Vendanges 2026 – J + 1 – Ouvrir le champ des possibles
En marchant avec Serge, David et Jenny, ce matin (toujours dans le Pinot), alors qu’ils faisaient les prélèvements (100 baies minimum, sur les deux faces du rang, sur tous les horizons verticaux, sans choisir, laissant sa main être guidée par le hasard, à l’avant et à l’arrière de la grappe), je pensais à ma chance.
Le grand sujet de discussion dans le monde du vin, en ce moment, se résume en une phrase, entendue il y a quelques jours sur une radio, dans une émission sans lien avec le vin (mais sans doute avec le feu…) : « les structures deviennent des entraves ».
Comment imaginer, alors que le dérèglement climatique appuie sur le champignon et qu’il est désormais palpable pour tous, que la réponse puisse être une nouvelle Loi, une nouvelle norme, une nouvelle obligation, une nouvelle commission ou officine surtout construite pour recaser ses amis ? Que cette injonction, plus que solution, soit applicable dans une zone humide du Poitou comme sur un calcaire brut des Corbières ? Que l’on puisse traiter la forêt landaise comme la forêt polonaise, à travers un nouveau règlement européen qui fantasme à fonctionner partout ? Le tout appliqué par des fonctionnaires qui n’ont aucun lien avec le vivant, n’ont jamais posé le pied dans ces fameuses forêts et pondent leurs directives depuis une tour climatisée ? Le tout en menaçant de sanctions sans JAMAIS féliciter les initiatives locales, l’entraide, le lien social, la créativité adapté à un méso-territoire ?
Soyons honnêtes, voilà que les AOP, les fameuses Appellations d’Origine Protégée, se voient prises dans la même nasse. Elles ont fait la richesse du vin et aujourd’hui, elles empêchent, obligent, contraignent, arc-boutées sur un espace-temps où, pour résumer, on vendangeait en octobre alors que l’on vendange désormais en août.
Alors qu’ailleurs des décrets d’appellation taillés dans le marbre limitent et interdisent, me voilà totalement libre, pensif devant ma parcelle de Pinot Noir. Je ne vends pas d’AOP, mon pinot, ici, pépouse (pépouse adj. inv. (familier, argot contemporain) 1-Tranquille, détendu, sans stress. 2-Confortablement installé. 3-Par extension : tout va bien, à l’aise) sur son coteau, n’en a cure.
Pas d’agrément en vue, donc pas d’obligation de coller à un standard ; pas de comparaison avec un autre vigneron, je suis le seul dans le coin a avoir été assez dérangé pour planter du Pinot; pas de pression commerciale ou médiatique, je peux tranquillement explorer toutes les voies, anciennes ou nouvelles, chercher à savoir ce qui se passe quand tout est possible. Il est libre de son degré, de sa couleur, de ses tanins. Moi aussi, du coup.
Parce qu’aussi ma terre n’intéresse pas LVMH, KERING, ROEDERER ou FICOFI. Elle ne coûte en vérité que quelques amandes et une poignée de figues. Je peux donc me tromper, prendre des risques, sacrifier un peu de raisin pour cela et s’il le faut encaisser mes pertes.
Tout cela, aucun grand cru, tout classé ou princier soit-il, ne peut se le permettre. Je savoure ce luxe, le vrai, celui qui n’a rien à voir avec le prix mais tout avec la valeur et la liberté.
C’est ce que peut-être nous avons fait, vendredi dernier, en cherchant une limite basse pour les maturités. Cultiver en climat méditerranéen le Pinot Noir, c’est tout simplement expérimenter ce qui attend nos amis plus au nord dans quelques années, avec un bel avant goût en 2023, qui se prolonge. Quel porte-greffe est désormais plus adapté ? Labour ou pas, si oui quand et avec quel outil ? Quelles densités, quelles méthodes de taille, de traitement ? Rapport à l’arrosage, pas pour produire mais souvent, simplement pour sauver les jeunes pieds. Ce luxe est aussi un travail de recherche, je vous en reparlerai en octobre.
Je reste en écrivant sur ces diktats des AOP vs ma liberté. « Les formes créées pour servir la vie finissent par l’emprisonner. » On dirait du Bergson, ça n’en est pas. Me voilà à l’heure des choix de vendange, tout près de Rabelais – loin des guerres picrocholines, toujours vivaces dans le monde du vin – mais simplement sous un arbre à Thélème, méditant à ses cotés son fameux « fais ce que voudras »…
Honnêtement, je n’avais encore rien prévu cette année pour ce blog. Me voilà à faire de la philo de comptoir. Est-ce parce que Pascaline Lepeltier, sommelière ET fan de Bergson (le sujet de sa maîtrise de philosophie…) a aimé 100 Phrases la semaine dernière ? Ça m’a fait plaisir. Elle fait partie des rares personnes dont l’avis me touche. C’était bien.
Revenons au réel, celui qu’il disait « créateur d’imprévisible nouveauté…»
Au diable la maturité phénolique, restons dans le respect absolu du fruit, si important dans les pinot grappes entières. Sur les 8 prélèvements, j’ai le choix de prendre là, où là, pour tenter ceci, cela, faire un peu plus de ce vin-ci ou de ce vin-là. Libre à moi de piocher cette souche et pas sa voisine, la mettre dans mon creuset d’alchimiste et de lui donner un avenir, du plus modeste au plus ambitieux, loin des limites d’une norme qui, comme toutes les normes, a oublié le mot adaptation.
Beau lever de soleil, quelques gouttes sur le pare brise. Juste pour salir la voiture. Mais 90 % d’humidité grâce aux entrées maritimes, on prend !
Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.


Face aux absurdités sordides à (ne pas) lire sur les réseaux, je prends aussi. Ton raisonnement du jour se résume en un mot : liberté.
Liberté de se faire plaisir mais aussi de faire plaisir, et nous en prenons du plaisir avec le clos des fées.
Aime Guibert de Daumas Gassac aussi avait décidé de ne pas suivre l’aop pour rester dans ses choix.
Merci
Il est libre au Max, y’en a même qui disent qu’ils l’ont vu papouser
Heureux de te retrouver inventif et combatif même devant l’incertitude et l’adversité
Belles vendanges à toi
Respectueusement
Jean rené
Merci Hervé .
Quel plaisir .
Je prends très souvent le temps d’ouvrir le lien vers votre blog rien que pour les photos!
Ah les gouttes… on en raffole tant que j’ai dansé sous 2 mm dans le Vallespir il y a 3 jours. Vu le niveau de maturité, si Acqua Cielus arrivait maintenant et avant acqua Domitia, Que cela changerait dans la vendange ?