Vendanges 2025 – Jour J+20 – Regarder la pluie


Tout le monde a terminé, ou presque. Mon voisin a décuvé depuis trois semaine. Un autre, de vigne, a terminé de vendanger il y a deux semaines. Un confrère de Vingrau annonce sur son Instagram qu’il a bouclé ses vendanges.

Ben nous, on a pas terminé les blancs. Du coup, bien sûr, je doute. Et oui, je doute. Chaque année. Chaque parcelle. Chaque cuve, dans ce métier où l’on ne peut, cent fois, sur le métier remettre son ouvrage. Quelques dizaines de vendanges dans une vie, des choix que l’on ne peut plus remettre en question lorsqu’ils sont fait, des résultats que l’on obligé d’accepter car nul ne peut les changer. Jamais se retourner car on ne saura jamais ce que le vin aurait été si…

Dimanche 21 septembre. Il pleut. 15 mn, quand même, ça change un peu la donne. On vendange depuis le 12 août. Je n’avais pas qu’à planter du pinot noir, en vrai. Pas faux. J’aurai pu aussi éviter de tomber amoureux de la dernière vigne de la dernière vallée, là bas, au trou du cul de Vingrau, direction Tuchan, au bout de la Serre de Vingrau, entre les P.O. et l’Aude, où je reste le seul à résister, tel un village gaulois.

Mas Llanssou, Traou del Caball, ce « Trou du Cheval » qu’employaient, m’a t’on raconté, les contrebandiers pour monter vers les Pyrénées le sel des salins de l’Aude. Il a plu là haut plus qu’au village, bien plus que la météo ne l’annonçait. Les Carignan ne doivent être ici cette année qu’à peine à 12°, j’attendrai bien mais les merles nous mangent tout.

Bon, ils commencent par les boudures des parcelles, mais ils pénètrent ensuite doucement mais surement vers le centre et ils ne va bientôt plus rien rester alors que déjà, il n’y a rien cette année. Comme dirait le regretté Raymond, moins que rien, c’est déjà quelque chose. En déverrouillant le portail, une compagnie de sept perdreaux s’envole. Ils doivent bien m’en manger un peu aussi, alors que moi je ne les mange pas. Ils ont trouvé dans ces vignes clôturées un havre de paix et sont enfin en sécurité pour se reproduire, à l’abri de leurs prédateurs, les sangliers en tête, qui détruisent leurs nids et mangent leur œufs. Dès que l’on cloture, que l’on sème, que l’on met à disposition un peu d’eau, les perdrix reviennent. Mais bon, comme on n’a plus de droit de piéger martres, fouines, blaireaux et autres renards, ils se font dévorer. Heureux de les voir.

Les érigerons sont en fleurs. C’est la vergerette du Canada, le Conysa Canadensis. Une autre saloperie invasive (les canadiens n’y sont pour rien, hein ;-), qui cette année sont une sorte de menace extraterrestre inénarrable tant il y en a. Il parait que c’est comestible et qu’on fouettait les enfants avec dans le temps. Le bon vieux temps des punitions corporelles… Il y avait dans le temps moins lointain à Vingrau une cueilleuse d’herbage qui faisait des sélections pour les fleuristes, pour faire de beaux bouquets. S’il y avait un marché pour l’érigeron, je serai millionnaire… Les clubs BDSM ? Je plaisante, les amies, je plaisante. Ou la fatigue ?

Ne rêvons pas, en fleur, ça tombe immédiatement et l’odeur est plus que désagréable. On va encore s’en arracher à la main. Quel métier.

Dimanche pluvieux, dimanche heureux ? Je ne sais pas, mais dernier sprint cette semaine. Incroyable quand même que région la plus au sud, je n’ai pas encore terminé de rentrer les blancs.

De quoi douter.

Ce que j’écoute au jour le jour pendant ces vendanges, en écrivant…

La citation du jour, mais pas tous les jours

« « La vie ne se comprend que par un retour en arrière, mais on ne la vit qu’en avant. » Sören Kierkegard

2 commentaires

  • Apolline
    23/09/2025 at 2:33 pm

    J’adore les citations que vous mentionnez ! J’adore vos textes !
    Merci !

  • Marie
    24/09/2025 at 8:10 am

    La vergerette a un délicieux gout de poivré. En Bourgogne aussi elle a envahi les rangs de vigne autant que les rues de Dijon, où elle foisonne comme jamais.
    Je vais en faire sécher pour voir si on pourrait la transformer en condiment. Qui sait, cette adventis pourrait devenir autre chose qu’un truc juste barbant
    Merci de nous régaler de vos mots

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