Vendanges 2026 – Jour J+18 – Puiser dans ses réserves
Tout avait pourtant bien commencé. On annonçait la canicule en voie de quitter le territoire. 20° à 6h45, au lever du jour, bon début, tout devait bien se passer.
Le lever du soleil, ici, c’est un truc de dingue. Ce matin, pendant que l’équipe s’installait, sur la route, j’ai failli sortir de la route en cherchant à capter cette image.
La mer, au loin, Leucate, l’étang de Salses, la mer, la brume basse qui s’accrochait aux terres, j’ai pensé à Turner, évidement. Fascinant. A l’envers aussi, fascinant.
Nuages, ciel, mer, étang, terre, tout se fond dans les derniers feux d’un été qui, si je devais le définir, je qualifierais « d’avant goût de l’enfer ». Mais sur la parcelle de Grenache Blanc que nous vendangeons aujourd’hui, sur les terres noires d’Espira de l’Agly, là où les pieds se noircissent de poussière de schistes noirs pulvérulants, la lumière est d’une douceur merveilleuse.
Au loin, à gauche, la Torre del Far, ancienne tour génoise.
Avant-dernière parcelle de blanc. Oh, ne croyez pas que tout ce que je décide se réalise, que tout ce que je projette prend vie. Là, simplement, je n’ai pas eu le choix dans la date. On avait que cette ouverture, on y pensait depuis des jours et c’est elle qui risquait d’être notre « petit Poucet », celui ou celle que l’on perd dans la forêt lorsqu’on n’a pas le choix. Les canicules s’emballent, je ne sais pas où nous allons, mais nous y allons.
Bon, finalement elle a bien résisté. Enfin les raisins, les feuilles, elles sont attaquées par des nuées de cicadelles, insectes volants minuscules qui piquent les feuilles et provoquent ces couleurs étranges. En fait, elles ne volent pas vraiment mais sautent. C’est l’un des insectes qui démarre le plus vite du règle animal. Elles se nourrissent de sève, ça, c’est pas le pire. En suçant vignes après vignes, elles transmettent des virus parfois fatals, mordant la main qui les fait vivre. La flavescente dorée, entre autre. L’attaque est rude, espérons que ce n’est pas la cicadelle africaine, récemment repérée en France. Un plaie de plus. Comme si on avait besoin de ça.
L’équipe est à fond, peut désormais aller faire les olympiades de la vendange manuelle avec une vraie chance d’être médaillée. Concentrés, personne ne relève même la tête pour être sur la photo.
Bon, du coup, c’était beau et on a fait un peu de grappes entières dans notre beau pressoir vertical champenois.
Bon, après, ça s’est gâté. L’équipe est montée vers Lesquerde, passant du schiste au granit. La température est montée, atteignant 39°. Tout le monde en a chi..é comme jamais et certains même ont dû aller prendre le frais dans leur voiture, tant c’était dur. Et pas des tendres.
Mais bon, hein, vous êtes là pour rêver, pas pour souffrir avec nous. Si vous saviez combien tout ça est compliqué et dur, mentalement, physiquement, intellectuellement… Pour faire du vin, vraiment ? Parfois, comme ce soir, je me demande si tout cela vaut vraiment le coup.
La citation du jour, mais pas tous les jours « N’essayez pas de devenir un homme qui a du succès, essayez de devenir un homme qui a de la valeur » Albert Einstein, il paraît. Mais bon, tout de suite, ça donne de l’intérêt à une citation.
Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.
P.S. : c’était le billet contrepèterie de l’année, sublime, forcément sublime.






Merci pour ces photos, ces jeux de mots (laids,?) renversants, et Madeleine Peyroux pour remettre tout a l’endroit.
Bon courage à tous pour la suite.
Oui ! Entre « je n’ai pas eu le choix dans la date » et « les canicules s’emballent », c’est un festival
Bon courage. Effectivement cela me rappelle quelques réunions dans mon ancien boulot où nous jouions aussi…
Bonne journée Merci
Sous la bienveillance de la Torre del Far, depuis au moins 1341 et sa notoriété renforcée par le passage de le flamme olympique il y a deux ans,, quand on est le « passeur » de ses terres si rudes, on ne doute pas !