Vendanges 2026 – Jour J + 6 – Rester de bonne humeur
Grand tour des vignes avec le cher Fako, mon ami œnologue, avant le we. J’ai déjà souvent parlé ici de tout ce qu’il m’a apporté. Il ne garde que quelques clients à Bordeaux, une dream team de producteurs en Grèce, son pays d’origine, quelques uns en France, dont le Clos des Fées.
Il ne fait que passer, on a peu de temps, on goûte les pinot (sublimes !) qui ne vont pas rester longtemps en cuve puis direction les vignes. A 14h, pas le choix. Malheureux ! Bonne mère ! Quelle idée ridicule que d’aller voir ses vignes, un 15 août, le dernier jour de canicule où la température dépasse allègrement les 40 ° ! Tu es fou ! Après quelques stop, nous voilà à me croire sur la couverture d’un album célèbre…
Génégals, Mas Farine, je quitte le navire et laisse les jeunes terminer. Le Kalahari wine tour m’a totalement déprimé. Ce qui souffrait est à l’agonie. Ce qui ne souffrait pas avance désormais sur un chemin de croix. Je m’écroule sur mon canapé et je m’endors comme si j’avais reçu un sort ou si Mesmer m’avait touché le front. De la fatigue, certes mais je crois que mon métabolisme et mon esprit disjonctent devant tant de mauvaises nouvelles… Le sommeil est chez moi la réponse au stress. Je m’évanouis une trentaine de minutes. Douche froide, je tente de reprendre mes esprits.
Sites professionnels, réseaux sociaux, presse généraliste, tout le monde se décide enfin à regarder la réalité en face : il faut démarrer les vendanges et vite. En Champagne, les degrés sont déjà à 12,5, et il n’y a aucun vendangeur à l’horizon alors que la vendange manuelle est obligatoire. Or le décret de l’AOP oblige à 13° maximum vin fini. Il va falloir le changer ou autoriser une dérogation. En Bourgogne, après avoir critiqué, voire s’être moqué de mon ami Jean-Yves, certains et pas des moindres abandonnent leurs maisons de vacances et rentrent en catastrophe. Vendanger des raisins à 14, 15, 16° pour ceux qui fanfaronnaient et se moquaient, l’expérience va être formatrice. Tout change : la méthode, les températures, les durées, les risques. Courage les amis, bienvenue dans l’anti-fragilité.
Je ne saurais trop conseiller désormais la lecture de vieux livres où, en les lisant bien évidemment à travers les lunettes de la science oenologique moderne, on apprend beaucoup…
A mes débuts, n’ayant aucun matériel, quelques cuves en résine et pas de froid, je me suis passionné pour ces défricheurs, ces colons qui avaient souvent des milliers d’hectares, en tombant sur ce livre, dans une brocante. On a peine à imaginer aujourd’hui ce que fut la production de richesse agricole de l’Algérie française. Un de mes amis pied noir, Patrick (ah, mon ami, tu serais si fier de moi…), m’avoua un jour (il détestait parler de cette époque) que sa famille vendangeait plus de 30 000 hectares, au sommet de sa gloire, entre les trois pays. Il en reste 12 000 en Roussillon… Boosté par le phylloxéra, vers 1939, le vignoble arriva à 400 000 ha et 20 millions d’hectolitres. Un autre monde… Aujourd’hui ? Encore un peu de raisin de table mais sans doute moins de 50 000 ha et à peine150 000 hl.
La viticulture algérienne a tout inventé de la production de masse et, à partir de 1911, les caves coopératives françaises ont toutes été construites sur ces modèles et leurs technologies. La cuve en béton Ducellier-Isman et son système de remontage automatique à l’aide d’un système pneumatique-hydraulique-cyclique avec valve et deux circuits de circulation, puis son adaptation à un système de refroidissement m’avait fasciné. On était loin des cuves béton et de leurs cuvons au dessus style Decaillet, déjà très efficaces. Alors de voir le premier système adapté (et breveté…) sur une cuve inox chez un des grands vignerons du Rhône nord m’avait ébahi ! Il fonctionne toujours et il est pour quelque chose dans un des plus grands rouges du monde…


On peut croire, à force de voir des images d’Epinal de crus classés bordelais, que toutes les caves sont remarquablement équipées. Mais non, certaines louent encore leur matériel de vinification (d’un autre temps…), n’ont pas de cuves réfrigérées mais des bennes à vis sans fin qui alimentent des conquets eux-même à vis sans fin puis des pompes à vendanges sur des mètres et des mètres et, si tout va bien, seulement une vieille pompe à chaleur. Comment ces vignerons là peuvent-ils dirent après « on ne veut plus de mon vin »… J’y reviendrai, qui sait, un jour.
Bon, un seul moyen pour être au top demain, rester gai, joyeux, penser qu’on va y arriver, c’est regarder un petit bout de Ryan Gosling dans « Crazy Stupid Love »
Demain, vers 4 heures quand la première machine démarrera la vendange des grenache blanc sorcières, à la fraîche, je tenterai de changer mon champ vibratoire, m’identifier à mon pote Ryan, à son énergie et sa vibe et, ensemble, rien ne nous sera impossible.
La citation du jour, mais pas tous les jours « La gloire est un effort constant » Jules Renard, journal (1887)
Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. Chauffe Maurice, Chauffe, ce morceau est légendaire… ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.


Superbe billet. Entre Tintin et le capitaine, Ryan et la viticulture algérienne… voilà de quoi nourrir des réflexions !
En voilà une autre. Ma mère, qui dirige une crèche dans la capitale Champenoise, me rapporte qu’en plus d’avoir écourté les vacances des vignerons, les vendanges précoces mettent le feu au poudre dans les crèches d’Epernay. Les auxiliaires de puériculture demandent toutes des congés en urgence pour aller aider au vigne, et il n’y a plus personne pour garder les gosses…
Bonnes continuations Hervé et bravo à vous