Vendanges 2026 – J+26 – One more thing
Ah, je vous manque déjà… Je le savais !
Je rêve de terminer, bien sûr, mais il manquait encore un bout de Grenache qu’on a pas pu faire hier, trop chaud, trop long, trop loin. On en a profité pour attacher un peu un plantier en vue du labour au vitiplus et rentrer les derniers muscat encore sur pied, presque secs grâce à la météo clémente. Ils n’auraient pas supporté la pluie que l’on va désormais espérer follement.
Au-delà des égigerons qui sont cette année plus envahissants que jamais, la diversité des herbes qu’on dit mauvaises force le respect. Tiens, celle-là, que je ne connaissais pas, se développe, pépouze, au coin d’un vieux grenache.
C’est un Héliotrope d’Europe, donc la consommation, paraît-il, serait conseillée pour développer « Ancrage et Stabilité » Il aiderait à rester ancré dans le présent, favorisant la stabilité émotionnelle et la connexion avec la Terre. Je passe mon tour, ce n’est pas ce dont j’ai le plus besoin. Je crois que vous l’avez compris si vous lisez ce blog de vendanges depuis le début. Rien à voir, mais vu sur Instagram pendant une grosse insomnie, je ne sais plus quelle nuit, que le romarin, si on s’en frotte les cheveux vigoureusement, aurait des vertus sur la mémoire et limiterait la perte de celle ci, une molécule passant à travers le cuir chevelu. Vivement qu’il soit en fleur, je vais le tenter. Et un peu sous les bras, avec du scotch, ça m’économisera le déodorant.
Restait le Cabernet-franc, qu’on a failli oublier. Je plaisante, je plaisante. Plein nord, il prend son temps.
Au bord de la parcelle, à mi-hauteur, un cormier, aux fruits abondants cette année. Je me souviens d’en avoir goûté, enfant. Pas très bon, très astringent. Serge me dit qu’on le distillait, paraît-il, dans la vallée, il y longtemps, ce temps où l’on avait rien mais où l’on était heureux de tout. Qu’il ait poussé, là, dans le ravin, pour avoir un peu de pluie me réjouit en ce dernier jour où tout le monde voit la ligne d’arrivée. Enfin…
Pensif, je me dis un instant que j’aurais aimé être cet homme qui peut nommer sans hésiter les nuages et ose prédire le temps en les observant, connaît les mauvaises herbes, indique baies et fruits comestibles et tape sur la main de qui saisit le mauvais, reconnaît les traces laissées par les animaux, dirige le regard de l’enfant vers le nid ou le terrier. Dans une autre vie, peut-être. En attendant, je tente de saisir quelques instants de cette vallée que j’aime tant et qui, chaque année, s’abandonne un peu plus. Nous serons bientôt les derniers…
Ce cabernet-franc que j’aime par dessus tout voit le court-noué l’atteindre violemment. À mes débuts, je n’avais pas les moyens d’attendre. Il va sans doute falloir l’arracher un jour et le Faune, sans doute, disparaitra alors. Panachures caractéristiques , parce qu’il y a un pédagogue en moi.
Eh oui, c’est le dernier jour, nous sommes d’humeur badine. Il était d’usage de faire manger un peu de raisin aux jeunes vendangeurs et vendangeuses, désormais, on évite, sinon on pourrait finir en garde à vue. On klaxonnera, quand même, en passant dans le village, où bien peu de monde se souvient de cette lointaine coutume.
Un petit solde de grenache, pour finir, qui devrait rentrer pile poil dans la cuve d’hier et la compléter gentiment. J’ai l’impression que ce n’est pas son année, au Grenache, comme en 2023 où, pour la première fois, je n’ai pas fait de petite Sibérie. Une autre cuvée est née, après beaucoup d’hésitation, Post-Scriptum. Je vous en ai parlé ? Non ? Ah, dommage. On les envoie cette semaine, justement, avec les autres primeurs. Un grand vin, à qui il manquait un tout petit « je ne sais quoi…».
Je prends quelques photos en attendant les vendangeurs. Ici, au pied de cette incroyable falaise calcaire, à la fin de mes 28èmes vendanges, je suis songeur. Ah, si Cézanne avait marché jusqu’ici, la face de Vingrau en aurait été changée. Dire que cette montagne n’a toujours pas de nom…
Je ne vous laisse pas tomber, mais plus de rythme quotidien… Devant moi, trois semaines de vinif, de malo, d’assemblage, d’analyses et de nouvelle année qui commence, déjà, dans les vignes. Le matin est cependant plus léger et, déjà, on va chercher une nouvelle énergie.
Ce que j’écoute, au quotidien, au jour le jour mais pas tous les jours…
La citation du jour, mais pas tous les jours…
❝ Ce qui me rappelle une anecdote, cette réflexion que Cary Grant m’avait faite quand je l’avais rencontré, et que je n’ai jamais oubliée car elle m’avait beaucoup frappé. Un jour, alors que nous regardions un de ses films ensemble, il m’a dit : « Ah, comme j’aimerais être Cary Grant ! » Il faisait bien sûr référence au personnage fictif qu’il incarnait au cinéma et regrettait un peu de ne pas l’être dans la vie. Et puis, en discutant d’élégance, de vestes ou de costumes, j’avais été surpris de constater que j’étais en fait plus stylé que lui ! Moi, j’ai la chance d’avoir rêvé de devenir Ralph Lauren et d’être devenu celui que je voulais être. ❞ Ralph Lauren







Merci Hervé pour tout ces partages. Votre expérience, vos savoirs, vos anecdotes, votre Aura vous consacreront bientôt premier druide de la vallée de l’Agly! Encore un effort….
Merci Hervé pour ce reportage, que je suis chaque année avec assiduité, et ces superbes photos.
Bravo et encore merci,
Vivement l’année prochaine …
Si tu ne peux nous pondre un billet quotidien – ce que je comprends – adresse-nous de temps à autres une de ces photos dont tu as le secret, vu ta sensibilité aux choses de la nature. Comme cette quatrième (en montant ou en descendant ton post) que l’on pourrait légender « Out of Roussillon » tellement elle fait penser à un paysage amazonien ou indonésien en « Panavision » ou « Technicolor ». C’est l’illustration parfaite du côté sauvage que tu sembles aimer par-dessus tout, celui où tu implantes tes parcelles de lianes en des lieux improbables. Il y aurait un film à faire là-dessus !
Merci pour ces posts que je suis au plus près de vos vendanges et parfois avec quelques jours de décalage. Julien THUREL (cidrier dans le loiret) fait un « cidre » avec les cormiers. SI vous allez au salon des vins bios à Montpellier, il y est normalement présent tous les ans, il aura certainement un peu de cormier à faire goûter! Bon assemblage et bon vitiplus!
Merci de nous avons régalé avec le millésime 2025 avant l’heure. C’est toujours un bonheur de vous suivre en vendanges.
Amicalement,
Une magie dans la sécheresse et le calcaire.
Une magie dans la rudesse d’un soleil parfois trop intense
Une magie dans l’espoir de quelques larmes de pépins de raisin
Une magie dans la couleur pourpre et profonde qui fait perdre la tête, qui étourdit et enflamme le cœur
La magie d’un terroir qui se veut indomptable et qui se laisse parfois émouvoir par un vigneron tantôt sommelier, tantôt poète, mais toujours hors du temps, qui se laisse bercer par des mots sans se laisser apprivoiser.