Le Blog de Hervé Bizeul

Pourquoi un Blog ?
Parce que c’est l’outil dont j’ai toujours rêvé lorsque j’étais journaliste… Pas de rédacteur en chef pour vous imposer un sujet, pas de contrainte de place, pas de régie publicitaire pour vous « orienter » vers tel ou tel sujet, pas d’obligation d’écrire pour gagner sa vie, pas de censure du genre « trop long, coco », « trop polémique, mon petit », « trop complexe pour nos lecteurs, monsieur ». Le blog, c’est la liberté de raconter des expériences, des dégustations, des voyages, des rencontres. Vous l’aurez noté, c’est le Blog d’Hervé Bizeul et non celui du Clos des Fées. J’y parlerai bien sûr du vignoble et des vins, mais pas que de cela. Allez, on y va. (MAJ) Pour le premier anniversaire de ce blog, j'ai ouvert les commentaires. Je n'aurais pas souvent le temps d'y répondre, mais vous pourrez ainsi réagir à mes sautes d'humeur et mon humour de corps de garde ;-). Pour cela, il suffit de clicquer sur le titre du billet afin accéder à la page de création des commentaires. A cause des spams, ils sont mis en ligne après lecture, dès que j'ai un moment, en général le soir. Donc, si vous ne les voyez pas apparaitre tout de suite, inutile de les retaper deux fois. Amitiés à vous tous qui aimez le vin ;-))

lundi 11 juin 2007

Attention ! le blog déménage et passe en version 2...



le blog d'Hervé Bizeul se trouve désormais à cette adresse :
www.closdesfees.com/blog2
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samedi 9 juin 2007

Autant en emporte le vent...

Comme toute entreprise humaine, le blog a ses limites.

Levé tôt, couché tard, fatigué, débordé, sa vie professionnelle débordant plus ou moins intensément sur sa vie privée, le vigneron bloggeur atteint parfois ses limites et, du coup, son blog résonne d'un silence pesant.

Tiens, c'est étrange, depuis quelques jours, j'ai comme le sentiment que c'est d'ailleurs toute la blogosphère viticole qui vit au ralentit, tous les vignerons devant, je ne suis pas loin d'en être sûr, être dans le même état de débordement que moi.

L'année est complexe, pour ne pas dire difficile, et, certains jours, le sentiment d'impuissance est tel que l'envie d'écrire est au plus bas, tous les sujets semblant futiles, pour ne pas dire... vains ;-).

Pourtant, au bout de quelques jours, à force d'efforts, de journées sans fin, de prodiges d'organisation, de sommes folles jetées dans la vigne, on commence à voir, au milieu du chaos, un semblant d'organisation, une lueur, un phare, qui indique que, peut-être, cette année encore, on s'en sortira et que, fin juin, les vignes ressembleront à quelque chose apte à produire un grand vin. Et alors, l'envie d'écrire revient, peu à peu.

Un topo sur la situation vous intéresserait-il ? Après tout, pourquoi pas.

Après un hiver étrangement doux et particulièrement sec, il a plus au printemps et tout s'est mis à pousser en même temps, très vite. La hiérarchie des cépages, plus ou moins tardifs, plus ou moins précoces, a été du coup complètement nivelée et il a fallut réagir partout en même temps. Nous avons donc battu de nouveaux records cette année avec plus de 12 saisonniers, en plus des permanents, pour dédoublonner, tailler en vert, épamprer et surtout attacher les 60 ou 70 000 pieds sur échalas... L'herbe s'est mise à pousser très vite et comme on était un peu en retard dans les labours d'hiver, on s'est trouvé rapidement débordé de ce côté là aussi. Il a fallu alors gyrobroyer ou débroussailler avant de pouvoir labourer. Plus les échalas de la Planète à planter. Plus la confusion sexuelle à poser. Plus les plantations. Plus les mises en bouteilles.

En même temps, le vent ne s'est pratiquement pas arrêté de souffler depuis plus d'un mois. Les rares jours où l'on pouvait traiter, j'ai béni le ciel d'avoir deux tracteurs et une équipe à l'atomiseur qui se sont démenés, quelque soit l'heure, pour pouvoir passer qui à la machine à dos, qui à l'atomiseur, qui au pulvérisateur pneumatique, qui à la poudreuse. A la moindre accalmie, tout le monde arrêtait tout et partait traiter. Pression oïdium extrême. Mildiou, pourtant rare sous nos latitudes, présent partout. Première génération de vers de la grappe très présente. Cette année, c'est à l'état sanitaire que se jouera la récolte et, pour l'instant, grâce aux efforts de tous, tout va pour le mieux chez nous.

Et puis, le week-end de pentecôte, le vent, le vrai, le tatoué, s'est levé. Une semaine de folie, avec des pointes, le lundi, à 140 km/heure. Humidifié par une petite pluie ridicule mais lourde de conséquences, les sarments des vieux gobelets, alourdis, attendris et gorgés d'eau, ont plié, plié, puis, bien sûr, cassé net. Un, deux, trois sarments par souches, voilà qui, à défaut d'être acceptable, reste ici habituel. Mais cette année, à certains endroits, ce sont des souches entières dont les sarments pendent, brisés dans leur élan, comme si un animal aussi malfaisant que gigantesque s'était assis dessus. Du jamais vu ici. A pleurer. Ailleurs, sur d'autres terroirs, certaines vignes ont résisté. Mais leur feuillage semble comme "attaqué par les mites", troué, déchiqueté de toute part par l'usure du vent. Les feuilles nouvelles, minuscules, en haut des sarments, semblent passées au chalumeau, noires, séchés, brûlés par la vitesse de la tramontane. Beaucoup de raisins, choqués à force d'être battus sans cesse contre les sarments et les troncs, noircissent. Certains tomberont dans les jours qui viennent, d'autres, comme après une belle grêle, vont cicatriser et il faudra les enlever un par un, grappe par grappe.

Ah, pour couronner le tout, ce n'est pas une année à fruits : pas de cerises, pas de figues, peu d'abricots, peu de raisins même si la fructification s'était plutôt bien passée. Ce sera dont une petite récolte en quantité, et là, pas la peine de rêver, les jeux sont faits. Si on fait 15 hl/ha, ce sera un grand miracle... Pourtant, ce n'est pas le moment de baisser les bras et d'arrêter d'investir : il faut retailler, et tout de suite, couper les sarments brisés ou arrachés pour éviter le botrytis et pour espérer voir le départ d'un contre bourgeon. Sans cela, pas de raisins non plus l'année prochaine. Le coût ? La peine ? Parlons d'autre chose, voulez vous...

Bon, allez, en parler fait du bien. Et puis, après dix jours de travail intense, la vigne, végétal extraordinaire, reprend le dessus. Les nouveaux bourgeons apparaissent. Les entre-cœurs poussent à une vitesse effrayante. Il faut bichonner ce qu'il reste.

Dans notre malheur, deux chances :

- nous avons plus de vignes que nous ne pouvons en vinifier dans le garage, ce qui est une véritable stratégie pour compenser ce genre de phénomène. Seule la moitié des raisins est utilisée, les meilleurs bien sûr, et cette année, nous aurons donc la certitude d'avoir, malgré les conditions climatiques, ce qu'il nous faut pour tirer la quintessence du millésime.

- 124 parcelles, c'est la galère, mais quand le vent se lève ou que la grêle tombe, on est bien heureux de les avoir, car ainsi, certaines sont épargnées...

lundi 4 juin 2007

Vins d'auteurs à l'Ile Maurice

De retour donc de Mauritius après une semaine intense et passionnante. En dehors des restaurants de l'hôtel, où j'ai passé le plus clair de mon temps entre la cuisine et la cave, j'ai eu, rassurez-vous, quelques instants pour passer un moment sur une plage qui ressemblait à ça.

Je sais, je sais, en cette année ou la météo évoque une Toussaint permanente – du moins au sud, et à la fin de ce beau mois de Mai qui marque aussi la fin des « ponts » voire des « aqueducs » (les ponts entre les ponts, pour nos amis qui maîtrisent mal le français ;-), une telle photo, de bon matin, c'est limite du sadisme ;-)

Allez rassurez vous, à l'Ile Maurice, j'y suis allé pour travailler. Avec mon ami Yvan et toute la bande de joyeux lurons de « Saveurs Gstaad », nous y organisions une semaine gastronomique, œnophile et golfique. Je sais, il y a pire comme boulot ;-). Mais soyez positifs et réjouissez-vous pour moi et pour les vins du Roussillon : d'habitude, ce genre de manifestation est réservée aux « grands crus » bordelais, aux « prestigieux » négociants bourguignons et aux « grandes » maison de Champagne. Là, me demander de fournir les vins et de choisir les autres pour cinq grands repas de gala où la cuisine était assurée par des 2 et 3 macarons Michelin Suisse, Allemand et Italien, c'était culotté.

Vous l'avez compris, on a d'abord et avant tout bu beaucoup de Clos des Fées. Sous les tropiques, finalement, c'est très bien aussi pour peu qu'on surveille la température au ° près ; le dernier soir, il fallait voir certains participants, sur la plage, guetter avec une impatience non dissimulée, l'ouverture des dernières bouteilles de petite Sibérie (Alexandra, si tu me lis... ;-)).

Mais on a bu aussi beaucoup d'autres vins, tous à forte personnalité, tous faits par des vignerons passionnés, ce que j'appelle des « Vins d'Auteurs ». Captive, à notre merci, enfermée dans l'hôtel ;-), notre clientèle n'a pas eu le choix. Bien que légèrement surprise, au départ, de ne découvrir que des étiquettes ou des appellations dont beaucoup ignoraient jusque là l'existence, tout le monde s'est rapidement enthousiasmé, qui pour un émouvant Viognier des Coteaux Varois de mon amie Suzel de Lanversin, qui pour un souverain « S » d'Ampelidae, qui pour un Maccabeu 1980 de Monsieur Vaquer père, qui pour... la liste serait trop longue mais tous les vins étaient aussi bons qu'originaux.

Davidoff sponsorisant l'opération, de nombreux fumeurs ont eu comme qui dirait une « révélation » en sirotant de vieux Rivesaltes, dont le stupéfiant 1990 de la Cave de Vingrau, les non fumeurs se rattrapant sur le Maury Vintage de Calvet-Thunevin, qui était tout à fait à sa place sous les palmiers, pourvu qu'on l'ait accompagné, comme nous l'avions fait, d'un peu de chocolat bien noir et de quelques griottes... Les vins doux naturels, c'est quand même quelques chose, et quand ils seront morts, on aura pas fini de les regretter...

Bon, donc, une belle semaine, intense, où je ne vois qu'un point noir, et non des moindres : je n'ai pas maigri... malgré mes efforts sur la piste de danse ;-) Mais se plaindre serait de mauvais goût. Allez, à la diète, Bizeul ;-))

vendredi 1 juin 2007

Poireau Pomme de terre



Quinze jours de silence, pas un message pour s'inquiéter de ma santé, je l'avoue, je suis vexé ;-))

Allez, après deux semaines de voyage dont quelques jours de vacances (je vous raconterai demain, si tout va bien...), nous sommes rentrés. Depuis, je n'ai pas touché terre ni n'ai eu un seul instant pour écrire.

On va doucement reprendre le rythme et s'y remettre doucement, avec si vous le voulez bien une petite chanson de derrière les fagots, fidèle à la ligne de légèreté qui est celle de ce blog cette année... Et si, à la fin de la chanson, vous n'avez pas un gigantesque sourire qui vous barre le visage, c'est que je ne peux plus rien pour vous ;-)

Enjoy !



mardi 15 mai 2007

Brie aux Truffes

Brie de Meaux aux truffes

Bon, lors de la semaine primeur à Bordeaux, j'ai promis la recette à l'ami Jean (tu me donneras une leçon de ski, un de ces jours, o.k ? ;-), éminent « propriétaire » et néanmoins homme drôle et passionné, oui, oui, il y en a, à Bordeaux, et plus qu'on ne le croit ;-)). il me rappelle ma promesse dans un message impérieux...

Désolé, cher Jean, je n'avais pas eu le temps jusqu'à présent. Mais bon, j'ai promis. Alors...

Le problème, en cette saison, ce sont les truffes ;-)) Si tu en as en stock, au congélateur, pas de problème. Sinon, rendez vous l'année prochaine. Remarque, on peut faire la même recette avec du basilic frais haché, c'est aussi délicieux, bien qu'évidemment moins prestigieux ;-)

C'est mon vieil ami Jean-Marie Meulien, ancien chef de l'Oasis, à la Napoule, qui m'a donné cette recette, il y a bien longtemps, fatigué de me voir tourner autour de son plateau de fromage pour voler du brie aux truffes ;-). Ceci dit, je l'avais gouté pour la première fois chez un très grand fromager de Cannes, il y a bien trente ans. J'y apprenais à reconnaitre les fromages... Dieu que mon adolescence fut bizarre, quand j'y pense ;-). Celui ci l'avait-il créé ? L'avait-il copié ? Peu importe. Pour ma part, j'aime bien rendre à César ce qui appartient à César.

Allez, c'est partie pour le Brie aux Truffes

40 à 60 g de truffes (inutile d'en mettre trop, ce n'est pas meilleur)

1/4 de brie de Meaux fermier affiné mais pas trop

1 boîte de 125 g de crème fraîche « Mascarpone »

Fleur de sel de Guérande

Poivre du moulin

Attention dans le choix du brie. Il doit être affiné mais sans plus. Trop puissant, son arôme viendrait contrarier celui de la truffe. Pas assez, la fusion de texture avec la crème « mascarpone » se ferait mal.

Deux à trois jours avant le service, couper la ou les truffes en fines lamelles au dessus d'une planche à découper. Mettre de côté une vingtaine de fines et belles lamelles. Commencer à hacher le reste des truffes. Lorsqu'elles sont hachées grossièrement, en jeter un tiers dans un petit saladier. Hacher un peu plus fin, en jeter un 2ème tiers dans le saladier. Finir de hacher très très finement le reste et mélanger les trois hachis de truffes de tailles différentes.

Ajouter le mascarpone, mélanger à la spatule, saler et poivrer généreusement jusqu'à ce que le mélange perde de sa fadeur. Réserver au frais.

Décroûter soigneusement une des faces du morceau de brie. Le découper en deux parties égales, les retourner l'une sur l'autre de manière à ce que les deux côtés décroûtés soient en contact. Parer les côtés afin d'avoir un beau triangle bien net.

Enlever une des parties et la mettre au frais. Sur l'autre, étaler quelques lamelles de truffes prévues à cet effet, puis poser le gros paquet de mascarpone à la truffe bien frais. Avec une spatule, l'étaler sur DEUX centimètres d'épaisseur. C'est important. Il faut qu'il y a trois épaisseurs égales, à la fin, deux de brie, une de mascarpone au milieu, pour que le fromage ait l'air « naturel ». Un peu comme s'il avait été fabriqué comme ça depuis l'origine. Bien lisser la surface. Recouvrir de lamelles de truffes puis mettre le deuxième morceau, coté décroûté en contact avec le mascarpone. Bien lisser les côtés, emballer dans plusieurs épaisseurs de papier film en serrant sans écraser, pour que le fromage garde sa forme. Réserver deux ou trois jours au réfrigérateur.

Sortir du réfrigérateur au début du repas, afin que le brie soit à température ambiante au moment du fromage. Ne pas servir n'importe quel pain ni n'importe quel vin ave. Écouter alors, avec un grand sourire, vos convives vous supplier de vous dévoiler la recette... Refuser poliment. Un secret comme ça, ça ne se partage pas ;-))

lundi 14 mai 2007

De l'importance des «trains » et des « robinets » dans l'élaboration d'un vin

Exposé des faits :

Vous êtes un vigneron du Roussillon engagé dans une démarche d'excellence. Votre entreprise est récente et donc très endettée. Vous manquez cruellement de trésorerie à cause d'un manque de capitaux de départ qui aurait dû vous interdire tout développement. Attaché à votre patrimoine régional (de vieilles vignes très morcelées plantées « à l'étroit » et donc difficilement mécanisables), vous vous êtes engagé de plus dans un programme de plantation ambitieux qui vous a amené à planter en pente, de petites parcelles, à forte densité et sur échalas.

Après un hiver très sec, doux, ensoleillé, deux belles pluies ont permis un démarrage parfait de la végétation. Les vignes poussent vite, très régulièrement. Mais l'herbe aussi et le labour devient urgent. Pourtant, vous vous refusez à tout labour quand la terre est humide. Depuis quinze jours, le vent souffle de manière presque permanente. Or, comme vous le rappelle « jojo Lapin » dans un commentaire narquois, au delà de 19 km/h, impossible de traiter ;-). En fait, c'est beaucoup moins et inutile d'avoir un anémomètre sous les yeux : ici, dès que ça souffle, on ne traite pas. Point.

Sachant que vos vignes sont extrêmement morcellées; que, étonnamment, certains matins, un secteur peut-être venté alors que l'autre ne l'est pas; que vous avez à gérer quatre écartements différents de vignes; que chacune d'entre elle nécessite un matériel différent, voire une intervention manuelle à la machine à dos ou à l'atomiseur; sachant que les quatre cépages demandent un programme de traitement différent, de part leur sensibilités particuliières à une maladie ou à une autre...

Problème :

Sachant que la météo de la semaine prochaine est exécrable, que les jours fériés de Mai vous bouffent un jour de travail chaque semaine, que vous employez déjà 7 permanents et 9 saisonniers (ce qui est déjà quelque peu suicidaire, mais bon, c'est votre choix...), vous devez :

- trouver une stratégie d'intervention qui vous permette d'arriver à la vendange avec des raisins sains (planning, matériel, personnel, produits utilisés)

- faire des choix (et les justifier...) et indiquer les vignes sur lesquelles vous prendrez cette année le risque de ne pas vendanger...

- expliquer comment, au milieu de cette situation de « guerre », vous trouverez le temps, les moyens et les ressources pour mettre de plus en bouteilles l'excellent millésime 2005, poser la confusion sexuelle sur 16 ha tout en partant en dégustation à l'étranger dix jours.

- donner un moyen simple et efficace de dormir la nuit à côté d'un bébé de 7 semaines ;-)

- tenter d'expliquer, en conclusion, en quoi cette panique générale, finalement et dans l'ensemble, vous plait ;-), même si elle vous angoisse un peu, en ce moment...

jeudi 10 mai 2007

On a pas tous les jours du caviar...

Bon, je sais, en ces jours d'après présidentielle, il ne fait pas bon péter dans la soie, que ce soit en avion privé et en yacht ;-) ou montrant son brunch à Bad Ragaz.

Je sais, je sais, avouez-le, certains se sont dit : « ces vignerons, ils ne s'emmerdent pas » !

Bon, le brunch filmé, hier, c'était.. 33 euros, taxes et service compris, avec les boissons, s'il vous plait. Trois fois plus qu'un menu DeLuxe (de luxe, je rigole...) chez Macdo, avec café et dessert... Alors, camembert, s'il vous plait ;-)

Bon, de toute façon, « on n'a pas tous les jours du caviar «, comme le disait Johannes Mario Simmel dans son excellent livre, aujourd'hui introuvable, mais qui a marqué mon adolescence et dont je conseille la lecture à tous les amoureux de la vie, de la cuisine et du vin. L'histoire de cet agent secret traversant la seconde guerre mondiale grâce à ses talents de cuisinier et son amour de la gastronomie n'a pas vieillie, et si vous trouvez ce livre chez un bouquiniste, pas une hésitation, croyez moi !

Donc hier, en faisant le tour les vignes, il n'y avait pas de quoi se réjouir, croyez-moi : plantiers dévastés, jeunes plantes cassées, vieilles vignes épuisées et stressées aux feuilles comme recroquevillés sur elles mêmes, rameaux brisés en train de se dessécher, ce week-end de tramontane avec des pointes à plus de 110 km/h a laissé des traces, je vous le dis. Bon, tout cela repoussera, mais demandera du temps et du travail supplémentaires. De l'intérêt d'avoir un vignoble un peu plus grand que celui dont on a besoin et surtout morcelé : en cas de catastrophe climatique comme celle-là, certaines vignes sont épargnées.

Bon, avec le vent qui semble enfin se calmer, il va falloir traiter, et vite. Alors, désolé, mais ce sera tout pour aujourd'hui ;-)

lundi 7 mai 2007

Ah, si le nez de Michel Rolland...

J'ai toujours adoré cette citation de Blaise Pascal qui écrivit un jour, parait-il, que « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre en aurait été changée ».

C'est enfant, dans Astérix et Cléopatre (eh oui, ma brave dame, à chacun ses références culturelles ;-)), que j'ai découvert cette expression, dont je ne saisissais bien sûr pas tout le « sel », tout gamin que j'étais, ...

L'autre jour, aux primeurs, à Bordeaux, pendant que je dégustais au Bon Pasteur, en écoutant Michel Rolland, en pleine forme, élégant et souriant comme le père Bilbo de retour dans la Contrée ;-)), conter ses dernières aventures, je ne pus encore m'empêcher de penser que, d'une façon toute aussi évidente, si le nez de Michel Rolland était resté dans les Corbières, la face du monde (du vin...) aurait été bouleversée ;-). Je m'explique...

Quelques intimes et de rares initiés (dont je fais partie, na-na-nère ;-) savent en effet que le jeune Michel, l'encre de son diplôme à peine sèche, fit ses premières armes dans ce que l'on appelait à l'époque les « Corbières Supérieures du Roussillon », c'est à dire cette zone aujourd'hui partagée entre les Côtes du Roussillon Villages et Fitou.

Là, entre la cave de Padern et celle de Tuchan, sur les terroirs arides, sous le soleil brillant, le jeune Michel eut la révélation du raisin mûr (bon, je brode un peu, j'y étais pas, à l'époque, je jouais aux billes...). Que ne décida t'il pas de rester dans nos belles montagnes de calcaire... Je vous laisse alors imaginer ce que serait le monde aujourd'hui, dominé de façon écrasante par les vins du Roussillon et des Corbières, encensés par Robert Parker, qui, sans doute, aurait ici un petit Cazot dans les vignes où, avec ses amis, il ferait « griller », comme un vrai Catalan, escargots, saucisses et côtelettes ;-))

Tandis que Châteauneuf-du-Pape végèterait doucement, Vingrau, Tuchan, Tautavel et j'en passe, verraient leurs maisons refaites, leurs garages confortablement garnis de 4 X 4 rutilants, tandis que les tracteurs flambant neufs ronronneraient de bon matin dans les rues des villages. Il faudrait s'inscrire sur liste d'attente pour espérer avoir une bouteille de Maury. Cucugnan verrait son église refaite et son curé revenu ;-). Bref, la façe du monde (du vin) eut été changée.

Las, par attachement aux propriétés familiales et par amour, le jeune Michel choisi de repartir à Bordeaux, ayant appris ici les secrets de la maturité phénolique. Dès lors, il convertit Bordeaux, où, désormais, dès que la climatologie du millésime est semblable à celle du Roussillon, on parle de « millésime du siècle » et de grands vins dits « modernes ». Puis il partit évangéliser le reste du monde avec la parole d'ici, reste du monde où, bien malheureusement, on ne sait même pas où est le Roussillon ;-). Quelle injustice ;-))

Quelques années plus tard, Michel et Dany faillirent à nouveau, irrésistiblement attirés par les odeurs de garrigues, de genêts, et les raisins toujours bien mûrs à point, revenir à Maury, en rachetant le Mas Amiel. Là, encore, le destin de la région aurait pu basculer. Mais, le destin voulu qu'il en soit autrement et, une fois encore, le nez de Michel Rolland et le Roussillon ne se rencontrairent pas.

Cher Michel, Chère Dany, comme on a tous vu « Quand Harry rencontre Sally », on sait que, parfois, une histoire d'amour met longtemps à se concrétiser ;-) Je ne désespère donc pas de vous avoir un jour comme voisins ;-) Et un petit Vin Doux Naturel, ensemble, ça ne vous tenterait pas ? Allez, en attendant, amitiés ! Hervé.

vendredi 4 mai 2007

Offre primeur millésime 2006

Voilà, un jour de pluie, et j'ai enfin terminé l'offre primeur du millésime 2006. Avis aux amateurs ;-)

Elle est en ligne ICI.

Au début, je l'avais fait en A4, comme une lettre normale, et puis, finalement, je me suis dit qu'il était temps de se bouger un peu, de se remettre à « penser à l'envers », histoire de sortir des « formatages » imposés par les imprimantes ou les tailles de papier. Alors, le format est différent. J'espère simplement que vous avez un écran d'au moins 17 pouces... ;-))

Ah, au fait, après, j'ai eu envie soudaine de l'illustrer un peu... Alors, j'ai pensé à l'une des très belles aquarelles qu'Alban avait réalisé du Clos des Fées, à la veille des vendanges. J'espère que ça vous plaira et vous donnera envie, un jour, de passer nous voir.

Bonne lecture et bonne fin de semaine à tous ;-)

mercredi 2 mai 2007

Carambolage de printemps

Bon, ca y est, les amis, on est à fond...

Ce moment de l'année est l'un des pires pour le vigneron en général, et pour moi en particulier.

D'abord, il a plein de trucs en retard depuis plusieurs semaines mais qu'on n'a pas encore fait : finir deux palissages où la dynamite était indispensable et qu'on a mis six mois à recevoir; terminer la reprise du surgreffage de l'année dernière; mettre les derniers racinés dans les vieilles vignes; finir de planter les échalas à la Planète, etc.

Ensuite, il y a tout les trucs que l'on doit faire en fonction du climat, de l'avancée du printemps, de la pousse de l'herbe et du débourrement de chaque cépage : labours, dédoublonnages, épamprages, taille en vert, premiers attachages de plus de 60 000 pieds sur échalas...

Et bien sûr, pour couronner le tout, les mises en bouteilles du millésime 2005 et la préparation des mises en bouteilles des Sorcières 2006, les premiers traitements à la machine à dos, la préparation des pulvérisateurs, la finalisation du bilan, le mailing en retard, les expéditions : attention, semaine classée « Rouge »...

D'où le record de ce matin : 15 personnes dans les vignes, dont 9 saisonniers pour les travaux en vert, qui s'agitent dans tous les sens et sautent d'une parcelle à une autre comme un vol de sauterelles. Bon, je ne veux même pas penser aux frais de personnel que cela va engendrer. Je ne veux que voir le fait que, au moins, on arrivera à peu-près à tenir la cadence d'une année qui s'annonce capricieuse et jalouse. Raison de plus pour viser l'excellence.

En écrivant ce billet (je ferais mieux de terminer mon mailing primeur que je voudrais mettre en ligne avant le week-end...), je me demandais si le fait de créer de l'emploi était quelque chose qui comptait pour un amateur de vin, lorsqu'il choisissait d'acheter telle bouteille plutôt que telle autre ?

Dans mes coûts de production, la main-d'œuvre représente près de 50 % de mes charges, à cause des choix de culture que je fais (coteaux, parcelles minuscules et non mécanisables, vignoble très morcelé, échalas individuel, labour bientôt partout j'espère, j'en passe et des meilleures..). Est-ce que cette donnée est prise en compte, à un moment donné ?

Bon, ce n'est pas grave si vous ne répondez pas à cette question. Sachez que moi, en tout cas, fournir du travail à 15 personnes ce mois-ci (et de nombreux autres mois dans l'année, d'ailleurs ;-))), dont beaucoup de mon village, et bien cela me donne l'impression de faire quelque chose d'intéressant de ma vie.

J'espère qu'il en sera de même pour vous lors de votre prochaine dégustation de Clos des Fées ;-))

Bon, allez, j'essais d'avancer sur le mailing avant le débat ;-))

mardi 1 mai 2007

Welt Wein Festival Bad Ragaz

Bon, une chose est sûre, quand on n'amène pas de portable, raconter un voyage, c'est pas pareil. Tout au long de ces quatre jours passés en Suisse, j'ai eu plein d'idées, plein d'anecdotes que je voulais noter (Lionel, si tu me lis … ;-)), plein d'avis sur tout et sur rien. Et puis, une fois rentré, finalement, rien à dire, ou presque.

Bon, pendant un petit moment de calme, j'ai fait une photo de la salle de dégustation, de bon matin. Enfin, de bonne après-midi, parce qu'à BadRagaz, on ne déguste que l'après-midi. Le matin, c'est plus thématique, il y a des des verticales, des dégustations commentées ou des ventes aux enchères.

Beaucoup de monde, en revanche, puisque les «fenêtres » de dégustation sont courtes. A la croisée entre la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche et le Liechtenstein, l'endroit permet d'avoir une clientèle très diverse, allant de jeunes passionnés avides de découvertes à des dégustateurs plus « assagis », à la recherche d'étiquettes de renom. Il en faut pour tous les goûts. J'ai dit hier ce que je pensais de ces dégustateurs qui, sous pretexte d'une étiquette, sont prêts à boire n'importe quoi... L'étiquette, c'est super, mais c'est encore mieux quand il y a du vrai vin dans la bouteille...

Revenons à nos moutons. Ne croyez pas que je sois, moi, Hervé Bizeul, une Star dans cette partie du monde. Comme disait ma mère, « premier au village, dernier à la ville ». Tous les vignerons du Roussillon, qui pensent que je fais partie de « l'élite » et que donc tout est facile pour moi, peuvent se réjouir : dans un salon comme celui-ci, je suis un inconnu ou presque (ça va mieux, quand même, qu'il y a quatre ans ;-)) et je suis loin d'être overbooké. D'ailleurs, la majorité des clients ne sait même pas où est le Roussillon... Je vous le dis, les amis, on a du pain sur la planche. C'est pas gagné ;-)

En attendant l'amateur, le vrai, le tatoué, derrière ma petite guérite, je me compose un sourire avenant, les bras nonchalamment croisés et appuyés sur la console. Un brin mystérieux. Genre « Joconde », si vous voyez ce que je veux dire ;-) et je pense à mes prochains billets. Je suis heureux d'être ici, car il y a vraiment des passionnés, alors, ca va. De toute façon, bien sûr, nul ne fait goûter à tout le monde. Sauf bien sûr les Grand Crus Classés 1855 ;-)) De toute façon, comme je n'ai pas vraiment d'importateur en Allemagne ni en Autriche, je ne suis pas très connu là bas. Au fait, si tu es importateur dans un de ces pays, jeune ou moins jeune, beau ou laid, grand ou petit, mais que tu as une forte… passion pour les grands vins du sud, contacte moi sans hésiter ;-))

Le soir, quelques belles soirées, dont une sur la notion de terroir, dans le chais de Martha et Daniel Gantenbein, un couple vigneron « Star parmi les Stars » en Suisse et ailleurs. Remarquable livre de Tom Held, « Berührt Von Ort », qui, en quelques exemples concrets (dont le domaine du Clos des Fées, merci ;-) tente une définition intéressante du terroir, qui intégre intimement l'homme à cette notion (que nous semblons être les seuls dans le monde à trouver « naturelle »..) et dont je reparlerai, mais en y intégrant de plus, et c'est très novateur, l'architecture.

Alors que je me pensais assez créatif, j'avoue que j'ai pris un coup au moral en visitant le nouveau chais de Daniel. Au delà de ses talents évidents de vinificateur et d'éleveur, ce passionné de Pinot Noir est surtout un mécanicien de génie qui crée, conçoit, dessine puis construit lui même la plupart de ses matériels. Son chais fourmille de bonnes idées, toute plus logiques et novatrices les unes que les autres. De plus, il est propre et rangé d'une façon maniaque, ce qui n'est pas pour me déplaire. Un bon moment, couronné par un film sur la construction du chais, d'une totale originalité, dont le procédé de construction et la conception se sont appuyés sur les capacités d'un nouveau robot à placer des briques au millimètre près. J'ai demandé le film, si j'arrive à l'avoir, je le mettrai sur le blog. Bon, le clou de la soirée, ca restait une impériale de son Pinot Noir 1998, à se réconcilier avec le cépage. Ah, si les Bourguignons sortaient de leurs certitudes... La star ex-equo, c'était un Saint-Nectaire de Bernard Anthony, servi par le maître en personne, à se damner littéralement... On accepte trop souvent de manger des fromages de m....., on ne devrait pas ;-((

Bon, voilà, que vous dire donc de plus, à part que je n'ai pas maigri, c'est clair ;-) L'hôtellerie Suisse, y a pas à dire, c'est le top et, en dehors des biscuits apéritifs du bar, très moyens, pour une fois, je n'ai rien trouvé à critiquer. C'est vous dire. Je vous ai même fait une petit vidéo pour rire un peu, mais je n'arrive pas à la mettre pour l'instant sur le blog. Je réessaierai.

Ah, oui, un truc de ouf pour les bio-D : à la piscine, les cristaux dans la carafe, pour détendre ou énergiser, en fonction des minéraux qui sont au fond. Génial. Ah quand les cristaux dans le pulvérisateur pour augmenter la minéralité ? ;-))). Le pouvoir des pierres, je vous le dis, les amis, il y a bien un vigneron qui va nous le servir un jour... ;-)) Bon, ce qui est sûr, c'est que ça peut pas faire de mal ;-). Allez, j'y vais, parce que demain, c'est lever 5h30 pour les travaux en vert.

lundi 30 avril 2007

Retour de Suisse

Très tard hier soir, retour de Bad-Ragaz. Décidément un excellent salon, tant au niveau du concept que de l'organisation et beaucoup, beaucoup de grands vins découverts. J'essaierai de vous raconter tout cela dans la semaine, bien qu'elle s'annonce très, très chargée.

En attendant, un petit message à ceux qui sont, cette année encore, passés devant Lionel Gauby et moi-même, leur verre à la main, un petit sourire méprisant aux lèvres, sans surtout s'arrêter quand ils ont vu le mot « Roussillon », pas assez prestigieux pour eux, c'était flagrant...

Cela prendra la forme d'une citation d'un personnage que j'aimerais inviter à ma table « idéale », bien qu'il soit mort depuis bien longtemps. J'ai nommé Maître Dôgen, grande figure du Zen, s'il en est.

Voici une de ses histoires.

Le seigneur Uji, maire du palais, se rendit un jour à la cuisine du palais et regarda comment on faisait le feu sous la marmite.

Le cuisinier, qui l'avait vu, l'apostropha de la sorte : « Non mais, de quel droit entres tu dans la cuisine du palais sans en avoir reçu l'ordre ?».

Puis, il le chassa sans ménagement.

Le seigneur Uji ôta alors ses humbles vêtements et revêtit le costume rutilant qu'il portait d'habitude pour exercer sa charge.

Quand il réapparut, ainsi majestueusement vêtu, le cuisinier le vit venir de loin, le reconnu et s'enfuit, terrorisé à l'idée de la punition qu'il croyait inévitable.

Le maire du palais suspendit alors son costume à une perche et on le vit se prosterner devant ces vêtements rutilants qui flottaient dans le vent.

Alors qu'on l'interrogeait sur ce comportement il répondit : « Ce qui me fait respecter des hommes, ce ne sont pas mes vertus mais seulement ce costume.»

C'est en effet ainsi que les sots respectent les gens !

vendredi 27 avril 2007

Se libérer du connu

Préambule : Petite musique d'Amjad Ali Khan pour accompagner ce blog...


Vendredi, c'était pluie. Enfin l'occasion de mettre en bouteille, à la tireuse, la barrique qui restait au fond de la cave de Josette depuis quelques temps (la cave de Josette, c'est simplement une petite cave que j'ai loué puis acheté à une charmante dame qui s'appelle Josette. Jusque là, il n'y a pas de message ;-))

Cela fait des mois que je recule devant cette petite mise en bouteilles, faite à la tireuse et à la boucheuse à main. Cela fait des années que je souhaitais faire un tel vin. Puisqu'il faut nommer les choses pour qu'elles existent, sachez que cette «cuvée», encore que je ne sois pas certain que ce nom soit adéquat, s'appellera « Se libérer du connu ». En tout cas, c'est comme ça que nous l'appellerons.

« Se libérer du connu », c'est le nom d'un célèbre livre d'un penseur indien, Jiddhu Krishnamurti, que m'a offert il y a plusieurs années mon ami Bruno, en visite à Vingrau. C'est un livre court, à ne pas confondre avec un « petit » livre, dont la lecture est bénéfique lorsqu'il arrive au bon moment dans votre vie. Pour moi, c'était indiscutablement le bon moment. Pour vous, je ne sais pas ;-)

Pour un résumé, presque un « pitch" » de la vision de Krishnamurti, je vous conseille ce billet, qui vous donnera peut-être envie d'aller plus loin. C'est une bonne lecture, pour un amateur de vin qui se veut « honnête homme », dans le sens philosophique du terme. Pour approfondir un peu plus, ce dossier donne aussi une vision intéressante de l'homme et de son message.

Bref, quel rapport entre Krishnamurti et le vin, êtes vous en train de penser ? Toujours pressé, hein ? ;-)). Il faut d'abord que je vous raconte une autre histoire. N'oubliez pas de mettre la musique pour vous mettre un peu plus dans l'ambiance. N'allumez pas d'encens, faut pas exagérer ;-))

Peu avant mon départ de Paris, il y a dix ans presque jour pour jour, j'entrepris un beau jour de faire le tri dans les bouteilles de vin qui encombraient l'entrée de mon minuscule appartement. Peu de bouteilles prestigieuses, car le métier de journaliste viticole ne permet pas souvent d'acheter les vins que l'on aime. Triste monde. Mais cependant quelques bonnes bouteilles, récoltées pendant quelques voyages dans le vignoble. Quelques cuvées « hors commerce ». Quelques échantillons de vins prestigieux datant d'avant les mises en bouteilles officielles. Quelques bouteilles sans étiquettes, achetées aux enchères pour le contenu et pas pour la frime. En rangeant tout cela, j'isolais une douzaine de bouteilles assez rigolotes, toute uniques et toutes impossibles à retrouver dans le commerce. Pile poil de quoi organiser un dîner d'adieu à la capitale à mes amis et amies d'alors. Pourquoi ne pas mettre un peu de gaieté au milieu de la mélancolie, me dis-je? j'eu alors une idée aussi originale qu'amusante. Enfin je le croyais.

Quelques jours plus tard, nous voilà donc une dizaine, autour de la table, à se partager un beau poulet rôti. « Nous dégusterons à l'aveugle, se soir, les amis, si vous le voulez bien ».

Tout le monde le veut bien et se lèche les babines à l'avance.

Le repas est bon, certains vins délicieux, d'autres plutôt décevants. Au fromage, les questions arrivent :

« Au fait, on a bu quoi, ce soir ? »

? « Quelle importance, puisque c'était bon », réponds-je avec un grand sourire...

? « Telle bouteille, c'était un grand bordeaux, telle autre, un bon Châteauneuf, je suis sûr, lance un des convives.. Allez, maintenant, tu peux nous le dire »

? « Mais non, les amis. Ce soir, c'était à l'aveugle. Je vous avez prévenus. Toutes ces bouteilles sont introuvables, certaines disparues depuis longtemps, d'autres jamais commercialisées en l'état, d'autres encore trop vieilles et de toute façon bien trop chères pour nos modestes moyens à tous. Donc, vous ne pourrez jamais refaire cette dégustation et ce repas est donc unique; c'est d'ailleurs, au passage, ce qui en fait pour moi la valeur. En plus, je vous avoue que pour certaines d'entres elles, je ne sais même pas ce que c'est. »

Le ton monte vite

« Tu te moques de nous. On veut savoir si on a trouvé. On veut savoir ce qu'on a bu »

? Non, mes amis, je ne vous le dirai pas. Pourquoi est-ce si difficile de déguster sans référence ? Le plaisir était il là, oui ou non voici la seule question que vous devriez vous poser »

Bon, je vous la fait courte, la fin de la soirée fut ca-tas-tro-phi-que.

Certains invités me font d'ailleurs la gueule depuis ce jour là.

Je surpris même l'un d'entre eux en train de fouiller dans la poubelle de la cuisine pour tenter de trouver les bouteilles vides ou les bouchons...

Beaucoup, vraiment beaucoup de tensions ce soir là. Et une question, depuis : pourquoi donc est-il si difficile de boire du vin en se libérant de toutes références de cépages, de prix, de millésime, de producteur, de classement ? Et comment en sommes nous arrivés là ?

Dix ans après, maintenant que me voilà vigneron, la question se pose toujours et je dirais même, si j'osais, plus que jamais.

Boire du vin juste pour le plaisir, c'est boire juste. Non pas que je refuse, bien au contraire, l'influence d'une étiquette prestigieuse, d'une histoire bien racontée, d'un cépage ou d'un terroir soi-disant "plus prestigieux" qu'un autre, bien que parfois, tout le « pathos » autour du vin me pèse un peu (dans le sens « méthode de persuasion par appel à l'émotion du public »). Franchement, je trouve que, de temps en temps, il est bon de boire un verre de vin juste pour le plaisir, en se libérant du connu. De tout le connu. C'est loin d'être facile.

C'est le but de cette cuvée.

Elle ne sera jamais commercialisée donc elle n'aura jamais de prix.

En l'acceptant, si je vous en offre une bouteille lors d'un de vos passages au domaine, vous devrez vous engager sur l'honneur à ne jamais la vendre mais vous pourrez bien sûr la donner si le cadeau vous pèse.

Je suis le seul à savoir l'encépagement, l'origine, la vinification, l'élevage et tout le reste. Même Claudine ne le sait pas et elle est déjà assez énervée comme ça ;-)). Vous donc n'êtes pas forcé de l'accepter mais, en l'acceptant, vous vous engagez à ne pas chercher à savoir. Le but est juste de la boire, un jour, seul ou entre amis que je vous conseille d'avertir avant de la nature de l'expérience. Vous n'êtes pas obligé de me citer, d'ailleurs.

Si vous avez envie de raconter, un jour, si cela vous a amusé, déstabilisé ou gêné, les commentaires de ce billet sont ouverts et vous serez les bienvenus.

P.S. Ah, au fait, inutile de chercher une info sur le bouchon ou la bouteille, c'est un peu un mix de toutes les fins de séries de matières sèches qui trainaient à droite à gauche.

P.P.S. : première bouteille de « Se libérer du connu » offerte. A la clé, une discussion passionnante avec un de mes clients, qui passe deux mois par an en Inde, ce que j'ignorais, et échange incroyable (et impossible à raconter...) sur la philosophie boudhiste appliquée à la dégustation. J'aurais adoré l'enregistrer. Vive le vin !

mercredi 25 avril 2007

Du vin, de l'eau, et beaucoup de verdure...

Départ dans quelques heures pour Bad Ragaz, petite (mais fort coquette) station thermale de la Suisse Allémanique, à 1heure de Zurich, à deux pas de la frontière du Liechtenstein.

Pour une fois, je vous avertis à l'avance, afin que les milliers, que dis-je, les millions ;-) de lecteurs suisses de ce blog viennent en foule goûter les 2005 du Clos des Fées en avant-première... ;-))

Ce qu'il y a de bien, dans le Welt Weinfestival de Bad Ragaz, c'est que ça se passe sur invitation. Et pour une fois, ce ne sont pas les clients qui sont invités par les producteurs, mais les producteurs qui le sont par les organisateurs du salon. On apporte juste son vin, on ne paye rien, et on est même nourri et logé. C'est le comité de dégustation qui décide qui, finalement, est un grand vin ou ne l'est pas, qui fait des chose nouvelles ou intéressantes, qui est « digne » de venir ici. Et c'est le client qui paye son entrée, ou sa participation aux verticales ou aux «diners de vignerons » (parce qu'il y a en marre de dire winemaker diner !). Original non ?

Allez, je file, il faut que j'aille à Barcelone prendre l'avion pour Zurich. Si vous êtes dans le coin, n'hésitez pas. Pour les autres, une petite photo de l'endroit ;-))

mardi 24 avril 2007

Dîner au château ou «merci Maman... »

« Tiens toi droit »; « Ne mets pas le coude sur la table »; « Ne fais pas de bruit en mangeant ta soupe »; « Le couteau, ce n'est pas fait pour pousser... ». J'ai beaucoup pensé à ma chère Mère, ce week-end. Trop tôt décédée pour voir son « bon à rien » de fils faire, finalement « le paysan », elle aurait été surprise de me savoir, pas plus tard que mardi soir, en smoking, au vieux château royal de Stuttgart, reçu en « grande pompe », à diner, par le Prince de Bade et le Duc de Wurttemberg réunis, accompagnés pour l'occasion du Minester President du Länder...

Oh, cela ne lui aurait bien sûr pas suffit pour regretter que j'aie choisi de mettre les mains dans la terre après les avoir mis longtemps... dans l'eau de vaisselle. En choisissant, à 15 ans, de devenir garçon de café avant de faire l'école hôtelière, je lui ai, à l'époque, porté un sacré coup au moral, pour ne pas dire brisé le cœur. Elle rêvait pour moi d'un autre avenir, genre « fait ce que tu veux dans la vie, pourvu que tu sois médecin ou notaire... » ;-). Comme bien des mères, finalement ;-). Une chose est certaine, devant la multitude de couverts soigneusement rangés de chaque côté de mon assiette et bien que légèrement « boudiné » dans un smoking trop rarement sorti de son armoire, j'ai, grâce à elle, « assuré » au niveau de la politesse et du savoir vivre ;-). Merci maman, tes efforts n'auront pas été vains ;-)

« Est ce que vous vous tiendrez comme ça, quand vous serez invité à la table du président de la République ?», nous répétait-elle souvent en grondant. Et oui, à l'époque, le fin du fin était d'imaginer ses enfants reçus à la table du général De Gaulle, un jour, pour une remise de décoration quelconque ou pour honorer une entrée à l'Académie Française ... (ça compte, le blog, pour rentrer à l'Académie ? ;-)) Ma chère mère, si tu me vois de là où tu es, tu seras, j'espère, heureuse d'apprendre qu'à défaut de la Légion d'Honneur, j'ai déjà le Mérite Agricole, et, qu'à défaut d'être reçu à l'Élysée, le Clos des Fées est déjà sur la carte des vins de Matignon. C'est déjà pas mal, enfin moi je trouve. Bon, je sais, je sais, ça ne remplacera pas un beau cabinet de généraliste ;-) Mais je suis heureux, et c'est l'essentiel...

Donc, ce préambule étant terminé, voyage éclair, vendredi, à Stuttgart pour le colloque « ArtVinum » sur les régions viticoles et leur devenir dans un courant mondial de globalisation ». Intéressant. Bon, un peu bizarre d'être le matin en short dans les vignes et le soir en smoking dans un parc majestueux, mais intéressant ;-) On y a parlé de « l'Europe des régions viticoles » et j'avoue que j'aime bien l'idée de dépasser un peu la notion de pays pour s'engager dans celle de « territoires » à taille plus humaine. On y a écouté des tyroliens, des bordelais, des badewurttinbergiens (je ne suis pas sûr qu'ils se nomment comme ça entre eux ;-) et bien d'autres clamer leur amour du terroir, de leur bonnes spécialités gastronomiques, de la beauté de leur paysages sculptés par la vigne, du confort de leurs Chalets, de leurs Châteaux ou de leurs Mas. Des échanges que nous pourrions mettre en place. De notre « identité européenne », assez floue en ce moment mais que l'on peut facilement comprendre : il suffit de faire un bon gueuleton, que chacun apporte ce qu'il y a de mieux chez lui et, de boudin en jambon, de terrine en pâté, on verra que le porc, qu'il soit blanc ou noir, français ou allemand, une fois transformé, rassemble les hommes, permet à tout le monde de se retrouver et éloigne les conflits de tout ordre. Le salut de l'Europe, c'est la bonne bouffe, le bon vin, la vue sur la mer, la campagne ou la montagne, selon la région. Si nos politiques ne l'ont pas compris, ceux du Bade-Wurttemberg l'ont fait, et ils cherchent résolument à ancrer l'image de leur belle région dans celle du « bon-vivre » et du « bien manger » sans oublier le « boire avec large soif ». Il ne leur manque que Jean-Pierre Coffe ;-)

Bon, au milieu, il y avait quelques personnages étranges, dont un journaliste prophète qui nous a annoncé l'urgence de commencer à prévoir le réchauffement climatique, inéluctable selon lui, et ce quelques soient nos efforts. Selon lui, les « grands terroirs » de pinot noir, c'est vers la Norvège qu'il faut désormais les chercher, tandis que c'est l'Angleterre qui part « outsider » pour faire « oublier » le Champagne, et ça dans moins longtemps que nous voulons bien le croire. Catastrophé ;-), je n'avais malheureusement pas le niveau en allemand pour lui expliquer que moi, j'avais déjà les cépages les plus tardifs, ceux que l'on allait selon lui planter bientôt en Bourgogne et que donc, je n'avais plus qu'à me crever les yeux dès maintenant pour ne pas voir mon malheur, ou, au pire, dès que le désert et ses vents brûlants auraient desséchés mes pauvres vignes ;-))

Bon, tout ça m'a plutôt réjoui et, le soir, après le colloque, en allant de l'hôtel au château en compagnie de Stéphane Derenoncourt (toujours aussi révolté, sincère, passionné et passionnant...), je me disais qu'en attendant le déluge, on allait sans doute boire plutôt bon, ce qui n'a pas manqué, le bon François Mauss étant responsable de la sélection des vins...

On a donc bien bu (et on a aussi été un peu déçu, parfois, mais restons polis, après tout, on était invité ;-). A chaque table, un vigneron d'Europe et un de la région du Bade-Wurttemberg, ce qui démontrait la large ouverture d'esprit des vignerons de la région et de leurs responsables politiques. On est pas près de voir ça en France.

Que vous dire sur les vins du Bade-Wurttemberg, justement ? Et bien qu'ils sont comme les autres et vont du banal au sublime et que le prix est en fonction. Que les rouges ont fait en 20 ans des progrès considérables, voire à peine croyables, qui en font aujourd'hui une alternative légitime à 90 % des Bourgognes rouges (faites-moi penser à vous raconter un jour mon année à Berlin, avant la chute du mur, dans une des plus belles caves du monde...). Que les produits sont bons mais qu'au niveau de leur cuisson, on peut encore s'améliorer.

La petite Sibérie se goûtait "impec" (Non ? Si si ;-)) (il fallait que je la place, désolé ;-)), ce qui tombait bien parce qu'il y avait plein de gens dans la salle qui m'attendait au tournant. Sans rancune les gars ;-)). J'ai fini la soirée en sirotant, à mon rythme, un solide verre de la Mondotte 98 (sublime, forcément sublime) en rigolant comme une baleine avec certains membres réputés du grand jury européen, en grande forme ce soir là (c'est off, désolé ;-).

En essayant de ne pas tomber dans les bassins (les douves ???) du parc, pendant que je rentrais, fort tard, de cette belle soirée, je décidais donc, enfin, de céder aux propositions lancinantes du Comte de Neipperg, illustre badewurttinbergien s'il en ait, et de lui échanger, quelques « Mondotte » contre quelques « petite Sibérie ». Il n'est pas encore au courant, j'espère qu'il va apprécier ;-))

P.S. : Bon, heureusement, on a pas valsé...

P.P.S. : ça n'intéresse personne, mais je regrette de n'avoir pu ramener quelques bouteilless de vins du Bade-Wurttemberg, en particulier un Ahkarrer Schlossberg Grauburgunder du Dr Heger qui m'a marqué. Désolé pour les autres, pour une fois, j'ai pas noté. Il faudra que j'y retourne, j'ai bien aimé ce petit pays là...