Vendanges 2026 – Jour J+7 – Passer en mode réflexion
Je me souviens parfaitement d’une visite médicale de la MSA, il y a 25 ans ou un truc comme ça, où la doctoresse m’annonça que je devais aller prochainement chez l’ophtalmologue. Pour me prescrire des lunettes. Des lunettes ? Mais je n’ai aucun problème de vue ! Oui, mais avec l’âge… Comment ça, avec l’âge ??? Et oui les amis, quelle que soit l’admiration que vous me portez, il y a un enfant crédule au fond de moi, naïf au point de n’avoir jamais remarqué ni su qu’avec l’âge, la vue baissait. Mais qui croit, qui sait, que les fées…
En me réveillant ce matin, je me suis remémoré cette séance en souriant à cet enfant candide, qui ne change que peu et reste surpris et incrédule au moment d’admettre qu’avec l’âge, les matins de vendange vont être de plus en plus difficiles… Parce que ce matin, c’était particulièrement difficile.
Bon, comme me le disait le bon Charlou, « l‘œil du maître vaut mieux que ses deux mains » (loué soit-il de m’avoir offert cette maxime) et on ne m’attend ni pour couper, ni pour porter. Pour autant, la charge de la décision est là et bien là, entre mes épaules, tout en bas de la charnière cervico-dorsale, répartie entre la C5 et la C7. Et la charge est lourde. Ostéo demain avant que tout ça ne se grippe…
En lisant sur les réseaux l’avancée de la vendange un peu partout – les champenois et les bourguignons sont actifs, ailleurs, sans agence dédiée ou Community manager, j’imagine que c’est impossible pour les vignerons minuscules, même si tout le monde sait qu’il le faudrait –, je me dis pourtant que nous sommes privilégiés, ici, dans le Roussillon. Stress hydrique de l’été, grains minuscules, degrés élevés, rendement riquiqui, couleur extractible, nous sommes habitués à tout ça. Mais… pour ceux qui ne l’ont jamais vécu et qui pensent que tout se passe comme d’habitude, le réveil va être bien plus douloureux que le mien. Volatiles fermentaires liées à la teneur en sucre, donc doublées sur un vin à 15 % par rapport à un vin à 12,5 %, FA (fermentations alcooliques) longues à se mettre en place, longues à finir les derniers 10 g de sucre sans levures finisseuses (forte tolérance naturelle à l’alcool qui tue les autres) rarement présentes dans les caves à petit degré; énorme propension au développement des brettanomyces, voilà pour l’essentiel. Je ne saurais conseiller dans certains cas un petit ensemencement si ça patine avec des levures starkling/champenoises destinées aux secondes fermentations en bouteilles. Nous les avons utilisées pour certains grenache blancs Vieilles Vignes avec un résultat formidable, comme ce Grenache Blanc 2003 goûté avec les garçons l’autre soir, bouleversant malgré ses 22 ans. Fier d’avoir encore quelques bouteilles de ce vin, que je présenterai sans doute à Vinapogée, en janvier à Paris. Nous verrons qui relève le défi en blanc…
Ah, vous levurez, au Clos des Fées ? Oui, parfois, les blancs à fort degré. Pour les rouges, aucun essai ne fut concluant, donc, vive les indigènes. Entre les deux, ne comptez pas sur moi pour alimenter une polémique stupide, une levure est une levure et non, la nature ne fait pas toujours bien les choses.
L’œil du maître – si tant est que j’en sois un (oui, oui, c’est du fishing for compliments), lâchez-vous en commentaires 😉 et surtout son cerveau, donc, sont en ce moment en ébullition. Vendanger ou ne pas vendanger, telle est la question.
Bon, comme le disait le bon William, le vrai problème, dans l’âme humaine, c’est la paralysie face à l’incertitude qu’engendre la difficulté du choix. En toute honnêteté, à ce stade de la vendange et du millésime, je n’ai strictement aucune idée du profil ou de la qualité des vins que je vais produire. Je cherche un chemin, là-bas, au loin, ou ici, juste à côté de moi, je ne sais pas. A ce stade, un pas après l’autre. Mais je suis confiant car, même si « l’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin déjà parcouru », comme l’affirmait à juste titre le bon 孔子 (ah, là, c’est plus dur, hein…), l’expérience des millésimes caniculaires me donne confiance dans le résultat futur. Les Grenache blancs 2003 étaient à 15° et ce sont des vins spectaculaires. Je n’aurais pas peur par exemple de mettre ce vin en face d’un Montrachet de la DRC à l’aveugle. Oui, mon poulet, tu as bien lu. Sors-le, ton Montrachet de 20 ans, je suis prêt. Mon Dieu, mais que dis-tu là, Bizeul, ne sais-tu pas que le second degré, c’est rare ? Mais est-ce du second degré ? Ou de la fatigue ?
Décuver ou ne pas décuver, tel est l’autre dilemme pour les pinot noirs, bien avancés et qui me réjouissent parce que tout est très très bon. Tiens, bon sujet pour demain.
Bon, je retourne sur Kepler 62e pour cogiter tranquillement. Une chose me semble évidente, il est urgent d’attendre.
Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. Parce qu’il y a, oui, toujours en moi cet enfant qui crois à ce genre de… choses. ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube. Spécial dédicace pour toi, Pao.
La citation du jour, mais pas tous les jours : « Avec un peu de vigilance et de la décision on se tire de tout » Simone de Beauvoir


Eh bien, je n’ai pas eu le temps de sortir l’épinette pour vendanger les quelques grappes de pinot meunier puisque les oiseaux s’en sont chargés pour moi…les éffaroucheurs les ont bien fait rigoler!!! HE ail sur piquets l’année prochaine, on verra bien… bonne continuation
Celui qui cite Lao tseu ne peut pas être complètement mauvais !
« Mon corps est un jardin, ma volonté est son jardinier » (dans Othello).
Bon courage. Amitiés.