Vendanges 2025 – Jour J+25 – Et en finir vraiment


Voilà les amis, nous sommes au rivage. Ni hagard ni méconnaissable, comme le fut Ulysse, mais, je l’avoue, content de finir. Et toute l’équipe aussi… J’ai un peu joué la facilité au final, en regroupant sur ce blog deux jours de vendanges en un, mais j’avoue, je suis moi aussi « à sec », épuisé, ne sachant plus vraiment quoi raconter. Mais quelle belle aventure… Le rythme presque quotidien est une composante essentielle de ce journal de vendanges qui, sans cela, n’aurait pas vraiment de sens. C’est l’obligation du feuilleton qui me soutient, c’est elle qui, je l’espère, vous permet d’avoir l’impression de vivre un peu ma vie, de comprendre, bien au-delà de moi, la passion qui anime les vignerons.

J’espère qu’il vous fait toucher du doigt combien ce métier est complexe, difficile, physiquement et mentalement, combien il est ingrat car le vivant – la Nature – ne dévoile souvent ses cartes qu’à la dernière minute, comme le décide the run ou the river dans une partie de Texas hold’em. Tout gagner ou tout perdre se décide à la fin, sur un critère que l’on maitrise pas.

Dernière Syrah de Lesquerde, toujours la plus tardive, un chouïa plus généreuse que prévue (mais nous n’espérions pas grand chose…). Je vous ai dit que j’avais grandit au milieu des harkis ? Que parfois quelques mots de berbères me viennent à la bouche ? Non ? Une autre histoire…

Mourvèdre magnifiques mais bien rares, là encore ne tenant pas leur promesses en volume. Les 100 mm d’eau en juillet nous ont tous trop fait rêver et le Roussillon s’avance lentement mais sûrement vers à peine 250 000 hl et nous vers 10 hl/h.

Grenache, enfin, en ce jeudi 2 octobre qui marque la fin des vendanges. Il était temps. Tout le monde est épuisé, moi en tête, n’ayant plus l’âge de ce genre de sauterie. Après deux mois de vendanges, on redevient un peu sauvage, c’est très étrange. Se laver, se raser n’est plus aussi spontané qu’à l’habitude. Il faut se reprendre en main. Envies soudaines de dormir, un peu n’importe où et n’importe quand, aux aguets pour un lieu incongru où le faire. Capable d’avaler pratiquement n’importe quoi, debout, presque après l’avoir volé, oubliant instantanément que l’on vient de le faire. Dans un état second tant vendanges et vinification vous habitent. Nuits hachées par d’étranges cauchemars, de bulldozers broyant des cailloux, de voitures fonçant dans la nuit dont on est prisonnier, d’amis proches en difficulté que l’on ne peut sauver. Bref…

Sur une parcelle, hier ou avant hier, je ne sait plus, nous voilà envahis d’une sorte d’insecte bizarre, très sportif et réactif, aussi vif qu’une sauterelle, encore jamais vu ici.

Bon, ce n’est pas le cicadelle africaine, qui remonte avec le réchauffement et défeuille les vignes empêchant toute récolte : elle est plus petite, allongée, vert pâle et les ailes transparentes. Mais qu’est-ce que c’est donc que ce truc, que nous n’avons pour l’instant vu nulle part ailleurs qui infeste ce Carignan, sans dégât apparent, ni sur feuille, ni sur raisin ?

Un petit coup de Google Maps et nous voilà encore riches d’une nouvelle connaissance : cela ressemble bien à une cicindèle, encore jamais observée ici et qui vit normalement dans le sable. Ça mangerait pas les raisins, c’est déjà ça. Et ça ne se reproduit que si la femelle est consentante. Alors… On verra bien, mais rien ne nous sera épargné, seule chose dont je suis désormais certain. Si les insectes vous fascinent comme Lucie, je vous conseille cet article sur une autre cicindèle dont la larve est à faire des cauchemars… C’est ICI et c’est passionnant.

Bon, voilà, je ne sais plus où j’en suis. Quelques photos, alors, pour finir ?

Au nord-ouest, le soleil qui se lève.
A l’est, les falaises de calcaire qui s’enflamment
Du Grenache, bien sûr…

Bon, ne vous y méprenez pas, je kiffe ma vie et ce métier, si dur soit-il, reste sublime, forcément sublime. À l’année prochaine, si le climat ne nous a pas tués, si Poutine ne nous a pas envahis, si vous continuez à ouvrir des bouteilles, bref, si le monde reste monde.

Ce que j’écoute, au quotidien, au jour le jour mais pas tous les jours…

La citation du jour, presque tous les jours…

❝ J’aime les couchers de soleil. C’est un moment puissant et triste ❞ Robert Redford

5 commentaires

  • Bertrand Diebold
    03/10/2025 at 8:22 am

    Merci Hervé de nous avoir fait vivre ces vendanges 2025.

  • FREDERIC LOISON
    03/10/2025 at 11:11 am

    IMMENSE MERCI HERVE POUR CETTE SAGA 2025… EN PATIENTANT POUR EN DEGUSTER LE TOP RESULTAT AS USUAL.

  • Cyril
    03/10/2025 at 11:23 am

    Merci pour ce partage, un peu de beauté et de vie !

  • Michel Smith
    03/10/2025 at 11:58 am

    Merci Hervé pour ces regards tendres et curieux, pour ces moments de vie.

  • David
    04/10/2025 at 8:21 am

    Merci pour ce beau récit. Je vous ai suivi au jour le jour comme chaque année.

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