Vendanges 2026 – Jour J – Sauter les étapes
Bon, tout était calé, on devait démarrer le lundi 9 août, doucement, histoire d’éviter le type de drame vécu l’année dernière pendant le week-end du 15 août.
Finalement, ce sera demain. C’est pour ça qu’on a grillé 13 jours en 24 heures…
Vendredi 31… Juillet. Vendange. Dingue.
Mais… rien de si spécial désormais, certains ont déjà commencé. Bon, parfois uniquement pour être le premier à vendanger en France une grappe de muscat qui ressemble à un verjus et faire un peu de buzz sur les média locaux et les réseaux. D’autres font des vins à très bas degré et, pour eux, leur muscat à 9° est suffisant mûr. Ils cueillent même, déjà, un peu de grenache noir pour du rosé. Machine à vendanger, refroidisseur tubulaire, pressurage direct, froid à fond les ballons, le jus de raisin débourbé va être bloqué à – 5 ° pendant deux, trois, voire cinq semaines puis mis à fermenter. Il y a tout un monde du vin industriel qui m’est étranger mais qui est nécessaire, j’imagine. Je suis plutôt, d’ailleurs, admiratif de ceux qui s’y collent. Un autre métier.
Nous, ça sera 35 cagettes de 18 kg, à la main, histoire de démarrer une petite cuve bois en grappes entières. Raisins triés à la vigne, à la fraîche, alors que le jour se lève, petite équipe, que nos permanents. Doucement. Donc, demain, dès l’aube, je partirai. Mon Pinot m’attendra. Pour une fois, les planètes s’alignent, malgré ces canicules à répétition, l’on devrait pouvoir y aller cette année petit à petit, jour après jour, comme j’en ai toujours rêvé. La météo, déjà devrait nous le permettre. Pas de 40 et de sèche cheveux à l’horizon.
La journée a été compliquée (laquelle ne l’est pas, dans ce métier…). Démarrer, ne pas démarrer, récolter quoi, à quel stade de maturité, en vue de quel vin ? La matinée fut faite de prélèvements sur toutes les parties de toutes les parcelles de pinot. Le reste est loin d’être prêt. De dégustations de baies. D’analyses de moût, de discussions avec mes collaborateurs les plus proches. Il faisait gris, moins chaud, avec une humidité collante. Collante pour nous, pas pour la vigne qui s’en est régalée : 85 % d’humidité le matin, 50 % l’après midi. Pas grand chose, me direz vous. Pas du tout, essentiel. Disons le avant toute chose, c’est magnifique.
Tout est bien à l’abri, protégé. Bon, bien sûr, au milieu, quelques grappes n’ont pas véré, on trouvera le temps de les faire tomber.
Plus loin, quelques dizaines de jeunes pieds ont pris de plein fouet le soleil couchant et ont vu leur premières feuilles brûlées. Mais, étrangement, le raisin tient le coup. Pas de confit, encore du fruit. Mais pas de jus. On verra si le blocage est définitif mais, quoi qu’il en soit, ils seront isolés à la vendange.
Décision prise, demain, vendange. Premier fight.
Me voilà donc, alors que le soir tombe, à écrire dans une ambiance de veillée d’arme. Oh, pas celle que le futur chevalier passait, dit-on, en méditation. Plutôt, dans mon cas, celle qui précède une bataille.
En roulant ce matin vers la vigne, j’ai entendu je ne sais plus qui, dans je ne sais plus quelle émission, parler du « champ des possibles ». Beau sujet, parfaitement aligné avec ce que je vis, j’en parlerai peut-être sur un billet. Là, alors que je vais devoir encore cette année prendre des centaines de décision (et faire semblant d’être certain de toujours prendre la bonne), comme chaque année, tout mon corps décroche. Depuis quelques jours, mes épaules se sont à nouveau enflammées, mon genou droit me lâche, c’est nouveau, au point que je me traine dans le moindre escalier. La nuit dernière, j’ai rêvé… d’autruches, comprenant enfin le sens et le plaisir qu’il peut y avoir à s’enfoncer sa tête dans le sol. Ah, oui, s’enfoncer doucement dans le sol comme dans un sable mouvant. Peu à peu, s’immobiliser, revenir à la terre, ne plus avoir de tensions, de responsabilités, de décisions à prendre.
Bon, pas d’affolement, c’est chaque année pareil, ça va passer. Et puis, même s’ils n’en sont pas fiers, je sais bien que l’immense majorité des vins d’auteurs sont fait par des vignerons qui vivent la même chose que moi. On prend les choses trop à cœur et on somatise.
«Le courage, c’est rester maître de soi lorsque tout pousse à céder » Ernest Hemingway (traduction à ma sauce)
Ce que j’écoute au jour le jour, mais pas tous les jours. ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.




C’est parti, bonnes vendanges!
Petit à petit…