». Et comme lui, si j’ose et si on est bien d’accord que c’est de L’HUMOUR : «il y a toujours un moment où, dans leur vie, les gens s’aperçoivent qu’ils m’adorent»…

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours.

5 commentaires

  • Michel Smith
    07/09/2022 at 10:00

    En tant journaliste moi-même et « critique de vins » par-dessus le marché, je suis entièrement d’accord avec ton paragraphe sur le métier. Maintenant, en dehors de quelques bouteilles qui me sont offertes par des amis, j’achète mon vin à l’envie, en fonction de mes maigres revenus de retraité, et je le critique éventuellement en connaissance de cause. C’est beaucoup mieux et beaucoup plus jouissif, je me sens plus libre aussi, même si mes lecteurs sont beaucoup plus rares.

  • Chateauvieux
    07/09/2022 at 10:37

    Trop d’accord mon frère… depuis le début de ces vendanges je me régale, mais là, en plus, j’ai la photo qui donne envie de boire.. Hihi. ! Merci Sandrine..!
    Quant à toi, ton courage m’impressionne. Toutes ces minutes devant ton écran ….et depuis des années..
    Un grand merci..

  • Levavasseur
    08/09/2022 at 12:40

    j’ai bien rigolé au début…invitez la en woofing quelques jours pendant les différentes phases des travaux en vigne… peut-être comprendra t’elle que ces discours se doivent d’être plus… »gris »!

  • Pascal
    13/09/2022 at 1:28

    Bravo pour la photo du calendrier biodynamique. Ne lisant pas le polonais, je souhaiterais savoir où l’on peut se procurer une version française.
    En tout cas, je n’avais jamais imaginé Maria Thun comme ça.

  • John & Virginia
    14/09/2022 at 11:29

    This is fabulous wine. Your attitude shines through to the glass and it is so enjoyable to drink. Our favourite! More, more, more….and you are so right about wine journalists and ‘the world’!

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