Vendanges 2026 – Jour J + 2 – Ouvrir le ban


Bon, c’est parti pour le Pinot…

Après l’avoir arpenté, en long, en large et en travers, l’avoir observé, goûté, regoûté, suçoté, mâchouillé, recraché, avalé, malaxé entre deux doigts, il est clair qu’il est temps.

Bon, on l’a passé au Foss, quand même, hein, on aime pas toujours suivre la science et ses certitudes mais on aime beaucoup s’appuyer sur elle. Hors, elle est d’accord avec nous :

En cinq jours, on a pris plus d’un degré. Sans chaleur excessive (il faut chaud partout pareil ou presque en ce moment), sans vent desséchant, avec une hygrométrie à plus 80 % 12 h sur 24 h.

La Champagne est en panique, les degrés montent vite, la Bourgogne avance chaque jour ses dates prévisionnelles de vendanges. Mais comment changer les vacances des permanents ? Faire venir plus tôt les saisonniers ? Trouver des locations ou les avancer ? Décaler des véhicules chez les loueurs ? Impossible.

Je le dis souvent, pendant trois ans, nous avons été dans la première tranchée de la première bataille de la premère offensive du réchauffement climatique.

Pour tout amateur de vin, deux choses ce soir me viennent, importantes à comprendre. La première, c’est qu’il y a un « nivellement par le chaud » et que donc, dans ces climats, on va finalement bientôt tous vendanger en août. La deuxième, c’est que nos vignobles du Sud sont, étrangement, mieux préparés à la bataille : gobelet, 4000 pieds-hectare, porte-greffe résistant (110, 140), société habituée à vendanger tôt, caves équipées en froid, économie du petit rendement à laquelle on s’est résigné. Ailleurs, le changement, dans certains vignobles, va être comme une claque…

Tout le monde est donc aux vendanges ce matin. J’ai réquisitionné Gaspard et Noé, toute l’équipe de cave est avec nous pour couper du Pinot. Parce que oui, sur ce cépage, la parole attribué à Henri Jayer – « il vaut mieux toujours trois jours trop tôt que trois jours trop tard » – est parole d’évangile. Bon, on ne saura jamais si c’est lui qui l’a déclamé en ces termes, mais ça correspond bien de toute façon à son credo de chercher « la juste maturité » tout en sachant attendre qu’elle soit là et bien là. Un peu comme les préliminaires, si ça dure trop, hein. Bon, désolé, je sors…

Ce qui est certain c’est que c’est encore plus important en grappes entières parce qu’avant que la fermentation enzimatique ne commence, à l’intérieur du fruit, sans levure, le raisin, attaché à la grappe, continue à évoluer. Suffit d’en laisser sur la table de sa cuisine attaché à sa rafle ou pas, pour intégrer. Ou s’intéresser à l’histoire du Chasselas de Thomery, près de Fontainebleau, où la technique de conservation par trempage des rafles dans de petites bouteilles en verre remplies d’eau et d’un morceau de charbon de bois a fait la fortune du village, jusqu’à l’arrivée des chambres froides industrielles. Le tsar, dit la petite histoire, en était friand.

Bon, voilà, j’ai encore dérivé. C’est ça, le blog. On dérive.

Trente-trois caisses, juste pour voir, pour une autre petite cuve bois. Un petit foudre, le F1. Je prends la décision de vendanger aussi samedi, sinon je ne vais pas dormir ce week-end.

La citation du jour, mais pas tous les jours: « L’intelligence, c’est peut-être de savoir à quel moment il vaut mieux ne pas insister. » Françoise Sagan

Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.

Laisser un commentaire

ABONNEMENT

Recevez les billets du blog dès leur publication. Et rien d'autre.

Archives