Vendanges 2026 – One more thing


Et le Grenache de Tautavel, on l’a pas oublié ? Mince, on avait oublié un Grenache ! Enfin, oublié. J’étais passé le voir et puis je m’étais arrêté au bord de la route, à l’ombre, dans ma voiture, pour dormir 10 mn histoire d’évacuer le stress : il était totalement passerillé…

Quand je dis passerillé, c’est passerillé…

Je sais, ça arrache le cœur. Parce que du raisin, il y en avait… C’est justement ça qui a posé problème. En 2026, on a eu certes un problème hydrique mais aussi et surtout un problème thermique, comme le signale si justement Pierre Olivier dans Terres de Vins. La quatrième vague de chaleur et le vent brûlant ont mis un coup final à certaines vignes.

On doit y aller pour faire tomber les raisins. Oui, par terre. Libérer la vigne en grande souffrance au point qu’elle n’arrive pas à aoûter ses bois, à les lignifier. L’aider pour l’année prochaine.

Je ne suis même pas sûr que ce bras, là, ne va pas mourir l’année prochaine. Triste monde. Mais… de cep en cep, on se rend compte que, peut-être, certaines grappes, en triant bien, et bien, qui sait, avec un peu de chance, il y aurait un coup à jouer. Un peu comme dans cette « rivière » légendaire (la dernière carte découverte dans une partie de Texas Hold’em, à Las Vegas, en 2003, ou Chris Moneymaker, encore inconnu, sort l’As qui complète son full et lui permet de rafler 2,5 millions de dollars). Je m’emballe, je m’emballe.

Par chance, Serge a gardé quelques caisses dans le fourgon et on décide d’en prélever quelques unes. Transport au cellier, au frais, parce qu’on avait tout démonté pour hiverner et faut tout remettre en place. Le Clos des Fous porte bien son nom…

Deux jours plus tard, on est à pied d’œuvre. L’objectif est tout à fait différent d’une vendange normale où le Cube Socma permet d’enlever une grande partie des raisins secs, beaucoup restant attachés solidement à leur grappe. Là, batteur à fond, passage au minimum, grappe après grappe et double passage pour tout détacher.

Franchement, c’est pas mal. Deux jours, c’est ce qu’il ma fallu pour trouver un grand chaudron. Je n’ai aucune idée de ce qu’on va faire, mais il me faut un chaudron. Yes, Alban a un ancien tank à lait qui traine dans son entrepôt, l’équipe Ochando se met en quatre pour modifier le chassis, souder quelques protections inox. On aura pas de froid (dans ce genre d’appareil destiné au lait, c’était un groupe intégré qui détendait directement le fluide de refroidissement dans la double paroi, des fois qu’il y ait un frigoriste parmi mes lecteurs), mais on s’en passera. Grenache noir, raisins passerillés, tank à lait ? Mais oui mais c’est bien sûr la vinification que j’ai faite en 93 et en 96 au Mas Amiel. Le fameux Vintage Privilège, étiquette dessinée par Yann Pennor’s. Une bombe. Je le sens bien, finalement, ce raisin.

Franchement, égrappage parfait, merci le cube. Mon chaudron est prêt. Un peu galère à remplir, mais l’effet est ouf. C’est le couvercle. Comme un bon génie qui regarde et va protéger cette cuvée…

Faudrait que je trouve une grande spatule, que je trouve une sorcière un peu sexy, qu’on s’habille en conséquence à la prochaine pleine lune et qu’on jette des sorts dans la marmite. La fatigue aidant, j’ai le délire facile… Et si je me lançais dans « chinato », comme à Barolo ? Et si on mutait à l’alcool ? Et si on mettait de la vanille ? De l’écorce de quinquina ? Des zestes d’orange douce et amère ? De la cannelle. Non, mieux, directement des Pim’s framboise… Tout est permis, c’est vendredi…

Jeter des sorts… Jeter des sorts… Mais, Oui, voilà. On va lui jeter des sorts. Et mettre des inscriptions cabalistiques sur la cuve ᚠ ᚹ ᛉ ᚷ. Voilà, on a le nom… Les sorts. Céline. Paris. Son passage, à commémorer, comme celui de la comète impériale, en 1811. Une étiquette classe. Le nom ? Vous l’avez, j’en suis sûr…

Un peu sobre, non ? Un truc plus flashy, hein.

Bon, c’est la der des der, la fatigue explique tout ça et j’espère que vous me pardonnerez. Mais on va vraiment tenter un truc…

La citation du jour, mais pas tous les jours
« C’est comment d’être vieux ? C’est quand on te parle et qu’on glisse le mot encore. Vous travaillez encore ? Vous campez encore, vous faites encore ça et ça ? Alors mon mot préféré est devenu encore. Si on me demande comment je vais, je réponds : « Encore, je suis encore là. » Et puis être vieux c’est comme bivouaquer tout en haut du bois, là où les arbres sont moins denses et où il y a plus de lumière ». Erri de Luca, les règles du mikado

Ce que j’écoute au jour le jour, souvent par pur hasard. ICI sur Deezer. ICI sur Spotify. ICI sur Youtube.

3 commentaires

  • Catherine Leconte des Floris
    19/09/2026 at 9:08 am

    Superbe texte, « encore » une fois…

  • Nicolas de Rouyn
    19/09/2026 at 11:45 am

    Génial, j’en veux !

  • Levavasseur
    19/09/2026 at 5:46 pm

    Magnifique!!!

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