Vendanges 2025 – Jour J+17 – Penser déjà à demain


Les vendanges commencent à peine sur les hauts cantons (Vingrau, Tautavel, Opoul, Lesquerde). Enfin, pour nous, car certains ont terminés depuis longtemps, voire terminés les décuvages. Au Domaine, dès qu’un moment se libère, qu’un jour vide se présente – tout simplement parce qu’on attend le degré de murissement idéal, loin d’être évident cette année – il faut déjà penser au prochain millésime.

Les femmes, la semaine dernière, sur le plantier de l’année, attachent une dernière fois, coupent un peu le sarment principal, magnifique, pour que l’on puisse labourer.

Une plantation, c’est comme un enfant, tout se joue avant six ans. Je pense que ce Grenache est bien né et comme on l’aime beaucoup, on s’en occupe bien… Pour une première feuille, on est pas mal…

Vers Espira, dans la plaine, les hommes sont quand à eux au défonçage. Et oui, on tente toujours d’adapter les tâches par rapport au sexe, que voulez-vous. L’agriculture, proche de la terre et du vivant, s’adapte aux morphologies, aux aptitudes, aux compétences de chacun, à l’habilité manuelle, aux goûts, aux réalités de la nature.

Je sais, je sais, il ne faudrait soi-disant pas toucher les sols… Entre la théorie et la pratique, il y a un monde, et si, à une époque, j’ai cru tout cela, j’en suis revenu aux fondamentaux qui ont fait leurs preuves : défonçage après arrachage pour enlever toutes les racines qui gardent en leur sein le virus du court-noué, semis, repos le plus longtemps possible et, si possible, défonçage à nouveau ou décompactage, selon les terres, avant la plantation. Là dessus, un bon tonnage de fumier en surface. En ces années de canicule extrême, plus que jamais, il faut préparer les sols si on veut que la vigne s’implante bien. A la clé, un départ pour une vie longue et heureuse où, pendant cinquante ans ou plus, on n’aura plus à modifier les horizons.

Du coup, Tomek a pu remettre le chenillard en route et commence à labourer les plantiers, superficiellement pour se débarrasser des mauvaises herbes de l’été qui continuent à pousser, en buttant légèrement pour accueillir, on l’espère, les futures pluies d’automne.

Les cailloux commencent à remonter avec le labour. A l’époque, mes fameux 3V, les Vieux du Village de Vingrau m’on raconté qu’enfant, en octobre, après avoir fait les vendanges, on attelait derrière le cheval une plaque de métal et, pendant que les enfants et les femmes jetaient les cailloux dessus, les hommes, au bord des vignes, de ces terroirs, véritables mines de cailloux, en faisaient des murs d’empilement ne sachant quoi d’autre faire avec. Contrairement à ce que bien des gens pensent, Jules Ferry n’a pas eu beaucoup de succès dans les campagnes, bien sûr parce que les enfants étaient indispensables à la survie des fermes, mais aussi à cause des disputes, longues et violentes, entre catholiques et laïcs. L’école obligatoire jusqu’à 14 ans ne fut vraiment en place qu’après la fin de la première guerre mondiale, la loi de 1914 entrant enfin en pratique dans une France à la paysannerie décimée. Et on se plaint…

On attelle aussi les cadres pour les vignes à 2m, tout ce qui peut-être fait, avant les (espérées…) pluies de l’automne, sera fait…

Au niveau de ces herbes qu’on dit mauvaises, invasion de morelle noire et de morelle poilue cette année. Sans parler de chardons de compétition. On a bien fait de labourer.

Bref, les vendanges ne sont pas encore terminées que, déjà, le vigneron prévoyant pense à 2026 et bien après…

C’est ça, être dans le temps long, ce temps « quasi-personnage » comme proposait Paul Ricœur de le considérer. On baisse pas les bras !

Ce que j’écoute au jour le jour pendant ces vendanges, en écrivant…

La citation du jour, mais pas tous les jours

« Un jour viendra, tout semble le dire, où, de progrès en progrès, l’homme succombera, tué par l’excès de ce qu’il appelle la civilisation. Trop ardent à faire le dieu, il ne peut espérer la placide longévité de la bête ; il aura disparu alors que  le petit Crapaud dira toujours sa litanie, en compagnie de la Sauterelle, du Scops et des autres » Jean-Henri Fabre, souvenirs entomologiques. (La visite de sa maison, enfant, m’avait marqué. Alors que j’ai la phobie des insectes… C’est à Sérignan du Comtat, dans le Vaucluse.)

3 commentaires

  • Patrick Joussen
    17/09/2025 at 10:45 am

    Juste Merci !

  • Verdier Marie-France
    17/09/2025 at 2:24 pm

    France, Terre de nos aïeux. La vérité est dans la sagesse de ceux qui côtoient durement, amoureusement, cette terre bénie pour en tirer le meilleur, dans le respect de nos ancêtres et pour le bonheur de nos descendants.
    Merci

  • FREDERIC LOISON
    17/09/2025 at 4:57 pm

    Magnifique récit.

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