Offre Primeur 2023
«Je commence à considérer la nature dans sa pureté originelle et à comprendre que l’expression suprême de l’art est la simplicité». Albrecht Dürer
Vingrau, Mars 2024
« Je suis un voyageur dans le désert solitaire – Ce n’est rien de spécial – Je peux supporter le vent – Je peux supporter la soif – Et le soleil – Je sais comment avancer et marcher – Jusqu’au coucher du soleil – Dans le désert, plat et vide, où rien n’est donné – Ma tête est alerte, éveillée – J’ai grimpé et redescendu les montagnes où je suis né – Je sais dans quelles grottes l’eau est cachée – Ces soucis sont mes amis – Je suis toujours en bons termes avec eux et cela donne naissance aux histoires de ma vie »
En me retournant sur le millésime 2023, j’écoute Tinariwen, ce groupe né dans le désert qui chante en Tamachek, la langue Touareg. Trois nuits dans le désert, il y a longtemps, m’ont fait toucher du doigt un mode de vie fascinant, capable de maintenir la vie dans des conditions extrêmes. Mais penser que le mot « désert » pourrait un jour être celui auquel j’ai le plus pensé depuis un an, ça, je n’aurais pu l’imaginer.
Voilà, on y est, vous êtes en train de m’imaginer en Touareg, assis devant ma tente, à regarder le soleil se lever sur le désert, tentant de trouver un sens à ma (sur) vie… Je me demande si le « distille » de Fremen que l’on trouve sur… AliExpress fonctionne ? Pas de pluie, d’accord. Mais perdre son sens de l’humour, jamais ! D’ailleurs, il y eu des avantages – il faut l’avouer – et la saison des bains de mer fut grandiose.
A peine plus de 245 mm de pluie tombée donc autour de Perpignan en 12 mois, c’est l’année la plus sèche depuis 1929, le début des relevés météorologiques. Pour faire simple, il a plu deux fois moins que la moyenne. Le désert avance (vous avez échappé à France Gall 😉 et nous sommes dans la première tranchée de la guerre climatique qui s’annonce. Le climat ici s’examine désormais au niveau du « méso-climat » et en 2023, plus on montait vers Limoux, plus ca mouillait. Plus on allait vers Narbonne, plus ça mourrait.
Les arbres meurent, les plantes meurent, même celles que l’on croyait adaptées (le romarin, en pleine floraison, est à l’agonie sur certains sols…), les rivières sont désormais des «Oueds», à sec depuis des mois. Quand aux escargots, je pense que nous n’aurons d’autre choix que de les réimplanter si la situation évolue.
Mais la vigne résiste.
Respect et humilité devant cette plante, cette liane qui supporte tant de climats différents, du plus humide au plus sec. Oh, elle n’est pas fringante, les sarments sont minuscules, se taillent cet hiver au sécateur, sans effort. Elle est «piètre» comme disent les anciens, le soir, sur le banc devant l’église. Sans eau, toute initiative d’aide – et donc d’engrais – est vouée à l’échec. Comme avantage, ce millésime n’en aura eu qu’un : simplifier son récit. Jamais nous n’avons vu l’eau au point d’oublier la sensation de pluie. Rarement il n’aura fait aussi chaud. Nous avons vraiment senti le vent du désert, sa poussière et sa puissance.
Je l’avoue sans honte, je suis sorti des vendanges laminé, épuisé. Rincé ? Allez, un peu d’humour. Pendant presque deux mois (13/08 – 6/10), j’ai cherché avec Serge, dans la vigne, et Sylvère, dans le chai, des chemins de traverse, des plans B, des innovations, des portes de sortie, mobilisant énergie, argent, sueur, intelligence, ruse, me rattachant à ma certitude que les plus grands millésimes du vignoble français, toutes régions confondues, ont souvent été faits sous un soleil de plomb.
Je souris parce que nous avons fait vraiment de notre mieux et qu’après des moments de découragements abyssaux, le résultat m’étonne. On ne va pas se mentir, ce 2023 ne fera pas dans la dentelle. Pour s’en persuader, un seul chiffre vaut mieux qu’un grand discours : – 34 % en volume. Pas d’eau, des baies minuscules, tous les vins ont vous l’imaginez une « épaisseur » et une concentration supplémentaire.
Le temps seul dira si nous avons réussi un très grand Clos des Fées. Mais j’ai quand même ma petite idée… Les vinifications ont été vraiment complexes, pas de honte à vous l’avouer. Dans l’ensemble, c’est la Syrah qui a le mieux résistée au climat et elle dominera cette année les vieilles vignes dans l’assemblage, les rendant excellentes, atypiques mais de grande garde.
Je vous écrivais l’année dernière avec fierté que nous avions réussi à ne pas augmenter le prix des vins primeurs depuis l’origine du domaine, il y a 25 ans. Mais voilà, cette année, ce sera – 34 % en volume. Sur les vieilles vignes blanc, c’est pire, nous ne ferons que 83 hl sur… 6 hectares.
Sur 12 vins, après une longue réflexion, nous avons donc décidé de n’en augmenter que deux, le Vieilles Vignes et le De battre mon coeur s’est arrêté. Nous étions au dessus du coup de production dans le cas du blanc, sans parler de toutes les hausses et inflations diverses que nous avons dû absorber au cours de ces dernières années, ce dont nous sommes fiers
L’offre primeur en détail, si vous le voulez bien. Elle évolue avec le millésime, un peu comme à la Romanée-Conti où votre allocation passe de 8 à 14 bouteilles selon les années. Je plaisante, bien sûr, mais l’info est véridique.
• Pas de Faune blanc cette année, le Sémillon n’aime vraiment pas la sécheresse.
• Pas de Vieilles Vignes blanc primeur. Peut-être pourrez-vous compléter votre livraison l’année prochaine avec du 2024 si la pluie nous fait l’amabilité de tomber à nouveau ?
• Nous maintenons le Pinot noir « Aimer, Rêver…» en primeur (la mise à fruits d’une nouvelle parcelle permet de compenser la faible récolte)
• Nous intégrons à cette offre «De battre mon cœur s’est arrêté…» pour vous récompenser de votre fidélité et, pour la première fois et uniquement en primeur, des magnums… 200 seulement, pas un de plus.
Attention, je préfère le rappeler, le millésime 2023 est et restera un millésime de garde ! Les Vieilles Vignes sont plus structurées qu’à l’habitude, le Clos des Fées presque uniquement Syrah/Mourvèdre, donc des vins puissants et denses.
Enfin, à ce stade, je ne peux vous proposer La petite Sibérie en primeur. Nous avons fait tout ce qu’il était humainement possible, avons trié, retrié, attendu mais, en toute honnêteté, à ce stade, l’émotion ne me saisit pas. Je ne dis pas qu’il n’y en aura pas et, dans ce cas, je ferai un mail aux clients primeurs en fin d’année pour leur faire pour la première fois une «offre complémentaire», ou, en fonction, une offre spéciale d’un tirage «Hors Commerce» avant assemblage parce que dans ce vin, le très bon ne suffit pas, il nous faut plus.
Comme chaque année, nous vous offrons la possibilité de réserver aussi des « grands formats », magnums, 3 litres et 6 litres. Ces bouteilles sont « hors commerce » et réservées aux clients primeurs du Domaine. Idéal pour marquer la naissance d’un enfant, coutume française que nous soutenons avec bonheur.
Le mieux est bien sûr et toujours d’utiliser notre boutique en ligne :
www.lapetiteepicerieduclosdesfees.com
En vous remerciant par avance pour votre soutien, votre commande et dans l’espoir du plaisir, un jour, de vous recevoir au Domaine.
Hervé Bizeul