10 ans, ça se fête, non ?

Et oui, dix ans… Le premier billet de ce blog, c’était le 4 Mai 2005. J’étais à New-York, j’avais trainé dans Central Park, entre deux visites de clients. Je croyais avoir «ouvert le marché Américain». J’en souris, quand je me revois si naïf…

J’écrivais peu, plus court. Je cherchais un style, une voie, une envie. «Pourquoi bloguer dans un contexte d’affaires ? », C’était le titre d’un livre Québécois que j’avais acheté par hasard, à l’époque, à Montréal, pour tenter de comprendre le phénomène qui démarrait, surtout chez les ados, un peu en politique, très fort déjà en cuisine. Dix blogueurs exposaient une de leur motivation. Il y avait, j’ai vérifié : «pour influencer; pour vendre; pour informer; pour apprendre; pour se définir; pour réseauter; pour être vu; pour communiquer; pour provoquer; pour se souvenir ».

Pour »se souvenir» et «pour informer» m’avaient décidé. Je m’étais dit, bien sûr que «pour communiquer» et pour «se définir» n’était pas idiot. Pour «vendre», ce n’était pas le but et ne l’est toujours pas. Sans doute ai-je un peu aussi «provoqué» et je l’espère, un peu aussi «influencé», d’autres vignerons, des jeunes, des buveurs de changer de quelques degrés leur angle de boisson… Il manquait je pense pour être parfait «pour transmettre”. C’est étrange car je pense que cela résume bien pourquoi j’écris. Pour laisser une trace, à mes enfants, de ce qu’était la vie d’un vigneron dans les années 2000, alors qu’on venait d’inventer Internet, ou le monde se métissait, où l’on pouvait voyager librement pour rien, où tant de choses étaient différentes, sans doute, s’ils lisent un jour ce blog dans cinquante ans.

Tout cela n’était pas prévu, bien sûr, ni que cela dure si longtemps, ni que cela parte un peu dans tous les sens, mêlant la danse disco à Nietzsche, l’illumination par les crêpes à l’art de l’assemblage, le wine-mapping et la cuisine vietnamienne, les journaux de vendanges aux récits de voyages, le tout saupoudré d’une grivoiserie dont j’ai parfois honte. Il n’était pas prévu non plus que de 308 visiteurs (pas uniques, bien sûr) en Mai 2005 (mes premières statistiques) on passe à plus de… 40 000 tous les mois aujourd’hui ce qui me semble colossal et bien loin de la réalité. Mais bon, ce qu’il faut retenir c’est que vous êtes nombreux, c’est sûr. Surtout quand j’écris, en fait.

Positif, ces dix ans avec vous ?Bien sûr. Si vous lisez mon blog, je peux presque à coup sûr lire la bienveillance sur votre visage, lors d’une rencontre dans le monde réel, même si nous ne nous sommes jamais vus. Un point négatif, une critique ? Jamais de commentaires, ou presque, mais bon, en même temps, je n’aurais pas le temps de répondre. Alors, même si je me sens un peu seul parfois, je continue.

Le blog est un format si particulier. Surtout le blog professionnel. On doit s’y dévoiler, souvent plus qu’on ne le voudrait ou qu’on ne le croit. C’est là la grande différence avec le journaliste professionnel où, au contraire, on doit ne rien dire de soi. Enfin, en théorie. L’autre, bien sûr, c’est la taille : ici, on est libre, de faire long, souvent trop. Ou très court. Ou rien, quand on a pas envie. C’est bien comme ça, je ne force jamais.

Allez, qu’est ce qu’on se souhaite ? Dix ans de plus, voire vingt et, bien sûr, à la fin, mon admission à l’Académie Française (ça t’aurait fait tant plaisir, Maman, hein, mais je crois que c’est mort…), pour le Panthéon, on verra.

Merci.

De la réussite

« Rire souvent et beaucoup, mériter le respect des gens intelligents et l’affection des enfants, gagner l’estime des critiques honnêtes et endurer les trahisons de ceux qui ne sont pas de vrais amis, apprécier la beauté, trouver ce qu’il a de mieux dans les autres, laisser derrière soi un monde un peu meilleur, par un bel enfant, un jardin fleuri, ou une condition sociale un peu moins dure, savoir qu’une vie seulement a respiré plus facilement, grâce à vous : voilà ce qu’est la réussite.»
Anthony Robbins

A new hope

Je parlais il y a quelques jours avec un ami de Châteauneuf du Pape. Un de ces déjeuners de «copains de régiment», qui n’existent déjà plus beaucoup et disparaitront bientôt. Oui,il fut un temps ou l’on donnait un an de sa vie à la Nation, certes pour ne pas faire grand chose, à quelques exceptions près, mais où l’on se rendait compte que le monde est multiple et que dans toutes les couches de la société, du haut en bas et de droite à gauche,  il y a d’honnêtes hommes, qu’ils soient nés au bon endroit ou quelque part, comme le chante si bien Le Forestier. J’ai gardé quelques amis de ce temps là, j’en suis heureux mais ce n’est pas le sujet.

Ces déjeuners ont quelque chose de récurrent, c’est que l’on commente le monde tel qu’on l’a vécu et nous parlâmes, entre bien d’autres choses, de l’évolution du Châteauneuf, petit coin de terre que j’adore, que l’on ne peut vraiment comprendre que lorsqu’on y a passé une semaine, apprécié les vins et les gens qui les font, qui ne sont pas pour rien dans le charme étonnant de l’endroit. J’y suis allé pour la première fois à la fin des années 70 et nous parlions justement, de l’influence (on dit souvent là bas « du bien »…) que Robert Parker fit et fait toujours à l’appellation. Je me lançais alors dans une réflexion profonde dont j’ai le secret, sorte de tirade, leçon donnée, de celles qui m’ont valu bien des inimitiés dans ma vie mais qui, avec du recul, ont aussi fait réfléchir certains.

Je tentais d’expliquer ma pensée, dixit que Robert Parker n’avait pas apporté seulement une prospérité économique mais qu’avant tout il avait apporté un regard et une vision.

Le regard d’un père sur son fils, certain qu’un jour celui-ci ne sera plus le «fils de» mais que c’est lui sera devenu «le père de», un regard qui donne de l’énergie, met en confiance et permet de recommencer jusqu’à ce qu’on y arrive. Le regard d’une mère, fait d’amour absolu, où l’on peut lire que le monde est à notre portée, pour autant qu’on le veuille, et que oui, en tant que fils, on est capable de tout. Le regard d’un amant, persuadé que la femme aimée est un joyau, qu’il pare de toutes les qualités, certain même que celles qu’elle n’a pas, elle pourra les acquérir.

C’est ce regard d’un homme qui a changé Chateauneuf, à travers ses notes et ses commentaires. Il a vu le diamant qui était là, attendant d’étre taillé. Il a révélé un potentiel. Il a donné aux vignerons une vision de qualité et de grandeur (un peu trop, peut-être, diront certains…), leur a donné avant tout la confiance de croire en eux même et en leur terroir. Il leur a dit qu’ils avaient de la valeur.

Je vous fais grâce de la discussion qui s’en suivit car cette longue introduction n’est là que pour vous dire que le Wine Advocate, par le regard et les mots de Jeb Dunnuck, vient, je le pense, de faire la même chose avec le Roussillon.

Jeb a passé du temps, il a compris les terroirs et les hommes, il a été stupéfait (le mot est un peu fort, peut-être, mais je ne pense pas) par le potentiel des différents terroirs, il a jugé les deux écoles de vinification dans leur contextes respectifs (l’école Calcienne, dont Gérard Gauby est le créateur et le chef de file) et l’école que j’aime appeler Roussillon Canal Historique.

Et il a mis de grosses notes et des commentaires qui, comme dirait l’autre, vous donne la patate…

Je n’ai aucune gêne à l’avouer, la reconnaissance des vins du Clos des Fées par le Wine Advocate me fait plaisir. En voyant l’avalanche de bonnes notes, dont un incroyable 97 points pour le Clos des Fées 2012, je me suis pris à lancer un “yes” qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Je pense qu’il en fut de même pour tous mes collègues vignerons, du Domaine Gauby au Domaine de l’Edre, du Mas Bécha à Jean-Luc Thunevin et Jean-Roger Calvet, à Michel Chapoutier qui obtient un fantastique 97-100 à confirmer après la mise en bouteille. J’en oublie, qu’ils m’en excusent, car je n’ai pas encore eu le temps de voir tous les commentaires et toutes les notes.

Ils sont, elles sont excellentes…

Je veux ici remercier publiquement ce journaliste pour son travail qui, au delà des retombées commerciales, sans doute bienvenues pour certains (beaucoup de vins à prix très bas voient aussi reconnue leur valeur et raflent des 90 points qui devraient booster leurs ventes), je pense qu’il y’a aura un avant et un après cette publication, les biens notés redoublant d’ardeur pour faire mieux encore, les oubliants retroussant leurs manches, la porte leur étant ouverte.

Enfin, bien sûr, le regard de certains va changer. Cendrillon n’est rien avant l’arrivée de sa marraine Fée et un Roussillon paré d’un 95, 96 ou 97 peut aller au bal.

Au nom de toute la région, merci Jeb.

P.S. : un aperçu des folles notes du Roussillon. Bravo à tous !

Parker

Vernaculaire

Vernaculaire. J’adore ce mot. Je l’ai appris tardivement dans ma vie, quelques années après mon installation, en faisant un plan dont je ne me souviens plus du nom, où l’on me proposait de sauver et d’entretenir l’architecture vernaculaire de mon «Domaine». A l’époque, je n’avais que bien peu de vignes, mais beaucoup de cailloux et, sans le savoir, beaucoup de bâtiments vernaculaires.

Un truc vernaculaire, c’est un truc qu’on fabrique soi même, que l’on obtient pas par l’échange. Ca se fait rare, depuis que la Chine est devenue l’usine du monde. Ca vient de Venaculus, indigène, en Latin. Je vais pas faire mon petit professeur, si vous voulez en savoir plus, c’est ICI, comme d’hab, merci Wikipédia. Avant, ici (avant, c’est il y a moins d’un siècle), il n’y avait que des trucs vernaculaires, hein. Le menuisier était local, la viande, les légumes, le fromage, et bien sûr, l’architecture, puisque c’est de cet emploi là dont j’avais envie de vous parler depuis un moment; Après, si vous êtes vigneron, vous pouvez vous la jouer en indiquant, nonchalamment, au détour d’une conversation, que «vos levures sont vernaculaires». Ca le fait. Pour un caviste aussi : voyez vous, ce vigneron reste profondément vernaculaire… Hum. Pensez à expliquer, on pourrait penser à d’autres choses…

Donc, on y arrive, j’ai un grand respect pour tout ce qui est vernaculaire chez moi. Ma maison (1870), mes murs, mes citernes et mes cazots. Le concept du vernaculaire, c’est que c’est souvent affreux, au départ, parce que c’est fait dans l’urgence, avec les moyens du bord, les ressources qu’on a sous la main à ce moment précis c’est à dire souvent pas grand chose à part ses deux mains, un goût souvent incertain car peu influencé par le monde extérieur et bien sur les matériaux du cru, de la paille, de l’argile, des pierres, un peu de calcaire, de gypse parfois et des branches ou des troncs.

Cette architecture, ici, en dehors de quelques murs faits il y a bien longtemps, elle doit beaucoup à l’après guerre, à l’arrivée du ciment, de l’armature métal, puis des parpaing. Bof, donc. Et pourtant cela me plait.

Il y a des refuges, laissés dans le mur, parfois pour un homme, parfois pour une raison aujourd’hui oubliée. Il y a des citernes, bien sûr, un peu partout, à l’époque où l’on sulfatait à la machine à dos et où l’on avait rien pour transporter l’eau sur les parcelles. Il y a des cazots, en pierres sèches, plus ou moins bien faits. Et il y a ceux horribles, faits sans penser une minute à leur impact esthétique, le mauvais goût étant, nous le savons tous, la chose la mieux répartie au monde, ne serait ce que parce que le bon goût, c’est le sien et le mauvais, celui des autres.

Je vous ai fait quelques photos, il y aurait tant à dire que ça nous occupera, à l’occasion, histoire de laisser des traces…

Un cazot très vernaculaire destiné à abriter les chevaux, pas beau, mais pratique.

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On remarquera la recherche pour le bien être des animaux, l’essentiel, après tout, dont une magnifique récupération d’un bassin émaillé. Nous dépanne bien quand Magalie vient labourer…. On voit bien le bricabrac (et du coup le charme…) des matériaux de récupération…

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Une citerne de vigne, comme il y en a tant, pratiquement toutes construites de la même façon, dans les années cinquante : approximativement 2 x 2, murs en pierres coulées dans le ciment, grand sol lisse sur le dessus avec trou de récupération en point bas et trou d’ouverture pour puiser l’eau. Et la plupart du temps accompagné d’un tube en béton, type conduite, vertical, détournée de sa fonction orginelle afin de servir de récipient de mélange pour la «bouillie», à l’époque le plus souvent du souffre qu’on tentait tant bien que mal de dissoudre dans l’eau et bien sûr de bouillie bordelaise, préparée home made parfois.

Venaculaire1A l’époque, monter les matériaux ici n’était pas simple. Les voitures étaient rares, il y avait encore plus de 80 chevaux à Vingrau, peut-être un TUB, mais je n’en suis pas sûr, alors que le type H venait de sortir. Il gardera le nom vernaculaire de tube, ici, il en roule d’ailleurs encore au moment des vendanges, alors que l’on a oublié de puis longtemps le sens des initiales : Traction Utilitaire Basse… On se prend à réver d’un utilitaire aussi simple et pas cher, conçu aujourd’hui… Je m’éloigne, je m’éloigne… On était fier, à cette époque, de ces jours passés à construire, en s’entraidant, la citerne permettant seule la culture, et l’on mettait alors la date de fabrication pour laisser une marque dans l’univers, luttant ainsi contre l’entropie qui nous transforme tous en atomes, un jour ou l’autre. Bon, je suis pas sur que le raisonnement fut aussi profond, mais la marque est bel et bien là…

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Dans le genre vernaculaire, un double mur, très typique.

Le premier est construit au moment du défrichage de la parcelle. Après plusieurs années et sous l’effet du labour permanent, il faut continuer à sortir les pierres des vignes et, n’ayant aucun moyen de transport sous la main, on les empile sur une deuxième rangée. Souvent, cela permet de voir que la parcelle a changé de main et/ou qu’un savoir faire s’est perdu. En effet, au niveau des murs en pierre sèche, il y avait des bons et des mauvais, comme partout….

doublemur

 

Voilà voilà… Je me demande toujours si ce genre de post est intéressant. Mais bon, je n’ai pas de chai fait par un architecte vedette (il y a désormais des «chais d’architectes» comme il y a des «maisons d’architectes»), pas de château du XVIIIème, alors on fait avec ce qu’on a…

Je me demande si je faisaisun petit film sur mes cabanes de bouseux si B & D le mettraient sur le site, vu qu’ils diffusent maintenant des films de pub, comme celui de Cos d’Estournel, ICI, ode à son propre génie. Comme dit l’autre, il est important de dire du bien de soi même, d’abord parce que sinon personne ne le fera à votre place, ensuite parce qu’on aura vite oublié la source de l’éloge et non l’éloge lui-même. Étonnant que ça ne gratouille personne quand même, ce va et vient désormais permanent entre la pub et le journalisme…

Bon, je dis ça, hein, je dis rien…

Au nord

DFin de semaine à Montréal. Avec joie.

Voyage express, 3 nuits seulement, le décalage horaire va me tordre, je suis prévenu.

J’aime le Québec. J’aime les Québécois. Ils me le rendent bien, en appréciant mes vins et en étant charmant avec moi, toujours. Puisqu’on est dans les compliments, je dois dire que j’ai du respect pour eux et une grande admiration pour leur résistance. Le mur, le grand mur (je vais rater le premier épisode de la saison de Games of Thrones, c’est la vie…), celui contre l’envahisseur anglo-saxon, c’est eux qui le défendent, trouvant pour chaque mot anglais une traduction française, alors que nous en sommes bien incapable, adorateurs des anglicismes que nous sommes.

Ici, il n’y a pas de «Stop» mais des «Arrêts» le long des routes, pas de «World Trade Center», mais un «Centte du commerce mondial», pas de week-end mais des «fin de semaine», les exemples abondent, dont nous ferions bien de nous inspirer.

Vol cauchemardesque à l’aller avec Air France (pourquoi quand il y un problème dans un avion, siège, écran, casque, repas c’est toujours sur moi que ça tombe ?). Vol parfait, au retour, à tout point de vue, toujours avec Air France. Balle au centre.

Dodo au Sofitel, comme d’habitude, où l’on commence d’ailleurs à m’appeler par mon nom et où officie avec brio mon ami Olivier Perret, le chef du restaurant gastronomique Renoir. On se promet à nouveau de faire un jour un diner Clos des Fées ici, mais bon, rien n’est simple, le temps manque…

sofitel

Tenter de s’adapter au fuseau horaire ou pas, voilà la question… Un déplacement aussi cours, c’est une première pour moi, et, alors que j’écris ces lignes, de retour, faut le dire, ça m’a plus bousculé que je ne pensais. Bon, j’ai assuré quand même l’essentiel, le mini-salon, brillant, parfaitement organisé, de notre agent au Québec, dans le cadre du Musée des sciences, spacieux et lumineux. Voici le stand avant l’arrivée de le foule. Dure journée mais à rencontrer des dégustateurs curieux et passionnés, le temps passe vite. Gros succès pour les Sorcières Blanc et Modeste, toujours aussi surprenant. Les Sorcières sont désormais un classique, ici. Incroyable, quand on y pense.

Salon Content d’avoir revu des amis vignerons, Yves, Pascal, bien d’autres, qui venant des Etats-Unis, qui y allant. Toujours les mêmes qui sont sur la route, infatigables. Il n’y a pas de hasard. Ni de chance. Juste du travail. Et des bons vins. On s’est raconté des histoires de vignerons, comme il se doit, partageant des doutes plus que des certitudes.

Demi-journée de flanerie, dans la ville, Coldplay sur les oreilles, qui donne le rythme, le nez au vent, curieux de tout. La ville mute, les building poussent, mélange étrange de passé, de présent et de futur, de nouveau monde et d’ancien, de culture anglaise et française.

Au vol, quelques photos, sans queue ni tête.

Un peu de Yoga illimité, voilà qui me ferait le plus grand bien.

Yoga

La collection DKNY, très sobre, très grise et blanche, très tentente. Mais dans la vigne, le streetwear, c’est pas adapté, trop salissant, déjà. Et puis, faut se faire une raison, il n’y a pas ma taille… Mais c’était chic.

DKNY

Dans le vieux Montréal, on lutte contre le bruit. Il y ici une sorte de pédagogie positive qui me frappe à chaque voyage. Nous devrions nous en inspirer plus souvent.Nuitbruit

 

La publicité aussi est très différente. Elle met souvent en avant le questionnement personnel. Beaucoup d’humour, souvent, aussi, et on se moque volontiers de ses propres travers Nous sommes, dans le domaine de l’auto-dérison ou de la remise en question, très en retard…
QCiti

Dans la presse, en fin d’article, on indique qui a payé les «frais de reportage». On se plait à rêver de la même chose en France, une forme de transparence. Je crains qu’on en soit loin… Dommage.

Volvo

Nouvelle opportunité, déchiqueteur d’archive… Pas bête.

Qcarchive

Partout, des t-shirt «I Love Poutine». Non, il n’y a pas de fan du président Russe mais d’une spécialité culinaire locale que je n’ai encore jamais eu le courage de gouter… Frites, fromage fondu, sauce, un jour, on butte contre ses limites… En savoir plus ICI.

Autre inscription sur un polo, mais celle là n’a pas besoin je crois de commentaires..

Sex

Dernier déjeuner sur le pousse au très créatif café du musée d’art contemporain, avant de filer à l’aéroport. Le chef s’en va ouvrir un bar à vin, il se lâche et c’est très bon. Mignardises rigolote, saucisson au chocolat bien réalisé. Joyeux, coloré, comme le temps, superbe.

Fin du coup de vent. Drôle de métier.

Mignardises

 

 

Miscellanées – En avril

Drôle de temps. Le genre à ne pas se découvrir d’un fil. Dans des deux sens du terme, d’ailleurs. Le temps qu’il fait et le temps que l’on vit.

Celui qu’il fait, en mars, je dirais qu’il fut incroyablement mauvais. Bon, à Pâques, ici, il fait rarement beau, ll faut le dire. La fin de semaine était ventée, dirons-nous, c’est à dire que l’on ne pût sortir tellement il y eu de vent, un vent à décorner les bœufs, en fait. Dans le village, la chose était encore supportable. Mais dès que l’on montait vers le nord, Opoul, ou l’ouest, Embres, c’était insupportable. Lundi, en revanche, avec ces incroyables sautes de temps que le Roussillon affectionne, c’était le rêve. Quoi qu’il en soit, et si l’on s’occupe un tant soit peu de cultiver les choses en général et la vigne en particulier, mars fut glacial. Tous les matins, 2 à 3 ° selon les terroirs, limite gelée blanche, alors que que la météo des chaînes de TV nationales annonçaient 8°. Je sais pas où ils les trouvaient, ces 8°, peut-être sur la plage, au lever du soleil. Pas à Vingrau. Printemps humide, froid, tramontane, ça pousse lentement, quand ça pousse, de nombreuses vignes n’ayant pas débourrées, à peine au stade «bourgeon dans le coton». Le millésime commence à se former.

Sur les terres détrempées, une semaine de vent à 100 km/h, ça vous fait une croûte dure comme du béton et la pauvre Magali, dans certaines parcelles, n’était pas loin j’en ai peur de renoncer, sa charrue glissant sur une terre qui paraissait comme durcie par une cuisson naturelle. C’est le problème de cette argile dont on pourrait faire des pots : les vins sont armés pour 30 ans, quand ils sont vinifiés pour ça, mais les sols, à cultiver, c’est la croix et la bannière. Bon, j’en ai déjà parlé, du labour, je vais pas y revenir.

Semaine à fond. Comme toutes les semaines, en ce moment. La préparation de notre grand événement au Bristol, le 18 mai, bat son plein et il a fallu décider et organiser une foule de choses. Je sais, vouloir « produire » soi même un tel événement est franchement gonflé. Mais je crois qu’on peut le faire. Reçu en début de semaine une invitation pour un autre événement à Paris, le même jour, organisé par Hubert. Le Hubert du vin, pas le uber des taxis… Hubert de Boüard consultant, à la Monnaie de Paris, dans le nouveau restaurant de Guy Savoy… Quarante châteaux, domaines et propriétés derrière lui, sans doute. A ma droite. Organisation et équipe de la mort, moyens illimités. Talent, aussi, bien sûr. Et charme. A ma gauche, un vigneron du trou du cul du monde, avec sa garde rapprochée. Bon, j’ai Éric Fréchon dans mon équipe, faut pas non plus se faire passer pour Cosette en permanence. Et puis quelques idées. Et quelques amis. Un beau «combat» en perspective, plein d’enseignements, je l’espère, quoi qu’il arrive. Et sans doute aussi, le même jour, d’autres dégustations, qui sait. Viendrez vous ? On verra bien.

A Hong-Kong, la dernière fois, j’ai rencontré un homme fascinant, tycoon de l’internet en Chine, qui m’a expliqué le nouveau challenge des grandes marques : le O to O… Le Online to Offline. Ca m’a intéressé. Il n’y a pas de monde virtuel, en réalité, cher lecteur, comme on l’entendait il y a quinze ans, au début de l’aventure internet. Il y a un monde numérique, Online, certes, mais c’est un VRAI monde, où les « marques » ont une vraie vie, de vrais amis, de vrais clients, de vrais ennemis aussi, sans doute. Comment rencontrer ces relations numériques ? Dans la réalité, dans la vraie vie ? Comment leur faire goûter votre vin alors qu’ils ne connaissent parfois que votre marque, votre région, votre AOC ou vous, à travers le web, sur Facebook, sur Twitter, où ou sur je ne sais quelle application au nom exotique, voir inconnu, qui regroupe des communautés de plusieurs dizaines ou centaines de millions d’utilisateurs ? Qui sont ces milles et quelques personnes qui me suivent (me suivent, quel mot étrange, à tant de sens…) sur Twitter, truc dont je ne sais même pas me servir ? Tiens, et mes je ne sais combien « d’amis » sur Facebook ? Les ai-je déjà croisés, sans avoir eu le temps de vraiment les connaître ? Vont-ils ou elles me demander une invitation pour le Bristol ? Ou vont elle se contenter de lire, parfois ? Vont-elles, un jour, m’acheter une bouteille, à moi, à un caviste, dans un restaurant ? Qu’il est difficile de comprendre le monde dans lequel nous vivons, en si rapide mutation. Qu’il est passionnant, aussi, ce monde. Que de possibles n’ouvre t’il pour un petit domaine tel que nous… Toilettage de fichiers, invitations, clients, membres de la « communauté Clos des Fées », tous, j’espère, ont été désormais invités. Uniquement sur Paris Région Parisienne ; par peur de déranger, trop souvent, nos clients, sans doute fais je en vexer certains ? Les premières réponses rapides, tout le monde semble trouver cela « courageux » et « enthousiasmant ». Wait and see.

A  Bordeaux, la semaine des frimeurs est terminée. Ce n’est pas une faute de frappe mais un bon mot que l’on m’a rapporté et qui m’a fait sourire. Il fallait y penser. Je n’y suis pas allé cette année, j’ai avoué publiquement que cela m’avait manqué, fort honnêtement je crois, alors que je peux bien me moquer un peu des faiblesses du genre humain en général et des vignerons en particulier. Si tous ceux qui ont participé avaient acheté une caisse de cru classé, la pénurie serait proche, mais bon, on va attendre les notes, la tendance. Dès quelles seront sorties, les vignerons noteront à leur tour, dans l’intimité bien sûr, les journalistes : bonne note, il goûte bien. Mauvaise note, il goûte comme un pied (je reste poli, dans la vraie vie, c’est un peu plus cru…). Puis un autre millésime viendra. Un pronostic en passant, cette année, on redécouvrirait les 2007 que ça ne m’étonnerait pas. Je vais me pencher sur la question, mais mon long nez me dit que c’est le vin à ouvrir en ce moment pour ceux qui en ont, à rechercher sur la place pour ceux qui n’en ont pas. Grand respect pour Jacques Dupont, qui a labouré le ban et l’arrière ban de la campagne bordelaise pour s’occuper de tous ces « Bordeaux d’en Bas » qui, pourtant, correspondent si bien à ce que l’honnête homme recherche. On trouvera ICI ses dix billets sur sa semaine primeurs, en tout point remarquables, au point que j’eusse été fier de les écrire et que certains seront honteux de ne pas l’avoir fait. Ah, pour finir avec le sujet Bordeaux, je vous conseille de vous abonner à la charmante lettre de mon jardin de mon vieil ami Jean-Cristophe Estève (ICI). Il vend du vin, son fils aussi, avec constance et honnêteté. Sa lettre, régulière comme un métronome, parle de son jardin, des plantes et du ciel et de vignerons qui sont, comme moi, dans la réalité et le quotidien, dans tout ce que ces mots ont de noble et beau. Il me fait penser à Alphonse Karr, grand journaliste, auteur et jardinier injustement oublié. Grand aphorisme, aussi. Tiens, je vais émaner cette semaine de voyage de ses maximes, ça changera de Spinoza, hein. Commençons, si vous le voulez bien.

«Chaque homme a trois caractères : celui qu’il a, celui qu’il montre et celui qu’il croit montrer»

ou

“L’on passe la première partie de sa vie à espérer la seconde, la seconde à regretter la première”.

ou encore :

«La vérité est le nom que les plus forts donnent à leur opinion».

Il eut pendant des années un commerce de fleur à Nice, où je vécus moi-même quelque temps des jours heureux, ce qui me le fit le connaître. Lui aussi écrivit de très jolies «lettres de mon jardin» ce qui me fait penser à lui ce matin. Je me souviens d’un passage charmant, une charmante histoire de pauvres s’appropriant en imagination le jardin du Luxembourg et celui des Tuileries, et où l’héritage de l’un fut la fin de son bonheur et de leur amitié. J’essaierai de retrouver le passage.

Ce lundi, c’est le moment, quand on est pauvre, ou économe, ou rusé comme un renard ou encore très con, (vous choisirez) de faire croire aux enfants que les cloches avaient du retard cette année : les chocolats sont soldés à -50 % chez Carrefour, et ailleurs, j’imagine. C’est un peu comme fêter Noël et le 31 à la mi- janvier, c’est moins drôle, mais qu’est ce que c’est moins cher… En parlant de Carrefour, vu une nouveauté au rayon jambon. J’ai beaucoup d’empathie avec les chefs de produit marketing des grandes marques de charcuterie, parce que ça doit pas être un job facile, créatif dans le jambon. Louisa, grande gourmande et fine gueule, m’avait signalé le nouveau « grandes tranches » de Fleury-Michon, au packaging orné d’un beau macaron « savoir faire charcutier Français ». Et bien contre toute attente, ce jambon, les amis, il est fort bon. Je vous le conseille.

C’est vraiment n’importe quoi, ce billet hebdo, hein. Quoi d’autre ? J’ai du mal à finir le dernier Fred Vargas (pour la première fois…), je suis saturé du dernier album de Cristine and the Queen, mais c’est sans doute parce que je l’avais acheté à la sortie, et plein d’autres choses, encore, bien sûr, mais ça va faire trop long. Troplong. Putain, déjà un an que Christine est morte. Chienne de vie.

Le temps long ou la plantation pour d’autres

J’ai dû écrire sur le temps, non ? J’ai un vague souvenir… Faudrait que je recherche. En même temps, si je recherche, je vais trouver et je ne vais pas écrire. Dilemme. Bref, le temps long, je pensais encore à lui en regardant l’équipe du Clos des Fées planter un petit hectare de Grenache blanc sur nos terres noires d’Espira. Désolé sur la photo, c’est noir sur noir, vu le temps pourri de ce mois de Mars ici…

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Une plantation de plus. On les fait nous même, désormais, las de courir après des planteurs médiocres qui ne pensent qu’au rendement, étant payés au pied planté. Là, on a pris le temp de tracer, droit, ce qui n’est pas facile à cause d’une butte et d’une foultidude de pointes. Mais on n’est jamais si bien servi que par soi-même, disait ma grand-mère, et dans la vigne comme dans le vie, il n’y a rien à jeter dans ces vieux proverbes. Las de voir nos filins bouger avec le vent, on a fabriqué nos chaînes, ce qui nous permet de bien les tendre sur les cailloux et de planter sur les marques. Là, tous les 90cm. On aime bien les vignes alignées… Et puis au moins on met les bourgeons face tramontane, comme le faisaient les anciens, ce qui est loin d’être un détail…

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Combien de vignes vais je encore planter ? Pourquoi planter encore ? Le vigneron est pris dans une multitude de “temps” (enfin, la plupart du temps, il est dans l’urgence), mais aujourd’hui il faut bien me rendre à l’évidence : vu mon âge et à moins que la science fasse des progrès considérables au niveau nano-molécules réparatrices ou régénération des organes avec des cellules souches, je ne verrai pas cette vigne dans la force de l’âge, c’est à dire dans trente ans. Pour autant, je continue à faire comme si…  Vanité ? Inconscience ? Chacun ira de son commentaire, s’il le souhaite, pour ma part, à dire vrai, je crois que c’est dans ma nature d’aimer le travail bien fait, de les faire «dans les règles de l’art» et, croyez moi, cette vigne aura été plantée en ce sens : Défonçage soigné pour éviter le court noué, broyage de cailloux dans une petite lune pour éviter des zones infertiles, fumier de bergerie composté, et bien sûr, essentiel chez nous, des arrosages les deux premières années, parce que sinon, déjà qu’il n’y a rien à manger, si en plus il n’y a rien à boire…

plantation2014:3Bon, c’est fini, ça a quand pris beaucoup de temps, mais cet investissement dans les détails, croyez moi, on le récupère pendant soixante ans. Ou plus. Quelqu’un, un jour, me remerciera t’il, silencieusement, en vendangeant cette vigne, alors que je ne serai que poussière et oubli ? J’en doute, mais qui sait, après tout. La vigne est replantée, sa voisine Maccabéo, appartenant au domaine des Mathouans, semble soulagée d’avoir un nouveau jeune et beau voisin…

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Itinéraires

Sur le World Wine Web, les débats vont et viennent.

Ici les vins «nature», qui voudraient bien un cadre, déjà attaqué alors qu’il n’est même pas né, par les «demi-nature», les «vivants», les «bio sans soufre», les «sans-soufre» tout court, pas toujours bio, dont certains (ou les vilains !) sont si filtrés qu’il semblent botoxés, voire même flash-pasteurisés, excellente méthode pour éviter les intrants, soit dit au passage, donnant d’étonnants résultats gustatifs. Mais pas très nature, apparemment, du moins pas assez, puisque certains, désormais, déjà “nus”, non contents de refuser toute chimie refusent aussi la physique, dont le froid, j’imagine. On est pas loin du concept si amusant des Dupéré-Barérra, le fameux NOWAT où l’on refuse l’énergie électrique. Au final, on fera du vin en plein air, dans des poteries, puis dans des cavités de roches naturelles, dans des aven calcaire en formation, sous des dais de peaux de bêtes, en frappant des silex pour cuire sa soupe de poireaux de vignes. On sera ainsi vraiment naturel… Sans moi.

Pendant ce temps, les «bio» tout simples, eux qui étaient si à la mode, à la pointe, sont désormais à la ramasse sur le plan commercial, du moins quand ils n’ont que ça comme argument. Déjà presque embourgeoisés par rapport à leurs membres les plus en pointe, plus connus ou partis plus tôt, leur marché saturé, les voilà réduits à pétitionner, par peur d’être amenés à des «déconversions économiques». Se convertir. Se déconvertir Peut-être le mot «convertir» était-il sans doute un peu fort, lorsque la motivation n’était que mercantile, non ? Voici venu le temps, bien étrange, de l’apostasie viticole. C’est le progrès, ça ?

Époque bizarre quoiqu’il en soit, désolé pour cette longue introduction, où le vigneron doit choisir et affirmer son «itinéraire technique», qu’il soit conventionnel, bio, bio-d, raisonné, raisonné extrême, terra-vitis ou autre label privé, durable, ou je ne sais quoi. Il faut un label. Des tables de la Loi. Une voie. Il faut choisir. Et, bien souvent commencer sans une dégustation. Bonjour, je suis le domaine Truc ou le Château Machin, en «ceci» ou en «cela». Ah bon, on commence par là ? Les convictions avant le produit ?

C’est grave, docteur, si on VEUT pas d’itinéraire ? D’un schéma «clés en mains» bien formaté ? D’un nouveau cahier des charges et de nouvelles procédures de contrôle, réalisées par les nouveaux maitres du monde, membres de l’Administration, qu’elle soit subie ou choisie (le comble de la perversion…) ? Ai-je encore simplement le droit de choisir, tout seul, comme un grand, ce qui me convient le mieux, quand cela me convient le mieux ?

Je pensais à ça ce matin, en faisant le tour de mes vignes. Le moment est grave, celui de démarrer le travail de la terre. Au même moment, chose sans doute assez incompréhensible pour beaucoup, je vais :

– labourer la grande majorité de mes vignes, en hiver, histoire de décompacter un peu les sols , butter légèrement le rang pour que l’intercep puisse avoir quelque chose à se mettre sous la dent puis les ouvrir à la douceur du printemps. Tiens, c’est enfin sec après ce printemps vraiment humide ici et, sous une tramontane à décorner les bœufs, Tomek décavaillonne un Carignan, le dernier greffé sur place à Vingrau;

Capture d’écran 2015-04-04 à 22.02.57- Sur quatre hectares, plus ou moins, Magalie et ses deux chevaux ont terminé le débardage en montagne et viennent humer l’air de Vingrau. La voici au travail, avec Ylang, en train de trébucher dans ces maudits cailloux, dans les vignes où le chevillard ne passe pas. Oh, ne vous méprennez pas, si je pouvais passer, je choisirais le tracteur, tant c’est dur, pénible. Les passionnés de traction animales sont rares (sur le terrain, parce que sur le papier, ils abondent..), qu’elle soit remerciée et surtout qu’elle ne casse rien, sur les roches mère affeurantes, qui brise les passe-partout. Elle monte après à la Préceptorie, puis au Soula, je crois.

Magalicdf- Pendant, ce temps, à la Chique, une rampe de désherbage, réglée au petit point, a désherbé une petite bande de de 20 cm au niveau du rang, je labourerai le reste, ce qu’on appelle l’inter-rang. C’est pas que je veux pas vous mettre de photo, mais bon, c’était une nuit, et j’ai pas eu le courage de me lever, pour une fois qu’il n’y avait pas de vent, la première nuit blanche de la saison pour l’équipe de vignes.

– Enfin sur 6 ou 7 hectares, où je n’ai pas trouvé soit la solution technique, soit les hommes (qui veut encore piocher ? Même les terroristes ne sont plus condamnés aux travaux forcés…), soit l’argent, je vais désherber en totalité, à la machine à dos. Essentiellement parce que les vignes sont trop vieilles, trop biscornues, où que les parcelles ne sont pas accessibles ou trop petites et trop entourées de murs. Et que je ne peux me résigner à les arracher. Pour l’essentiel, curieusement, c’est là que je fais les grenache blancs.

Quatre itinéraires, à l’opposé les uns des autres. Mais à chaque fois, une réflexion, une progression, pour faire avant tout de meilleurs vins, le plus sain possible. Tiens, ça me fait penser qu’il faut que je fasse analyser les 2013 et que je publie les analyses, comme chaque année, au niveau des pesticides. J’ai peu d’inquiétude.

Bref, le labour, j’adore, comme tout bon paysan qui se respecte. Ouvrir la terre, juste un peu, sans tout bouger, bien sûr, c’est un truc primordial, ancestral. L’odeur, ah, l’odeur de la terre fraîchement labourée. La texture, différente sur chaque secteur, voir sur chaque parcelle. Les oiseaux qui se précipitent dans les sillons pour croquer vers et insectes. Même quand le ciel est gris, quelle joie.

On a failli être dans les clous cette année, mais avec les ponts de Mai, on va reperdre l’avance. Sacré métier.

Deux photos, parmi d’autres, dire que certains croient encore qu’il fait toujours beau ici…

Labour.Sarrat

Labour.cabernet

Trouver le temps d’écrire

Voilà la question. Écrire ou ne pas écrire. Bien sûr. C’est ma faute, aussi. Je fais trop de choses. Et je veux toujours les faire trop bien. Je pourrais me contenter de chroniquer mon quotidien, en fait. J’ai pris conscience de ça grâce à un de mes lecteurs de l’autre bout du monde, lors de mon dernier voyage en Asie. Expatrié avec sa famille, énorme poste dans l’informatique (c’est pour qu’il se reconnaisse, tout en respectant son anonymat), il m’a avoué avoir été influencé par mon style et écrire désormais, sans doute dans l’avion parce qu’il saute d’un pays à l’autre, le récit de son quotidien qu’il envoie à ses proches, ses amis, ses connaissances. Curieux de voir le résultat, il m’abonna à ses récits et, je l’avoue, il y a quelque chose de passionnant dans son quotidien où l’on parle rencontre formelle en Corée, gastronomie quotidienne, vie scolaire ou vacances de neige. Devrais-je faire pareil ? Cela me tente, je l’avoue, les sujets de fond demandant du temps, temps qui en ce moment me file entre les doigts comme un poignée de sable.

Trois semaines de passées depuis mon dernier billet, au bas mot. Je n’ai pas raconté mon super diner à la Carambole, à Strasbourg, où plus de cinquante passionnés de vins avaient répondu présent. J’adore, quand la typologie du restaurant le permet, faire avant le diner un «Atelier», où, un verre à la main,  je parle de tout et de rien, sans contrainte et sans but, avec un seul thème, la passion. Ce fut le cas, ce soir là et le diner qui suivit fut magnifique, avec un pigeon au foie gras d’anthologie. Un de mes voisins de table, incognito, tient un blog remarquable, découvert par la suite, il y décrit avec beaucoup de vérité ce moment. ICI. Un vrai talent, c’est à lire, et je pense que je m’y suis abonné. On voit bien comment certains particuliers ont une vision intéressante sur le monde du vin, parce que nouvelle, unique et personnelle. Un véritable “angle” journalistique, comme certains l’ont perdu.

Un pigeon au foie gras, nous en avions partagé un extra, en croûte, fait par Monsieur Fréchon au Bristol. Mooosieur Fréchon, hein, à la Raimu, quand on goute un truc pareil. Nous étions au Bristol, donc, pour un déjeuner de printemps autour d’une grande petite Arvine merveilleusement choisie par Marco Pelletier, le sommelier (c’est bien, quand même lorsqu’on peut se “remettre” entre les mains d’un sommelier, en toute confiance) pour finaliser les détails de notre grande manifestation du lundi 18 mai où nous vous recevrons pour un «primeurs et rosés faubourg saint honoré», une idée folle qui nous réjouit : présenter tous nos vins, les grands, les petits, les nouveaux, les anciens dans le grand salon Castellane, juste pour nous. Pas sur nos fichiers ? Envie être invité ? Faudrait vous bouger et nous donner votre email, ICI.

Belle dégustation au château Haut-Bergey dimanche, avec notre distributeur bordelais, le passionné et passionnant Éric Clerc qui a compris que contrairement à la légende urbaine, on aimait boire de temps en temps autre chose que du Bordeaux à Bordeaux. Le grand show (cirque ?) Bordelais vient de se terminer, il est inutile d’y revenir, je pense, tout a été dit sur le blog de François Mauss et ailleurs, blog que je vous conseille fortement si vous aimez le vin. François est un honnête homme, son influence sur le monde du vin aura été plus grande que certains ne le croient, lui en particulier, et s’il n’était pas là, la vie du buveur serait fade. C’est ICI. J’y ai encore dit ce que je pensais sur les excès du système des primeurs (et non sur le système lui même), ne pouvant décidément fermer ma gueule, et sur la complicité passive (ou pas…) de certains journalistes. Mes notes dans les guides ne vont pas augmenter, ça au moins, c’est sûr….On y verra, bien sûr, entre les lignes, une grande nostalgie, comme celle que peut avoir un ancien fumeur devant l’odeur d’un bon cigare. Pour un journaliste – je l’ai été – vivre une semaine dans les délices de Capoue, totalement déconnecté de la réalité, allant de châteaux en palaces, traité comme une star, gonflé d’une importance bien loin de sa réalité, dans un monde totalement factice, tout cela est merveilleux et il serait mensonge de nier que cela me manque (encore que me faire cirer les pompes par des hypocrites, non). Mais il faut choisir son camp, camarade, et je l’ai choisi. Cela ne m’empêche pas de goûter, d’y garder des amis, de respecter des vignerons (qui sont aussi parfois châtelain mais pas que), de garder une passion pour Saint-Émilion comme je l’ai pour Châteauneuf. Qui aime bien châtie bien, dit-on. Pas de conseil d’achat, cette année, donc ? Non. Ah, oui, je me battrai pour trouver une caisse de Carmes Haut-Brion, un vin “SPLENDIDE” comme pourrait le dire le Mask, parfaite illustration de la grandeur du Cabernet-Franc, et de l’amour que je lui porte. Bravo au propriétaire, cinglé comme je les aime et son chai bateau démentiel, qui démode pour le coup bien des projets pourtant récents. Ayant su s’entourer du meilleur, il fait du bon ET du vrai, ce qui est plus facile à faire qu’à dire… Tiens, j’ai fait une photo. En réalité, c’est plus petit et merveilleusement intégré dans le parc. Ca change du château d’eau des concurrents, tout proches…

Pour le reste, je lirai entre les lignes les critiques de Bernard Burtschy, dans le figaro, pour avoir gouté de nombreuses années à ces côtés, je sais qu’il goute bien (lisez comme moi ;-). Le monde Bordelais est aujourd’hui plus que jamais un monde de castes, et les quelques naïfs qui ont cru qu’il pourraient se faire aussi gros que le bœuf sont en train de se voir présenter l’addition (pourront ils payer, c’est une autre histoire…) : il restera, comme en formule un, au sommet, quelques écuries historiques (les premiers et quelques super seconds) avec dans la même cour mais pas les mêmes règles, quand même, on est à Bordeaux, une vingtaine de néo-vignerons-milliardaires qui s’amusent beaucoup à se construire des jouets formidables, le tout en échappant à l’ISF., considérés comme des parvenus par les Bordelais dits “de souche” qui, dans leur dos, balancent grave. Rien ne change depuis 1855, ça non plus. Il faut bien s’amuser comme on peut, mais, entre les deux, il sera dans les années qui viennent bien difficile d’exister à bordeaux, sauf à avoir des clients fidèles en direct. Heureusement que j’ai mon blog, qui ne coûte rien et me permet de garder ma liberté de pensée.

Entre temps, j’ai des doutes, comme d’habitude, on manque de Sorcières blanc alors qu’on a même pas présenté le vin (vive le Vermentino), je construis un chai, les vignes poussent dans un sol détrempé tandis que le mois de Mars est l’un des plus pluvieux, froid et venteux dont je me souvienne, je pars au Québec bientôt et je fais un gigot pour Pâques. On va en garder un peu pour la suite, si le format vous plait. Faut que je trouve mes marques, raconter tout et surtout rien n’est pas chose facile. Merci, au fait, Pierre.

S’adapter, toujours

Voilà des mois que nous travaillons avec Rivesaltes Robotic pour mettre au point ce nouveau service et c’est avec enthousiasme que sommes heureux de vous annoncer que désormais, dans tout le département 66, la livraison des vins se fera par drone (6 bouteilles seulement pour l’instant)

Nous espérons développer peu à peu ce service à d’autres départements. On n’arrête pas le progrès, décidément.

Une photo de la première livraison, au départ du chai, ce matin !  Yes, on l’a fait !

Drone

 

Une application IOS et Androïd vous permettra de suivre en temps réel la préparation de votre caisse de Clos des Fées et son itinéraire jusqu’à chez vous sur Google Map ou Google Earth (processeur quad core requis) et de suivre, en vidéo, depuis la GoPro HD embarquée, le chemin vu du ciel entre le Clos des Fées et votre jardin ou terrasse. Inoubliable !

Sans oublier l’option audio avec diffusion simultanée d’une play liste adaptée, dont, bien sûr, en tête le fameux “I believe I can fly”, Vangelis et quelques bonnes surprises en format APE sans perte de qualité. Au final, à la demande de Noé et pour faire bisquer la concurrence, on passera «Tirlimpimpon sur le Chihuahua», de notre grand ami prématurément disparu Carlos, pour montrer que quand on a pas d’argent, faut avoir des idées et surtout ne pas trop se prendre au sérieux !

Audio et vidéo sont bien sur utilisables dès maintenant avec les Google Glass, l’application Clos des Fées by Air ® est compatible avec l’Apple Watch avant même sa sortie. Mais l’expérience ultime est à tenter avec les lunettes de réalité virtuelle où l’on ne peut être que stupéfait par la sensation d’immersion totale, transformant l’achat d’un vin du Roussillon en «expérience globale». On se dit, vraiment, que Dali, génie catalan, aurait aimé et seul, aurait pu prendre toute la mesure de cet évènement et, bien sûr, le commenter.

L’essai en temps réel, ici avec le modèle Samsung VR Gear, mais cela fonctionne aussi parfaitement avec la technologie Gardboard de Google. 

Capture d’écran 2015-04-01 à 11.52.15

 

Merci à toute l’équipe qui a rendu possible cette première dans le monde du vin ! Banzaï  !

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