LES SORCIÈRES
Plus fugitif que le vent et l’onde, le temps fuit. Qu’est ce qui l’arrête ? S’en réjouir sur le champ, le saisir vite dans sa course. J.G. Von Herder
En musardant un jour de printemps au Clos des Fées, je me suis adossé à l’un de ces vieux murs de pierres sèches qui lui donne charme et cachet. Je cherchais la recette d’un vin de fruit plus que de lieu, coloré mais délicat, puissant mais sans excès, construit autour d’un fruit éclatant et d’une bouche fraîche et soyeuse. Le but ? Accompagner une cuisine clairement en train de changer, de se métisser. Une époque aussi, en pleine transformation.
Perdu dans mes pensées, l’image d’une Sorcière sur son balais, chapeau pointu, joyeuse et concentrée m’est apparue, disant : « suis moi, tu vas comprendre ».
J’ai saisi sa main, suivie l’idée et j’ai commencé à construire ce vin, d’abord dans ma tête, puis au chai, puis à la vigne. A l’envers, quoi, en partant du « moment de consommation » qui inspire toujours en moi le sommelier un peu frustré d’avoir arrêté son métier.

La Syrah comme fondation s’est vite imposée. 20 ans de vinification m’ont fait l’aimer, la respecter, la comprendre. Vendangée tôt, elle est fraiche, fruitée, tendue. Dix jours après, la voilà colorée, riche, sapide. En fin de récolte, ses tannins structurent, garantissent une évolution paisible qui, souvent, surprend. Cépage dit « améliorateur » en 1977, date de création de l’AOP Côtes du Roussillon, la Syrah a trouvé sur nos contreforts pyrénéens un nouveau terroir d’adoption où elle fait des étincelles. Année après année, sa régularité, sa force et sa délicatesse sont la clé du succès incroyable de cette cuvée moins simple qu’elle n’y parait, vin dense et joyeux qui colle à son époque.
Hervé Bizeul
Le vin est disponible ICI