Vendanges 2025 – Jour J+21 – Prendre le pas d’Achille


Lorsqu’on me parla pour la première fois du Mas Farines j’eus, comme tout le monde, envie de poser la question : « rapport au pain ? ». Rien à voir. C’est Achille Farines, Négociant à Rivesaltes, qui donna son nom à ce mas, perdu, à la limite exacte entre Opoul et Vingrau.

J’ai trouvé sur le web cette vue d’artiste de Rivesaltes. A vrai dire, ça ne ressemble VRAIMENT pas à ça et, à mon avis, ça n’a jamais ressemblé à ça…

Dans l’histoire orale du village, c’était parait-il avant cela une forêt très ancienne, presque primaire, de chênes centenaires que l’on vint couper, m’a-t-on raconté, pour la marine de Colbert. Ça nous met vers 1660. Mais vous le saviez. Plus près de nous, on y cultiva longtemps de la luzerne pour la semence. Une autre époque.

Achille, François, Hector, Joseph Farines fut un notable Rivesaltais. D’ailleurs, il a même encore une notice Wikipédia. C’est vous dire. Il est maire de la ville après le 4 septembre 1870, jusqu’en février 1871 puis de 1878 jusqu’en 1882. Il participe, avec d’autre roussillonnais célèbres, à la relance du journal l’Indépendant, toujours actif. Il est élu sénateur républicain des Pyrénées-Orientales en février 1882. Mis en faillite par le tribunal, il est contraint à la démission dès le 15 mai 1882. Sans doute ne s’en remet-il pas puisqu’il meurt l’année suivant au Havre. Dans la honte ? C’était une autre époque…

Sa lettre de démission suite à la faillite (et oui, un sénateur, ça démissionnait, à l’époque) me semble sincère et ravive ma curiosité : « Après avoir longtemps et honorablement dirigé une maison de commerce, je me vois plongé dans le malheur par un concours de circonstances d’autant plus fatales que je m’étais retiré des affaires depuis plusieurs mois déjà. J’ai le devoir de vous adresser ma démission de sénateur ; je vous prie de l’agréer avec l’expression des mes sentiments les plus dévoués. » Achille Farines.

L’époque est sans pitié, ses biens et son mas sont vendus aux enchères, avec tout ce qu’ils contiennent.

Si vous prenez le temps de lire ces deux extraits de journaux (j’ai oublié où je les ai dénichés, désolé pour les sources mais il y a tout et n’importe quoi numérisé sur le web aujourd’hui), vous verrez une des coutumes fortes de Vingrau et d’ailleurs, à la campagne : les surnoms. A mon arrivée ici, j’ai eu un peu de mal pour savoir qui était qui, certains n’étant appelés que par leur surnom, assez bien trouvé et assez affectueux ou, au contraire, franchement dénigrant. Le connaissent-ils eux mêmes ? Mystère.

Nouvelle vue de Rivesaltes par l’IA d’Adobe qui ne se gêne pas elle non plus pour déformer la réalité…

Que s’est-il passé lors de cette vente aux enchères ? Et bien c’est à ce moment là, ou plus tard, que Michel Castany, dit Pounot, acheta le Mas Farines. C’était l’arrière-grand-père de Michel, le père de mon cher voisin Jacques, pour vous fixer temporellement, parti il y a quelques années. Lui ou son fils eurent sept enfants et donc quelques habitants de Vingrau eurent à un moment donné un morceau de ce mas, divisé, remembré, re-divisé, re-membré à nouveau, comme son vignoble, divisé je crois une dernière fois par la Safer. En trente ans d’efforts, j’ai réussi à remembrer et clôturer une petite vingtaine d’hectares.

Ainsi va la vie des villages, on est souvent cousin germain, cousin, ou « en famille » (Castany, Gardies, Ramonatxo), certaines branches éteintes, d’autres ayant quitté Vingrau, d’autres toujours actives. Pour un nouvel arrivant, ll n’est pas simple de savoir qui est cousin avec qui, mais il vaut mieux s’y intéresser. Surtout après la division du village par la lutte contre les carrières, une autre histoire.

Bon, ce billet n’a aucun intérêt, sauf peut-être pour les quelques habitants de Vingrau qui me lisent et m’enverront en commentaire, histoire de compléter ou de corriger l’histoire du Mas Farines et de la faillite d’Achille.

J’y étais hier matin, savourant le vent, la lumière et la beauté du lieu. Les Grenache n’y était pas mûrs, on est parti vendanger ailleurs. C’était l’occasion de vous raconter l’histoire d’Achille Farines, pour que son souvenir perdure.

Ce que j’écoute, au quotidien, au jour le jour mais pas tous les jours… La captation de David Gilmour sur Youtube est formidable…

La citation du jour, mais pas tous les jours…

« Ce serait beau comme une église, et un vrai paysan n’y rentrerait pas sans faire le signe de croix » Le Papet dans Jean de Florette de Marcel Pagnol

2 commentaires

  • Van der borght
    24/09/2025 at 9:53 am

    Oui un intérêt pour moi – le nom Farines dans l’hôtellerie mon métier cela résonne puisque un franchisé important dans la galaxie Accor en particulier présent à Perpignan et autour mais aussi en Espagne! Et aussi acquéreur de Rocquefort!!

  • FREDERIC LOISON
    24/09/2025 at 5:33 pm

    Intéressant. Sans compter les photos toujours très belles…

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