Vendanges 2026 – Jour J+12 – Décuver, déjà.
Comment ça, décuver ? Mais quoi ? Mais pourquoi ? Mais comment?
Parce qu’il le faut, les amis, parce qu’il le faut. Le Roussillon est en crise depuis 50 ans, chaque année on pense qu’on a touché le fond et bien…non. 50 000 ha à la fin des années 80, sans doute 14 000 aujourd’hui dont bien 20 % peu productifs ou abandonnés. Ne restent que 20 % du potentiel. En résumer, arracher ne résout pas le sujet du désamour du consommateur pour un type de vin, ici les Vins Doux Naturels. Je crains que pour Bordeaux, l’arrachage soit loin d’être terminé… Une tragédie.
Ici, ça s’est fait lentement, de plans en plans, tous faits par des fonctionnaires, tous de bonne volonté mais peu performants sur la production et la vente du vin. Pas des génies, non plus – dans le sens « de la lampe », hein, ne voyez pas le mal partout – et donc pas de solutions miracles. Et une pyramide des âges qui a permis de ne pas faire de vagues ni d’attaquer les préfectures. Qui n’y est pour rien, au passage. Mais c’était la tradition…
Toute médaille ayant son revers, comme disait ma grand-mère, et toute innovation ayant souvent comme origine la transformation d’un inconvénient en avantage, j’ai pu agrandir peu à peu le vignoble et assouvir mon autre passion : faire des vins populaires, bon marché, accessibles à tous, faciles à boire, à partager, à comprendre et à aimer.
Et oui, j’ai longtemps (en fait à peu près 80 % de mon âge adulte…) été un amateur de vin désargenté. J’ai toujours fait le choix de suivre mes idées et mes passions et, si je n’étais pas pauvre car j’avais la connaissance du vin, je n’avais pas l’argent pour assouvir mes envies de grosses quilles. Heureusement que le vin permet le partage, encore maintenant, mais, en faire aujourd’hui, de ces vins abordables, qui représentent 80 % de ma production, est une fierté et une passion.
La crise (on se dit tout, on a dit, non ? ) m’a permis de, peu à peu, comprendre de quels terroirs j’avais besoin pour faire les Sorcières et Modeste, de les acheter en vigne ou de planter des terres nues. Ailleurs, sans doute, dans les années 2000, cela aurait été plus difficile. Et puis seul le Roussillon (et l’Alsace, OK) permet une telle diversité de terroirs géologiquement parlant. Des terres un peu plus fertiles, des vignes un peu plus productives, quelques-unes donc avec accès à une courte irrigation, et vendangeables à la machine : trois obligations pour arriver à faire de bons vins du style décrit plus haut. Rendement de l’AOP pour le fruit et l’alcool modéré, 13° maximum, la machine à vendanger pour maintenir les prix accessibles, la vinification « al fresco », courte et dynamique pour garder tout le fruit.
Alors, au bout de deux semaines, on décuve. Et croyez moi, c’est physique !
Parce que c’est sûr maintenant, 2026 c’est l’année du Grenache. Malgré toutes les vicissitudes – tous les jours, apprends de nouveaux mots avec tonton Hervé, jeune Padawan 😉 – de l’année, on va faire tourner quelques cuves, ce qui ne nous était pas arrivé depuis 6 ans. A la clé, ne plus manquer de Sorcières, quel bonheur. Mais bon, faut dépoter et David s’y met aussi, montrant à Sébastien, dont c’est la première vendange, que le décuvage d’une 130 hl, c’est un boulot d’homme, et de vrai. De ceux qui mettent les mains dans le cambouis. Bon, je dis ça, mais sans Jenny qui dépote les pinots, je sais pas ce qu’on ferait…
Je n’ai pu résister à la gentille farce de prendre le dos de Rafal, le fidèle chef de la cave des vins de fruits, en sueur pendant l’effort.
« Malheureux, je ne me suis pas rasé cet été, il pleuvait trop en Pologne ». Moi non plus cher Rafal, moi non plus. Mais bon, je crois que personne n’en doutait…
Voilà, on est à fond. C’est LA semaine. Et on va encore accélérer…
La citation du jour, mais pas tous les jours « You never want a serious crisis to go to waste. » Winston Churchill (dit-on)
Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. Oui, Kyle, Just hold me in your arms (ah-ah) – ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.

