Vendanges 2026 – Jour J+21 – Terminer sur les crêtes


On me demande parfois pourquoi je suis allé me perdre dans le Roussillon. Après un tour dans les vignes, tout semble évident. Pour la beauté et la sauvagerie des paysages; pour ces vignes en clairières qui disparaissent peu à peu mais dont certaines, avec notre aide, résistent. Pour le calcaire, les ciels, les Pyrénées, au loin, qui tombent dans la mer. La lumière. Le vent.

La Cresse, à Tautavel, est l’un des endroits les plus spectaculaires du Domaine. Encore qu’il y en a tant… Là, encore, un cul de sac, une zone presque cachée, en haut de collines, mais une vue à 200, 220 degrés, soit ce qu’un.e homme peut voir sans bouger la tête. Aie, j’essaie de vivre avec mon temps, mais je ne suis pas certain de bien maîtriser.é.ée l’écriture inclusive. Qui malgré le classement PISA, reste évidement une priorité. Bref…

Des « terres vierges », comme on dit ici, des vignes plantées pour la première fois sur des zones déboisées, en haut des collines et non pas cultivées par des moines depuis mille ans. Donc, pas la même fertilité. En 1977, année de création de l’AOP, de nouveaux droits ont été accordés pour planter des cépages dits « améliorateurs », Syrah, Mourvèdre, Vermentino, Roussane principalement. Mais voilà, les vieux de la vieille croyaient encore que la demande pour le « vin doux » allait reprendre et voulaient planter du Grenache. Il fut interdit de plantation en droits nouveaux, mais le Lladonner Pellut autorisé. Un clone naturel mais ne pouvant pas faire de VDN. On l’a acheté dans le lot, on a planté autour du Mourvèdre et de la Syrah. Le Mourvèdre c’était lundi. Monday ? Happy Day ! (Ted Lasso)

Bon, dans un monde idéal, on aurait eu une petite pluie et pas de nouvelle canicule. Mais on vit pas dans un monde idéal, alors, ça va être bon, mais moins bon que nous l’espérions. Enfin, je crois. Je sais pas. Je sais plus. Le Mourvèdre, sans eau du tout, c’est compliqué. En face, le versant orienté au Nord, que j’ai connu il y a trente ans planté en vignes, a une végétation particulière. Mais elle est en train d’atteindre, elle aussi, ses limites. Tant de choses sont en train de mourir… Sauf le pistachier lentisque. Si tu veux résister à la France +4°, pense au pistachier lentisque. Ca produit quoi ? Rien. Mais ça reste vert.

La récolte est belle, on va pouvoir refaire un peu de stock, me dit Gaspard. Mon fils, vers 2050, avec la France envahie par le pistachier lenstique, la vigne aura disparu, en tout cas dans le sud. mais oui, il restera du stock, des souvenirs, des histoires à raconter à mes petits enfants et… ce blog. Sauf si le Gulf Stream s’arrête. A chaque jour suffit sa peine.

Au passage, on a rentré un maccabeu, un peu sacrifé, je l’avoue. On a pas pu le rentrer avant, on y va aujourd’hui et le raisin a un goût de miel… Il est tellement sucré qu’on dirait qu’un sirop s’en échappe.

C’est l’année où faire (enfin, diront certains !) un peu de Rivesaltes, de Vin Doux Naturel. Le laisser vieillir, ensuite, dans des cuves au soleil. Attendre 20 ans, le lancer après ma mort. Tiens, on a trouvé le nom… le Sacrifié. Pas mal. Et pour l’étiquette, mon amie H. a déjà fait une illustration qui m’irait parfaitement… Les planètes s’alignent. Tiens, au fait, une autre amie férue d’horoscope me dit que le « climat astrologique » serait en 2027 identique à celui de 1789. Pluton en Verseau et Jupiter en Lion. Mais surtout Uranus en Gémeaux, pour la première fois depuis 84 ans. Comment vous dire. Moi, j’ai Vénus en Scorpion. Parait-il que ça expliquerait certaines choses. Pourquoi pas. Pas besoin de ça pour imaginer que ça va être la pagaille en 2027…

A part, ça, ce lundi ? Un camion des carrières qui me fracasse une benne et abîme un tracteur (on a échappé au pire) et ne s’arrête même pas, un bel incendie entre Rivesaltes et Opoul, les électrovannes qui nous lâchent dans la régulation des cuves, le tuyau arraché du Karcher eau chaude par un chauffeur de chariot un peu fatigué (hein, G…), je vous épargne le reste. Comme je vous ai beaucoup épargné cette année de galères diverses et variées, qui n’auraient rien ajouté au récit, que je crois sincèrement fidèle à ce millésime.

Bon, les amis, il est temps de quitter le rythme quoditien. Je ne vous abandonne pas mais cela va se raréfier. En vérité, je suis rincé.


La citation du jour, mais pas tous les jours : « Quand vous sortirez de la tempête, vous ne serez pas la même personne que celle qui y est entrée. C’est tout l’intérêt de la tempête. » Haruki Murakami

Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. Un mot sur Anaïs Rosso que j’ai découvert pendant ces vendanges et qui m’a souvent accompagné. Je ne comprends pas vraiment tout ce qu’elle dit, mélange, susurre, parfois en lingala, mais il y a quelque chose de nouveau, un son, qui m’a aidé à supporter ces moments merveilleux mais difficiles. Croyez moi, elle ira loin…

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3 commentaires

  • Patrick Joussen
    16/09/2026 at 8:37 am

    Merci pour ce billet journalier qui nous commencer la journée de belle humeur.
    Bonne continuation

  • Philippe Van der borght
    16/09/2026 at 8:55 am

    Merci Hervé quelles belles photos de ces collines et des vignes. Peude réactions de ma part cette année mais autant de plaisir à te lire

  • Michel Smith
    16/09/2026 at 9:38 am

    Bon, ben…merci mon vieux.
    En espérant que tu nous en diras un peu plus après la digestion de ce millésime épique qui restera dans les mémoires.
    Et bonne continuation pour toi, Serge, Gaspard et les autres !

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