Vendanges 2025 – Jour J+18 – To Carignan or not to Carignan?
Je progresse en anglais, c’est évident. Nigh-fluently, si j’osais. Dans mes rêves, les langues ce sera pour ma prochaine vie.
Je n’ai jamais vraiment compris l’importance mondiale, historique, dalinienne du to be or not to be du bon William. Normal pour un ex-garçon de café, me diriez-vous. Vous y ajoutez un peu de mépris ? Je l’accueille. C’est votre opinion. Pas certains cependant que tous ceux qui l’emploient soit totalement capable de me l’expliquer. Parce que résumer le not to be à un choix entre vivre et mourir, ça m’a toujours paru un peu simple. Je compte sur vous dans les commentaires. To be vigneron or not to be vigneron ?
Quoi qu’il en soit, « ce qu’on sait vraiment, c’est ce qu’on peut expliquer à quelqu’un d’autre ». Le pourquoi on a décidé de rentrer le Carignan lundi, alors même qu’on a encore des Grenache blanc sur pied, ça, je peux l’expliquer. Suffit presque de vous les montrer, en fait.
Bon, allez, d’accord, il sont pas tous comme ça. Mais presque, en tout cas sur la parcelle dite « des Toto ». Ce sont les deux frères Landric, surnomés les Toto, qui m’ont vendu cette parcelle, il y a bien longtemps. Il y avait Pierre, il y avait Laurent. Ils sont morts. Mais je ne les ai pas oubliés. J’aurais dû les prendre en photo, mais il n’y avait pas d’appareil numérique ou de smartphone, évidemment. Je garde toujours au fond de moi le projet de mettre un jour devant chaque parcelle un QR code qui remonterait à l’origine de propriété, dirait qui s’est occupé de la parcelle, au fil des ans. Et puis, comme personne ne passe jamais ici, je me dis, à quoi bon.
Je vous ai déjà raconté ici l’histoire du puits de la mer ? Ou plutôt du puits de monsieur Delamer, qui parait-il, avait creusé entre les deux guerres un très profond puits au début de la parcelle, certain d’y trouver de l’eau ou du pétrole et y ayant surtout perdu la raison. Les Toto m’ont raconté l’avoir comblé, pour faire un passage, puis planté ce Carignan, au milieu des années soixante-dix. C’est paraît-t-il la dernière vigne à Vingrau greffée sur place. Étonnant, j’en conviens, mais le village fut longtemps réfractaire au soudé-greffé, par tradition et puis surtout, parce que région pauvre, « on se faisait tout soi-même ». Un sain souci d’économie, habile à faire jouer l’entraide en fonction des performances et des goûts de chacun : qui pour tailler, qui pour greffer, qui pour labourer; du bon vieux troc d’huile de coude.
Cette année, il est bien plus beau que je ne l’avais imaginé en début de saison. Les petites pluies lui ont fait du bien. Il a comme qui dirait « profité ». Faut que j’en replante, c’est sûr.
Ah, oui, pourquoi je vendange… Parce que les pépins sont aoûtés, parce que les peaux se sont bien affinées, parce qu’on démarre seulement le plateau de maturité phénolique, que l’acidité est exceptionnelle au goût. C’est sans doute un peu bas en degré, mais un peu de sous-maturité sied au cépage. Surtout, j’ai rentré des Syrah vraiment mûres, un peu hautes au niveau maturité et un Carignan plus tendu pourrait faire un bel assemblage. En soit, je coupe sans doute le réel potentiel de cette vigne mais comme je ne fais pas de Carignan pur, il est un peu dans le rôle de l’excellent second rôle sans lequel le film ne serait pas ce qu’il est. Oui, je fais aussi le directeur de casting…
Je suis tombé juste avant d’écrire ce post sur la remarquable interview de la non moins remarquable Pasacaline Lepeltier. C’est en accès libre ICI, sur Philosopie Magazine. Ca m’a un peu foutu le bourdon, si tant est que j’ai tout compris. Au final, si les vignerons cherchaient simplement à faire bon et y arrivaient, ça serait déjà super; et que si derrière, les sommeliers cherchaient simplement à donner du plaisir au lieu de donner des leçons (c’est pas pour toi, hein, Pascaline), on aurait peut-être tous ensemble une chance de redonner au vin un place centrale dans notre civilisation. Kiffer.
La citation du jour, mais pas tous les jours :
« « On se lasse de tout, sauf de comprendre » Virgile, cité par Servius
Ce que j’écoute au jour le jour, mais pas tous les jours.



oui Hervé, il s’agit d’être, de vivre ; d’être, de vivre toute la dimension artistique, créatrice qui nous est propre… et pour ce qui concerne les vins du Clos des fées : naître et vivre pour le plus grand émoi gustatif de ses afficionados !
To be Vigneron (la Place centrale d’une société idyllique) comme dirait ce bon William 🙂