Vendanges 2026 – Jour + 19 – Rester serein (tenter de)


Bon, voilà, on est dans le dur. Faut que j’arrête de commencer mes phrases par « bon ». J’ai remarqué ça, hier, où Noé ne m’a pas corrigé en corrigeant. Ah, mais que n’aurais je pas donné pour avoir, jeune, l’orthographe naturelle… Vous ne pouvez pas imaginer combien j’ai souffert, à l’école, d’être bon en rédaction (évidemment, vous pensiez quoi…) et mauvais en orthographe, à une époque où cela impactait drôlement les notes. Une des raisons pour lesquelles j’ai mis les voiles, à 15 ans et 11 mois.

Alors, bien sûr, aujourd’hui, avec tous ces assistants automatiques, je revis. J’ai fait de grands progrès, ceci dit, mais pour un dyslexique, « appeler » reste un choix difficile de pp ou ll… Inutile de me donner une règle. Vu que j’ai fait dactylo à l’école hôtelière, je tape super vite sans regarder et je corrige après. Ou le logiciel. Ou Noé, en base arrière. Au fait, vous connaissez l’histoire du plombier, de l’électricien et du bac+5 qui sont dans un café ? Et le bac+5 dit « qu’est ce que je vous sers, messieurs ? ». Elle est facile, je sais, je sais. Mais avant que l’IA génère un virus tueur pour nous éliminer, ça va être la revanche des artisans…

Bon (mince !), voilà, c’et le moment des vendanges ou j’appelle Reindhold Nieburh à la rescousse. Et sa fameuse prière de la sérénité : « Dieu, donne-nous la grâce d’accepter avec sérénité les choses qui ne peuvent être changées, le courage de changer celles qui devraient l’être, et la sagesse de distinguer les unes des autres. » Vous la connaissez, elle a surtout été mise à la mode par les AA, les Alcooliques Anonymes, mais elle marche aussi pour les vignerons. Elle marche partout, en fait.

On a fait TOUT ce qu’on a pu, PERSONNE dans l’équipe n’a la moindre chose à se reprocher, on a tout fait bien, au moment où on devait le faire. Mais la nature cette année n’est pas douce avec nous et le week-end dernier, quatre jours de canicule et de vent du Sahara ont mis le coup de grâce aux vignes, sauf peut-être dans la vallée nord de Vingrau. Il est temps de les libérer de leurs fruits, même si, bien sûr, on aurait, pour certaines aimé attendre.

6h30, en place, j’attends les équipes et le jour qui tarde à se lever. En attendant, j’essaie de saisir sur l’iphone le fin croissant de lune, là, vers l’est juste au dessus de Jupiter. Raté. Mais bon, faut faire avec, hein, alors voilà quand même la photo. Vous vous souvenez de mon concept d’art fortuit. On y est.

Nous sommes à bientôt cinq semaines de vendanges. J’ai vu hier sur insta une vigneronne bourguignonne s’auto-congratuler de sa « super difficile vendange », du… 28 août au 3 septembre. Ah oui, quand même, 5 jours ouvrables. Ah oui. Bravo, vraiment. Ah si j’étais resté à 15 hectares… Comment vivrais-je aujourd’hui ? Bon, on s’en fout. Le passé n’existe plus. Le soleil pointe, là, je l’ai pas raté. J’ai même ses rayons qui dardent. Mais qui emploie encore ce mot, papy ? Je vais peut-être la mettre en fond d’écran. Ca vous dirait, des fonds d’écran Clos des Fées ?

On fait le tour des vignes qui restent avec Serge et les scénarios possibles poussent comme des champignons après la pluie. Ce Grenache, il nous le faut pur. Oui, c’est vrai, il nous le faut pur. Mais dans quelle cuve va t’il aller ? Une 32 hl? Une 42 hl ? On s’est pratiquement toujours trompé sur les quantités cette année, donc, aucune idée. Mais bon, on pourrait aussi le mettre avec ce Grenache là, s’il y en a trop ou pas assez. Ah, non, pas celui là ! Mais ce petit, là, qui est moins bien ? Oui, peut-être. Bref, c’est pas simple. On annonce une (petite) pluie, qui ne viendra sans doute pas. Ou qui viendra. Pendant ce temps, le soleil s’est levé et une étrange brume monte de la mer.

On passe de 25° à 6h30 à 22 à 7h30. Mais ça va culminer à 35 et les vendangeurs vont encore souffrir.

On déroule la journée, on tente le Carignan des Toto, dans une 72 hl. Bien sûr, je peux vous montrer ça. C’est tout à fait représentatif.

Et ça, aussi pour vous montrer qu’on a fait tomber les grapillons il y a trois semaines, une pratiquement pré-vendange tellement il y en avait. Impossible de les laisser au pied, c’est brett assuré.

Mais je dois aussi vous montrer ça, si je veux être honnête :

On est déjà passé les enlever il y 7 jours mais voilà l’effet sèche cheveux. Dingue. Nous voilà derrière chaque cueilleur, chaque seau pour vérifier qu’il les enlève bien, des grappes entières ou des morceaux de grappes.

Au loin les nuages arrivent, pourvu qu’il pleuve. Mais nous devrons terminer dans la chaleur. On a rentré trois belles cuves… Encore trois ou quatre jours. Haut les cœurs.

La citation du jour, mais pas tous les jours « X
« Les gens ont de belles choses à dire sur vous, mais avant, vous devez mourir » Fiodor DostoÏesvski

Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.

2 commentaires

  • Michel Smith
    11/09/2026 at 10:20 am

    Tu vas hurler et, peut-être même, me bannir à jamais de ce blog mais ne serait-il pas amusant, sur un ou deux jours, de mettre dans une vieille barrique tout ce que tu exclues de ta vendange, ces grappillons ingrats et ces bouts de grappes indésirables (en évitant bien sûr tout ce qui est pourri) dans une cuvée « à part », juste pour voir ? Je sais, tu as d’autres choses à faire, d’autres chats à fouetter, d’autres soucis que de rajouter une tâche supplémentaire à ta cueillette si sélective pour obtenir le meilleur vin possible; tant d’exigences, tant de travaux à mettre en œuvre en ce millésime compliqué pour te soucier d’une telle idée triviale et saugrenue, sorte de clin d’œil amical que je ne puis m’empêcher d’avoir en te lisant. Quoi qu’il en soit, je reste persuadé que tu réalises là ce qui sera peut-être ton plus grand millésime.
    Bravo, Hervé, pour ces choix difficiles que tu fais et bonne fin de vendange à toi comme à toute ton équipe.

    • Hervé
      11/09/2026 at 11:44 am

      Cher Michel, le vin fait avec des grappillon se fait parfois après les vendanges, je préfère les laisser pour les grives, les merles et autres amateurs. Trop haut pour les blaireaux qui pullulent de deviennent un vrai problème depuis qu’ils protégés, détruisant d’autres espèces et désormais de nombreux jardins. Les bons sentiments des écologistes des villes sont parfois si loin des réalités de ceux qui vivent au cœur de la nature réelle. Sur les raisins secs, j’ai une parcelle totalement sèche, je vais peut-être tenter qq chose, dans le genre VDN. Sur ton idée, déjà que le bon vin se vend mal, que dire du mauvais. De toute façon, on est tous épuisés, il est temps que ça s’arrête

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