Vendanges 2025 – Jour J+22 – Dire au revoir au short


Billet non envoyé par le site suite à une mise à jour raté. Il eut été dommage de la manquer…

Vallée nord, 24 septembre. L’équinoxe d’automne est passée, c’était le 22 septembre cette année. La journée où le soleil se lève plein est et se couche plein ouest. La durée du jour est égale, exactement, à celle de la nuit. Pensif en ouvrant ma fenêtre alors que le jour n’est pas levé, je me demande ce qu’un élève de troisième voire de terminale sait aujourd’hui de l’équinoxe, le nez rivé à son écran de smartphone. Il peut vivre sans cette information, loin, si loin de la nature. Pour combien de temps ? L’avenir le dira. Je repense à cette citation d’Einstein : « Je ne peux pas vous dire quelles armes seront employées pour la troisième guerre mondiale, mais je peux vous garantir celles de la quatrième : des arcs et des flèches ».

La lune a elle aussi changé le 21. J’avais raté l’éclipse du 7, dommage. Trop de nuages ce jour là…

Je rigole, je rigole, c’est juste une photo qu’a pris ce jour-là mon Iphone à l’insu de mon plein gré. La lune passe croissante. Je n’irai pas jusqu’à vous dire qu’elle a aussi changé de signe astrologique (elle rentre en Vierge, oups, je l’ai dit…) mais bon, les cuves en début de fermentation ont perdu 30 points de densité dans la nuit. Alors que les vins sont à 17°. Disons que les levures sont en forme cette année et que nos raisins ne sont pas carencés en azote. Mais, qui sait, peut-être suivent-elle la lune ?

La Tramontane est là. Pas une Tramontanette, hein, celle qui fait s’envoler les chapeaux des rares touristes de septembre. Une bonne, une vraie, celle que si tu retiens pas ta portière de voiture et que tu t’es pas garé face au vent – ce que les enfants savent d’instinct, en naissant, ici – ta portière, tu dis adieu à ses charnières. On aurait voulu garder le short jusqu’à la fin des vendanges, comme le veut la tradition du Clos des Fées, mais on est pas des bêtes, quand même : certains se sont faits prendre hier, ils se sont couverts aujourd’hui. On se les gèle. N’est ce pas, Charles ?

Plantier de Syrah de quatre ans, magnifique. On est passé le goûter dimanche avec JYB, les raisins étaient fondants. Des bonbons. Plus de barrière entre la peau et la pulpe, qui commence ell- même à recevoir les anthocyanes, désormais à 100 % extractibles. Il est temps. J’avertis Serge : ça va être compliqué à vendanger et à transporter…

Mais voilà, le temps est avec nous et ce matin, à 7h30, il fait douze degrés. Ça change tout. Les grains sont fermes, se tiennent, arrivent dans un état raisin de table au cellier.

La température à l’encuvage ? Incroyable. Je t’aime, oh, toi, mon Roussillon…

Je repense à cette conversation, un jour, avec Athanase, sur le rôle du vigneron et de l’œnologue. Non, notre rôle n’est pas de déformer, plier, tordre, obliger un terroir, une vigne et surtout ses raisins pour avoir un point ou une étoile de plus dans une revue ou un guide. Ce n’est pas non plus forcer des muscles à saillir, refaire des seins, des culs ou des bouches pour que tous les vins obéissent à un « standard » de « beauté » ou de « puissance » pour plaire à de fugaces arbitres des élégances.

C’est simplement et seulement aider un peu la nature à faire ce qu’elle aurait fait dans une année idéale, où tout, à tout moment, se serait déroulé comme on le rêvait, au moment où il le fallait, pour faire un vin dont les volumes et les qualités forcerait l’admiration. Des millésimes comme ceux-là, le vigneron, autrefois, était content lorsqu’il en vivait un dans sa carrière, béni avec deux, consacré si d’avantage, ce qui était rare. On appelait ça un millésime du siècle. A en faire 4 tous les dix ans, si vous voulez mon avis, on a un peu dévoyé le concept…

A 13 degrés à l’entrée dans la cuve, inutile de cryogéniser dans un tunnel le raisin pour le glacer : la fermentation pré-fermentaire à froid se fera, naturellement, dans sa petite cuve bois. Puis la fermentation démarrera quand elle en aura envie, avec les levures de la vigne ou de la cave qui en est désormais aussi saturé qu’un Sietch Fremen l’est de l’épice.

A la cave, une araignée a tissé une immense toile entre les comportes et le bardage. Maligne, elle a pigé que raisin = drosophile = miam-miam. Cette variété est en plein développement ici. Il y a un « plantnet » pour les insectes ? Araignée du soir, espoir. Araignée ou pas, nos espoirs de rendement supérieur à 20 hl/ha s’éloignent chaque jour. En parlant d’insectes, ces rendements me foutent le bourdon, tiens, « que l’enfer applaudisse à ce nouveau revers ». Un peu de Rameau, ça va remonter le niveau de ce blog.

On s’arrête deux jours. Je prends le risque.

Ce que j’écoute, au quotidien, au jour le jour mais pas tous les jours…

La citation du jour, mais pas tous les jours…

Gardez bien en vous ce trésor, la gentillesse. Sachez donner sans retenue, perdre sans regret, acquérir sans mesquinerie.❞ George Sand

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