Vendanges 2026 – Jour J-13 – Se remettre à écrire
Bien peu de billets depuis la fin des vendanges 2025… Je sais, pardon.
Ce blog se tarit, doucement mais il se tarit. Normal, les réseaux sociaux ont pris le dessus. Normal, je ne sais pas, mais pour l’homme de l’écrit que je suis, l’ère du blog, si courte fut-elle, fut un bonheur. Liberté de ton, de format, une forme d’intimité avec le lecteur très différente d’Instagram ou de Facebook. L’air de rien, de la logique, pour donner l’espoir, vain, que cela laisserait une trace : rubriques, un moteur de recherche. Bref, pas grand chose à voir avec le monde d’aujourd’hui. Combien reste t’il de blog actifs dans le monde ? Ah, quand même, l’IA me dit 600 millions. J’aurais pas dit… Moins intimes, plus professionnels. Concurrencés désormais par des sites qui cherchent à monnayer les publications, substack, ghost ou autre medium qui m’échappent.
J’aurai donc vu l’émergence des blogs perso et leur décadence.
Comme j’aurai vu, quand j’y pense, l’émergence ET la fin du… disco. Eh oui, cher lecteur, j’ai dansé, sur la première chanson disco, à la fête de mon quartier, Le Val Saint-André, Aix en Provence, en 1974 – habillé, allez savoir ce qui passe par la tête d’un garçon de 14 ans… – d’un pantalon à larges rayures verticales rouges, blanches et bleues, piqué à ma sœur – sur « Never Can Say Goobye », indiscutablement acte fondateur du disco, donc, mais aussi de la dernière, « I Will Survive », en 1978, dans une discothèque de Garmisch-Partenkirchen, habillé cette fois ci d’un blouson jaune d’or et parement bleu disco, dit Spiro Disco Ball que je regrette, souvent, d’avoir égaré lors d’un de mes multiples déménagements… Incroyable destin de Gloria Gaynor qui chanta donc la première et la dernière chanson disco…
Inspirer, expirer. Début, fin. Naître, mourir. Ainsi va la vie. En faisant ce week-end un grand tour de mes vignes, j’ai repensé à ces événements de ma vie. Normal, hein, quand on vieillit, certaines choses reviennent. Je vous l’avoue, oui, il y a dans ma tête un « Plan X» (la lettre qui le suit est encore confuse, D, E ?) mais ce plan envisageable que le Clos des Fées, parti de rien, pourrait, un jour, dans un monde aujourd’hui possible, revenir dans un non-être platonicien. Se réduire; diminuer; disparaître. Oui, vu le climat, j’y pense.
Vous l’avez compris, ce blog de vendanges, cette année, ça va être du lourd. Du profond. Du réfléchi. A la Duras, à la Bourdieu, à la Lacan, c’est à dire surtout compréhensible par l’auteur, souvent un peu trop certain de son deuxième degré.
Mais non, je rigole… Ca va juste raconter ma vie de vigneron, au jour le jour. C’est déjà un sacré programme.
Comment je me sens en ce moment ? Et bien je suis allé voir l’Odyssée et si j’osais, je dirais : en plein vestibulum, cette zone située à l’entrée des Enfers d’après Virgile. Y rentrerai-je ? Aurai je la chance de faire demi tour et de revenir dans le monde des vivants, heureux d’avoir fait des grands vins alors que je doute tant à 20 jours des premières vendanges ? Le suspense est total.
A ce jour, trois sortes de vignes, pour vous tenir au courant.
Les premières, on vendangera pas ou, si on vendange, je n’ai aucune idée de la tête que ça va avoir. C’est grêlé, brûlé, défeuillé, en grande souffrance. Le gravier blanc, les graves, avec ce genre de climat, c’est tout simplement une géologie qui n’est désormais plus adaptée, sauf à avoir l’eau d’un fleuve ou d’un canal au coin de la parcelle, comme sur les rives du bas Rhône ou une grande partie de la Provence viticole. La plante n’a simplement plus assez d’énergie en ce moment pour aller au bout de la véraison. Ni d’ailleurs aux bois d’aoûter On est à minima à un mois des vendanges en haut, sur Vingrau, peu de chance que ça tienne. Perte sèche.
Les deuxièmes résistent, vaillamment. Ca va dépendre s’il pleut ou pas, mais rien à l’horizon, rien que « le soleil qui poudroie » et l’herbe jaune comme une savane africaine. Charlou me disait toujours qu’ici, au sud du sud, l’homme sage, le philosophe de terrain qu’il était « ne va jamais voir sa vigne en août ». Je l’ai vérifié maintes fois, il est vrai, au cours de ces trente ans, qu’alors que parfois l’on croit avoir tout perdu, et bien, mi-septembre, la liane miraculeuse se redresse, comme à la fin d’un mauvais combat de Jean-Claude Van Damme, se relève et, d’un dernier uppercut, nous surprend. 2023, tiens, où je pensais ne rien faire de bon et où le Clos des Fées me bouleverse.
Et puis enfin la troisième catégorie, où franchement, je suis épaté. Le pinot noir, par exemple : véraison uniforme, grappes peu nombreuses mais gonflées, pas un un grain sec, feuillage magnifique, pas une feuille jaune.
Syrah de la Cresse, traditionnelles bases du Clos des Fées tout aussi magnifiques, chargées, j’en ai effeuillé une pour vous montrer. Ca finit de vérer doucement, bien à l’abri de ses feuilles…
Bon, comme dit Bane dans The Dark Knight Rises « I learned here that there can be no true despair without hope ». Donc, espérons. Ce sera la première citation du jour !
Ce que j’écoute au jour le jour, mais pas tous les jours. ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.
Version piano voix, version live sur youtube. Indémodable.




Merci de prendre le temps et le clavier pour nous donner des nouvelles, plus ou moins bonnes, de l’état du vignoble et du vigneron . Bon courage pour la suite en espérant une évolution météorologique plus clémente.
Comme un ami qui passe près de chez vous, content de vous retrouver.