Vendanges 2025 – Jour + 19 – S’occuper, toujours


Pas de vendanges aujourd’hui. Idéal pour remettre un peu d’ordre dans la cave, vérifier la traçabilité et l’administratif. Impossible de bouger dans une cave en 2025 sans devoir remplir un papier, tenir un registre, alimenter un portail.

Nouvelles contraintes encore en janvier avec un nouveau registre dématérialisé pour les traitements, il faudra alimenter un nouveau portail, dire tout ce qu’on a fait, les parcelles qu’on a traitées, qui l’a fait, a-t-il bien son certi-phyto à jour, le matériel a-t-il été contrôlé pour voir si est aux normes, quel produit, à quelles doses, pourquoi en prouvant, météo ou photo à l’appui ou rapport d’un consultant extérieur en PJ.

Après une journée de boulot manuel éreintant dans les champs ? Vraiment ?

AUCUN politique ou fonctionnaire ne serait capable, dans la vraie vie, de le faire. Et pourtant, ils l’imposent aux autres. Sans avoir aucune idée de la fatigue physique, de l’engagement et de l’usure du corps, du brouillard mental dans lequel vous met une journée de guerre avec les éléments, le matériel, l’attention permanente.

On parle de cette nouvelle folie des factures entre entreprises, qui devront passer par un portail qui les rendra illisibles, sauf pour l’administration fiscale, remplacée n’en doutons pas bientôt par une IA – américaine, puisque tous les français créateurs se seront expatriés grâce à Zuckman – qui viendra ponctionner sur nos comptes, sans que l’on ne puisse plus argumenter de sa bonne foi auprès d’un humain. Le tout en payant de nouveaux logiciels, inadaptables aux vieux qui marchaient très bien, qui devront être mis à jour, en payant, plus un abonnement de support technique parce tout ça ne va pas être simple.

De plus en plus contraints, surveillés, menacés, livrés à la folie d’une administration sans capitaine identifiable, à la merci de la folie de politiques uniquement motivés par leur appétence d’un pouvoir fantasmé qu’ils n’auront jamais vraiment. Et on critique la Chine qui serait une dictature. Mais nous sommes bien pires, l’efficacité en moins : 45 000 km de lignes TGV fonctionnelles, sans grève, des trains toujours à l’heure, construites en 20 ans. 2 800 km pour la France, en 45 ans, un miracle si votre train est parti aujourd’hui, une exception si il arrive à l’heure désormais. Je vous épargne le reste, vous le vivez, comme moi, au quotidien.

Bon, fatigué… ça se sent, non ? Mais, ce matin, lors de mon deuxième café, ma foi, un petit bout de brownie Marie Blachère qui restait du déjeuner de l’équipe de cave hier m’a requinqué. C’est fou combien la nourriture – du premier au dernier jour de sa vie, plaisir ne dépendant de personne, solitaire ou pas, immédiatement efficace, dont on ne se lasse jamais – peut être un soutien énergétique mais surtout psychologique. C’est peut-être elle, cette « douceur invincible » dont parlait Marc-Aurèle ? Besoin de douceur parce bien sûr, tout ne va pas bien. Nous pensions avoir des rendements corrects (chez nous, c’est 25 hl/ha, hein…) et finalement, pour les Sorcières, la dernière parcelle de Mourvèdre, magnifique, 2,3 ha, ne nous donnera péniblement que… 30 hl au lieu des 90 espérés. C’est ma faute, j’ai tenté de l’emmener au bout (les Mourvèdre sont si beaux cette année) mais le choc de la canicule de mi-Août l’a mortellement blessé et je n’ai pas pris le temps de l’arpenter en totalité, ce qui m’aurait amené sans doute à la vendanger avant. La superficie du vignoble Sorcières augmente chaque année, les volumes effectifs produits baissent. À un moment, ça va bloquer.

Je cherche l’inspiration en scannant mon vieux manuel d’œnologie de l’école hôtelière, pour mes fils, histoire de leur donner les bases. Qu’ils reprennent un jour ou pas le Clos des Fées, cela leur fera un vernis, un levier pour mieux comprendre ce qu’ils boiront. Le point d’appui attendra. J’ai sauvé, emporté, déménagé avec moi une bonne vingtaine de fois ce manuel depuis 1978, c’est vous dire combien j’y tiens. C’est bien mon écriture mais, sur la couverture intérieure, pourtant, un autre nom : PHILIPPE FAURE-BRAC.

J’ai toujours aimé ce vieux cours d’oenologie. Ce qu’il m’a appris ferait se moquer n’importe quel professionnel. Pourtant, tapé à la machine, avec des graphiques bricolés, mille fois photocopié, fait par un professeur qui ne faisait que nous apprendre les bases car c’est sans doute ce qu’il connaissait lui-même, tout ce qu’il y avait dedans me sert toujours aujourd’hui. Une sorte de Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si, Do de l’élaboration du vin. Il a été à l’origine, quelque part, d’une passion, de ce que je suis, du Clos des Fées et d’un meilleur sommelier du monde, qui, oui, était dans ma classe et que me voir gagner le Trophée Ruinart a mis en éveil. Qui est pote (entre autres), avec Patrick Bruel. Donc, Patrick, si tu me lis, remercie ce polycopié, c’est peut-être grâce à lui que tu fais du vin. Et Philippe, si tu me lis, mets moi un smack.

Je relis l’introduction de avec émotion. Envie de vous la faire partager?

L’OENOLOGIE

L’oenologie est la science et la technique ayant pour objet l’étude du raisin et la préparation des vins.

Elle comporte tout ce qui a un rapport avec le VIN, qu’il s’agisse :

  • de sa matière de base,
  • de sa préparation,
  • de son analyse,
  • de ses maladies éventuelles,
  • de sa maturation,
  • de son vieillissement,
  • de la recherche des falsifications.

D’après J. RIBEREAU-GAYON et E. PEYNAUD
« L’œnologie s’efforce d’appliquer à cette étude les données et les méthodes de la chimie.

La fonction pratique de l’oenologie est d’éviter les maladies, mais aussi, d’une manière beaucoup plus générale, d’aider à produire et à livrer les meilleurs vins possibles, d’une tenue assurée, avec le minimum de frais et de perte de liquide.

En effet, le meilleur vin, abandonné à lui-même, abandonné à la nature, s’altère, se perd et l’homme doit nécessairement intervenir.

Il doit s’efforcer de le placer dans des conditions telles que ses qualités naturelles, son caractère, son bouquet, son moelleux se développent pleinement. »

Alors que le vigneron apporte ses soins et son argent à l’obtention d’une vendange impeccable, parce qu’on ne peut faire du bon vin avec du mauvais raisin, il oublie souvent qu’on peut aussi faire du mauvais vin avec du bon raisin, si on ne consent pas un effort financier et technique au niveau de la vinification.

PASTEUR ECRIVAIT

« Le vin naturel ost la plus seine des boissons.
Il ne doit pas etre confondu avec l’alcool.
Il est nécessaire à l’homme, il a certaines actions
heureuses sur l’estomac, le foie, les reins.
Il combat certaines maladies, certains états de dépression.
Le vin est la meilleur moyen de lutter contre l’alcoolisme.
Les vins blancs sont des diurétiques puissants. Ils combattant la gravelle et l’arthritisme.
Les cures de raisins frais ont été reconnus bienfaisantes depuis la plus heure antiquité.
»

Un brownie, un peu de nostalgie et me revoilà d’attaque pour cette journée qui s’annonce complexe.

Ah, si j’avais le temps et le courage, juste un peu saupoudrée de mon expérience, quels jolis billets de blog tout ça ferait pour former les jeunes générations (mais pas que…) ici, ailleurs, sur Instagram ou Facebook. Tiens, je pourrais aussi le danser sur Tik-Tok… Avec beaucoup d’IA…

Demain, on repart en trombe.

La citation du jour, mais pas tous les jours :

Les cinq règles qu’on (le vigneron ?) doit s’efforcer d’appliquer. C’est pas moi qui le dis, c’est Churchill…

• Toujours viser plus haut

• Rien ne remplace le travail

• Ne jamais céder à la déception

• S’éloigner le plus possible de la méchanceté

• Privilégier la joie

Ce que j’écoute au jour le jour, mais pas tous les jours.

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