Vendanges 2022 – Jour 30 – Etre fier


Vallée nord, Cabernet-Franc. Ca sent la fin de l’été, de la mer, des paillotes. Mais comme dit Jakie Quartz, «la mort d’un amour donne la vie à un autre» et la mort de l’été donne la vie à l’automne, au froid du matin et à l’arrivée des cèpes, abondantes cette année, déjà et, qui sait, en janvier, à une ventrée d’oursins à Cadaqués. Juste avant, on avait fait les Merlot, dans ce petit creux protégé de Génégals, comme réunis autour d’un tas de cailloux

Au soir de ces vendanges de cépages très bordelais, je me suis pris à avoir envie de vous expliquer des trucs. J’ai écrit un long billet sur les cépages dans le monde et le système des AOP – poussé sans doute par l’envie d’une lectrice qui me disait, avec douceur, que parfois ce blog était un peu technique pour les gens normaux, ceux qui boivent le vin et ne le font pas. Mais ça ne collait pas, alors, ce matin, j’ai tout effacé. La meilleure partie de moi, celle qui, heureuse de partager ce qu’il sait, ce qu’il voit, ce qu’il expérimente s’est fracassée sur la pire, celle d’un commentaire méprisant d’un «Monsieur du vin», qui dit de moi que je me prends pour Brummel, l’arbitre des élégances, passant mon temps à donner des leçons, à croire que je peux «apprendre aux plus grands à faire du vin».

J’ai repensé à mes vieux cours d’analyse transactionnelle à cet état du «Moi» appelé « petit professeur », celui de l’enfant malin dans le bon sens du terme. « Vif, il cherche un raccourci là ou l’enfant soumis suit le chemin et l’enfant adapté rebelle fait demi tour. C’est le monsieur géotrouvetout pour ceux qui ont des références BD. Il marche au plaisir, est positif, orienté solution. Il est pro-actif. En communication non-verbale, le petit professeur a un regard pétillant qui ne se pose jamais, hyper-actif, il a tendance à avoir la « bougeotte ». Il manie l’humour ».

Arriver vraiment à écrire pour soi, sans jamais penser communication, commerce, image, à ce que l’autre va penser de vous, voilà, après quinze ans d’écriture, ce que je pense être au final l’esprit d’un blog. Voilà pourquoi c’est si facile et si difficile à la fois, pourquoi la mode est passée. Et pourquoi Instagram a tout balayé…

Bon, bref, ceci étant dit et n’ayant rien à voir avec la choucroute, hier, c’était «Bordeaux Blend» comme disent les anglo-saxons. En substance, on a vendangé les merlot et les cabernet-franc. A la même date ? Oui. Et vous les vinifiez ensemble ? Oui. Ah. Pourtant, ailleurs…

Ailleurs, ils font ce qu’ils veulent. Et moi, ici, je fais pareil, ce que je veux dans ma cave, «Charbonnier étant maître chez lui», comme le dit un jour un pauvre forestier à François 1er, égaré un jour de chasse. D’ailleurs et heureusement, il y a Bourdieu, toujours Bourdieu et sa célèbre phrase : «Je peux dire que toute ma réflexion est partie de là : comment des conduites peuvent-elles être réglées sans être le produit de l’obéissance à des règles ? » Je fais du vin comme je le sens, je n’obéis qu’aux règles que j’ai choisi de suivre, je me suis débarrassé des autres, autant que je l’ai pu, et jamais je ne remercierai assez B. de m’avoir un jour offert «Se libérer du connu» de Jiddu Krishnamurti.

« Mais ailleurs, vous savez… Et vous ne pensez pas que ce serait meilleur si… Un célèbre consultant lui, il fait pas comme ça… »

Que n’ai-je entendu ces phrases. Je ne cherche pas à faire plus grand que mes idoles et amis de Saint-Émilion, je ne cherche pas à les dépasser, je les aime et je les adore, tout simplement, tous ces grands cabernets d’ailleurs. Et j’espère qu’au détour d’un gigot ou d’un poulet rôti, ils aiment eux aussi mon simple et bon Cabernet-franc/Merlot. Histoire d’être simplement obligé d’avouer que des grands terroirs, il en reste peut-être à découvrir…

Le Merlot, cette année, c’était miam-miam. Pas d’effeuillage, pas d’entre cœur, pas d’ébourgeonnage, 100 % de ce qui est né sur la vigne est récolté. J’en ai effeuillé un, pour vous montrer ce qu’il y avait caché sous les feuilles. Jules Guyot, on a beau dire, c’était pas la moitié d’un c… parce que le gobelet, si le cabernet-franc adore, le Merlot, lui, à cause de son premier oeil rarement fructifère, ça lui réussit peu.

Oh, franchement, ce n’est pas le Pérou parce que les grains sont comme des grains de cassis et les peaux super épaisses. Les baies doivent faire moins d’un gramme, un record. Quand on a recraché les pépins, il ne reste que le goût, intense mais bien peu de jus.

Jules Guyot ? Non ? Bon, j’essaierai d’en parler un peu avant la fin de ce blog. Histoire de faire mon PP (Petit Professeur), vous connaissez, maintenant. Ah, au fait, Il va y avoir des jours sans, ma foi, à partir de maintenant. Plus que quelques vignes à rentrer. Ca fera un interlude parce que l’inspiration commence à manquer. Manque d’eau, tout est sec, moi aussI.

Les Cabernet franc, je les aime tant… Et hop, dans la cuve.

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Certains jours, c’est Vivaldi, d’autres, c’est Harry. Et on a évité Mise au point. Raté. mais bon, il vous reste peut-être… la cassette. Sinon

4 commentaires

  • Cyril
    21/09/2022 at 10:26

    Bonjour Hervé
    Merci de nous prévenir qu’il va falloir faire sans vos écrits le matin.
    ET j’avoue j’aurais aimé plus de détails (techniques) sur le fait qu’un premier oeil non fructifere gene en taille gobelet.
    Bon attention quand même , on oublie un truc la non ?
    La recette…
    Je fais comment si j’ai pas la recette de l’année.
    Et si qqn lit ce commentaire, bah , il faut chercher la recette de la ratatouille d’Hervé. Une de mes madeleines.
    Bises au petit professeur

  • Willliam NICHOLS
    21/09/2022 at 10:38

    C’est bien rappelé ça …
    La recette, la recette …
    Merci « le BIZEUL » pour ces planantes …
    Bravo aux équipes qui y participent.
    Amitiés

  • STANISLAS
    23/09/2022 at 10:11

    C’est vrai ça: la recette….paske on fera pas du vin comme toi mais on veut au moins se targuer d’essayer d’élaborer une nourriture terrestre (solide) qui ira avec…
    Et surtout conserve ton côté PP, ceux qui te connaissent savent….!!
    Bien à toi

  • Julien
    24/09/2022 at 8:58

    Merci pour tous ces récits que j’attendais impatiemment chaque matin dans le métro, rarement autant cliqué pour rafraîchir ma boîte mail, l’heure c’est l’heure et la s’était 8 heure.
    Comme chaque année ce fut enrichissant, touchant, drôle et surtout sincère…il ne manque plus que la recette.

    Vivement l’année prochaine ! Mais pas trop tôt quand même.

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