Vendanges 2026 – Jour J+20 – Monter dans la vallée


Bug sur la mise à jour de WordPress, le blog n’est pas parti jeudi. Désolé. Mais bon, ça m’a donné un peu de répit. Vous qui lisez, vous savez, nous approchons du dénouement quotidien de ce blog. Jamais les vendanges ne se seront terminées aussi tôt au Clos des Fées.

Vendredi, c’était journée Carignan : on a couru comme un essaim de chasseurs rebelles attaquant l’étoile noire autour de la vallée nord de Vingrau. Deux chemins, un du bas et un du haut. Des vignes un peu partout, des bouts minuscules, des ouvrées ou moins encore.

Au bout de la vallée, c’est un cul de sac. A long, long time ago, il y avait un chemin muletier qui permettait de rejoindre l’Aude et le village d’Embres, à quelques kilomètres à vol d’oiseau. Puis Fontfroide, dont Vingrau était un fief, pendant tout le haut moyen-âge, la révolution libérant totalement le village des ses obligations. Fontfroide ? Sisterciens ? Pinot noir ? Vous l’avez ? Je plaisante, je plaisante. Vingrau a été longtemps isolé, vivant en autarcie ou presque jusqu’en 1890. Ce devait être dur. Mais on mangeait à sa faim, tout le monde avait du travail, on parlait ensemble et, parfois, quelques fêtes. Une autre planète.

Deux hectares, patiemment achetés il y a 25 ans à 4 propriétaires, bien contents de se débarrasser de ces vieilles vignes, souvent à peine mûres lorsque la cave coopérative fermait. Le degré/hecto était roi, peu de rendement, les sangliers et les merles aimaient l’endroit, 12,5° maximum, disons que ça ne payait pas la main qui s’en occupait. Donc, on s’en occupait pas. J’aime tant cet endroit. Quand j’y suis, j’ai toujours du mal à en partir. Il y a comme une énergie douce mais très forte, je suis à ma place. Le vent, sur la serre, donne comme un bruit de vagues. En mieux. Faut aimer la solitude. L’isolement.

C’est indiscutablement le bon jour. Non, bien sûr, les peaux ne sont sans doute pas totalement mûres (on l’a eu récolté le 9 octobre en 2002 !), les tannins peut-être pas mûrs comme on le voudrait, les pédoncules pas aussi rouges que dans nos rêves, mais le week-end de chaleur intense et de vent destructeur a donné le coup de grâce à cette vigne pourtant à l’ombre et en altitude. C’est la vie, mon ami. Et puis on ne cherche plus la maturité phénolique extrême, surtout ici. Cette parcelle, c’est la clé de la tension du Vieilles Vignes. Tiens, faut que j’en parle, de la tension. Peut-être pour le bouquet final de ces vendanges 2026.

Mon dieu que la campagne est belle, comment peut-on imaginer que l’automne va arriver…

On voit clairement que les premières feuilles sont mortes, ce qui est tout à fait normal, mais le reste commence à vraiment souffrir. Libérer la vigne de ses enfants va lui permettre, peut-être, de garder un peu plus longtemps ses feuilles le temps que la sève redescende pour stocker l’énergie de la plante.

On descend vers le Carignan de Cathy, sauvé de trois ans de destruction aux mains d’un biodynamiste qui pensait que Rudolph allait bosser à sa place, puis dévasté par toute la faune du coin une année, qui avait fait un pow-wow dans la vigne. Bon, pas de chants ni de danses mais un grand festin type « Astérix » réunissant chevreuils, sangliers, blaireaux, animaux inconnus mais voraces, oiseaux divers, tous s’étaient ligués pour la bouffer. Clôturée, elle a depuis résisté à leurs assauts.

Puis direction Carignan de Louis Reynaud, je ne garde cette vigne que parce que je l’aimais beaucoup. Un jour ou l’autre, il faudra bien… J’aimerais bien faire une massale avant, histoire de garder un lien. De carignan blanc, peut-être, il y a quelques pieds ici, magnifiques.

Les équipes se déplacent, les tracteurs les précèdent ou les suivent, pour des parcelles minuscules parfois, héritées de l’époque où le Clos des Fées n’avait que quelques hectares. Les chauffeurs sont des artistes. Le résultat sera exceptionnel, comme toujours, mais les rendements, sur des vignes aussi vieilles ne peuvent pas nous étonner. D’ailleurs, ils ne vont pas le faire.

On est bien parti, le petit orage (3 mm, hein, ne rêvez pas) de mardi, a quand même bien rafraîchi les matins, et on met le Cabernet-Franc dans la boîte. Je repense à mon ami Denis Durantou, qui m’avait donné les massales de l’Eglise Clinet. En rentrant les Vermentino, Frédéric Panaïotis était comme à mes côtés. Deux hommes de si grande valeur, quelle tristesse qu’ils ne soient plus là. A partir d’un certain âge, nous sommes entourés des fantômes de tous nos amitiés perdues. Les femmes vivant plus longtemps, c’est elles qui vivent les fantômes de leurs amours passées… C’est difficile à comprendre quand on est jeune.

On va bien ramer ensuite sur le merlot, aux grappes minuscules. J’étais rentré à la cave, j’ai pas fait la photo.

Les rafles sont si grosses et les raisins si petits qu’on dirait qu’il y a plus de rafles que de fruits… On fera avec. Comme d’habitude. Accepter, accueillir. L’année fut belle, ça ira.

On n’a pas rentré grand chose mais cela fut long. Il est tard, j’aide l’équipe à ranger, nettoyer, passer la raclette. Je vais le payer demain, ce n’est plus de mon âge. Mais ça rappelle des souvenirs, le corps n’oublie jamais. Et puis je ne montre jamais la cave. Voilà, c’est fait.

On termine lundi ou mardi. Je vous prépare à la séparation.

La citation du jour, mais pas tous les jours « Le système nous veut tristes; il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister », Gilles Deleuze 

2 commentaires

  • Philippe Dupas
    14/09/2026 at 9:45 am

    « Mon dieu que la campagne est belle, comment peut-on imaginer que l’automne va arriver… »
    Hervé nous fait du Jean Ferrat, et c’était l’occasion tant la région est superbe. Merci pour ces moments de partage qu’on retrouvera dans le verre…

  • Wiliiam
    14/09/2026 at 11:32 am

    On sera jamais prêts à la séparation …

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