Blog fantôme


J’ai découvert récemment la notion de «blog fantôme». Des blogs, plus alimentés depuis des mois voire des années, continuent, tels d’effrayants vaisseaux fantômes, à flotter, en perdition, sur la surface du minuscule World Wine Web, lui même perdu au sein de l’immensité du World Wide Web… Un peu comme Facebook qui me rappelle certains jours l’anniversaire d’amis morts et enterrés depuis des années, m’arrachant le cœur mais, en même temps, m’obligeant à me réjouir de l’amitié qui nous unit toujours, au delà de la mort.

Une grimace interrogative a déformé ma bouche : ce blog était-il concerné ?

Si c’est le cas, est il mort-mort, un peu mort, en voie de l’être ou juste dans une mauvaise passe ? «Mort» comme dans un roman de Marc Lévy ou un film de Night Shyamalan, du genre avec une seule personne, lui (donc moi) à ne pas m’en rendre compte ? Y a t’il encore quelqu’un pour se soucier de lui ou seulement quelques médium et autres voyantes y ont-ils désormais accès ? Me voilà à faire du mauvais Raymond Devos, qui lui, le cher Raymond est bien mort. A moins qu’il ait un blog ? S’il est de l’au-delà, les buveurs de vins y ont-ils accès ?  – aurait-il enchainé…

C’est la question qui tue, ajouterait il, avec son humour pince sans rire. Sans vouloir faire d’humour. En en faisant quand même. Je sais, c’est poussif. Pas fait l’école du rire, un de mes grands regrets.

Dans les faits, je me sens toujours vivant, rassurez vous. J’ai, avec un peu de chance,  encore quelques trucs intéressants à dire, de temps en temps. Ou, mieux, à transmettre. Mais voilà, ça prend du temps et demande de l’énergie. Une énergie régulière, surtout, une discipline qui n’est pas chez moi ma qualité première.

Après dix ans, la chose dont je suis certain, c’est qu’un des plus gros effort que demande un blog, c’est l’énergie énorme qu’il faut trouver en soi pour le relancer, pour recommencer après une période d’inactivité…

Vous faites des feux de bois ? Alors, vous le savez : parfois, le lendemain, quelques cendres suffisent à allumer un incendie. Ennuyeux. Pourtant, lorsque le feu se meurt mais que l’on voit encore quelques braises, le redémarrer demande en revanche plus d’habileté ou d’énergie que… de repartir du début. Et la plupart du temps, bien sûr, il s’éteint.

Le  blog, c’est pareil. Mon Dieu qu’il est dur de repartir…

Contre soi, l’on a de plus des énergies «contraires». L’impression, par exemple, qu’en dix ans, on a dit l’essentiel. On a peur de radoter. On peut s’en libérer par la réflexion, car bien tarés sont ceux, les fous, qui, auraient lu tous mes billets. Si tant est qu’il en existe, gageons qu’ils les ont, pour la plupart, oubliés. Ainsi, je pourrais, je pense, facilement, les reprendre pour, l’air de rien, faire du neuf. Tiens, je le ferais, sur le prochain billet, bonne idée…

L’autre difficulté, c’est qu’un blog doit venir du cœur, pas du mental. On ne devrait déposer sur ces pages que des ressentis, des expériences, des espérances. Avec le temps, l’effet de la nouveauté s’estompant, on a tendance à trop réfléchir, à se poser des questions sur «comment certains billets pourraient être interprétés », sachant que ce sera bien sûr à votre détriment. Je voudrais parler du Roundup, par exemple. Mais, honnêtement, je ne pense pas que je vais me lancer…

Et puis les temps ont changé.

La « mode » des blogs est passée, comme une fleur s’épanouit puis se fane. Les réseaux sociaux sont passés par là et, à longueur de page, on nous rabâche désormais que «l’écrit» n’est plus à la mode, que seule la vidéo est regardée, qu’un billet sur Facebook ou une photo de sa gamelle a cent fois plus « d’audience » qu’un texte ciselé, qu’un mauvais cliché posté sur Instagram pourrait résumer une bouteille, un itinéraire technique, un terroir, l’émotion d’un vin. A se demander si l’on va encore savoir lire dans quelques années (un logiciel transcrit déjà les mots en émoticon, je ne plaisante pas…), si l’écrit a encore un avenir, si nous ne sommes pas en train de vivre Farenheit 451 sans même avoir besoin de bûchers. Vous me voyez « youtubeur » ? Soyons sérieux…

Voilà bien des semaines, des mois, que je regarde, jour après jour, ce nouveau départ, et ceux qui me lisent depuis longtemps, savent qu’ils doivent, à chaque fois, subir un billet de redémarrage, sorte de « tour de manivelle», en hommage à ce bout de métal ancestral dont on se servait pour démarrer les voitures au siècle dernier (la 404 de mon père en avait encore une, ce n’est pas si loin…). Si tu as vu la manivelle ou si tu l’as tournée, la fin est plus proche que le début, ami, et il est sans doute trop tard pour, comme l’a si divinement écrit un jour Anna de   Noailles, « Respirer sa jeunesse… car le temps est court qui va de la vigne au pressoir».

Je ne vous promets rien, à vous les quelques centaines de fidèles (et oui, il n’y en pas plus) qui restent abonnés, si ce n’est que je vais essayer d’ecrire à nouveau. Parfois.

Mais bon, les promesses, disent les hommes politiques… Non, moi, je les tiens. Et puis écrire ça commençait à sacrément me manquer, mille sabords !

14 commentaires

  • Francis
    31/01/2019 at 9:53

    Bonjour Hervé,
    Merci.

  • Helene Golfier
    31/01/2019 at 10:16

    Enfin de retour !!! Que du bonheur.

  • Pradolin
    31/01/2019 at 11:23

    C’est hélas vrai en toute matière. Même dans le milieu du travail et dans le tertiaire, plus personne n’est capable de lire un mail appliqué qui fait plus de 4 lignes.
    Epoque désolante

  • Carole
    31/01/2019 at 11:28

    Merci de revenir, c’est toujours un grand plaisir de vous lire.

  • denis
    31/01/2019 at 11:41

    ah enfin! J’attends chacun de vos billets avec impatience!

  • Roger NESTI
    31/01/2019 at 12:36

    Bonne nouvelle, Hervé est de retour !! J’attends avec impatience le prochain message.

  • Toad nemo
    31/01/2019 at 1:40

    Tout est dit, et bien dit, sur la mode, l’écriture et l’humour, merci de relancer ce mode d’expression sur le temps long.

  • Bruno
    31/01/2019 at 2:13

    les modes, c’est fait pour être dépassées !

  • DIEBOLD Bertrand
    31/01/2019 at 2:34

    Que la force soit avec toi Hervé !

  • Blanc
    31/01/2019 at 3:02

    Courage … continuez pour notre plus grand plaisirb

  • jean-luc Javaux
    31/01/2019 at 4:05

    Hervé, tel le Phénix de Vingropolis, tu dois renaître éternellement de tes cendres, fussent-elles moribondes, afin de nous transmettre tes états d’âme et autre cris de colère pour l’éternité!
    Non mais…
    jlj

  • Nicolas
    31/01/2019 at 10:31

    Bonsoir Monsieur BIZEUL,
    Bien sûr que nous apprécions toujours de lire la vie d’un vigneron qui cherche la qualité, qui reste attaché aux traditions, à l’enseignement des anciens, … Merci de nous partager, même de façon irrégulière, la vie du vignerons et surtout ses états d’âmes. Ce Monde perd cruellement de son sens jour après jour, mais une certaine résistance existe et semble se développer. Alors si le Blog est mort face aux réseaux sociaux souvent « écervelant », et bien, vive le Blog !
    J’essaye d’éduquer mes deux jeunes garçons dans cette dualité nécessaire entre ultra-modernité et héritage du passé, de ses valeurs…, et les gens comme vous sont nécessaire à l’envie de ce type d’exercice que je crois vital…Ils ne boivent pas encore de vin, mais à coup sûr ils commenceront par un des votres.
    Si vous continuez à trouver l’énergie d’organiser ce partage à ceux que finalement vous n’avez jamais rencontré (c’est mon cas, et j’ose espérer un jour y remédier…), et bien merci, et soyez assuré de notre fidélité.
    Avec toute ma sympathie et mon respect,
    Nicolas (vieux trentenaire attaché au Monde d’il y a un temps…)

    Ps : très longtemps que je voulais vous écrire, c’est chose faite, je m’en coucherai plus léger et essaierai de recommencer !

  • Philippe
    01/02/2019 at 3:12

    Merci de ce retour Hervé !
    quelque fois il est bon de laisser le temps au temps.
    Toujours un grand plaisir

  • Olivier
    10/02/2019 at 11:18

    Un 14ème commentaire pour éviter de stagner sur le chiffre 13… Joke 😉 pour me donner l’occasion de plaider pour ce retour essentiel. Pour moi et tous ceux qui feront l’effort de lire, car ils se rendront compte de l’utilité de s’enrichir à la lecture d’une vie de passion, d’avis tranchés donc forcément contestables qui nous obligent à réfléchir et développent notre esprit critique, lui aussi essentiel pour se rapprocher de la sagesse que l’accumulation des années est sensée nous forger. Continuez à écrire quand bon vous semble. C’est comme ça que vous êtes le meilleur et que nous nous régalons à vous lire. Encore une fois, la liberté n’a pas d’égal.

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