Time Together

Année précoce. Enfin c’est ce qu’on nous dit. Les experts me l’affirment, même, dans de longs mails énervés qui m’expliquent que les statistiques «ne mentent pas» et qu’il faut me préparer. Parce que Saint-Chinian est en avance. On croit rêver que des «professionnels de la plante » croient encore que le Languedoc-Roussillon est une vaste mer homogène…

De toute façon, pas de chance, pour une fois, j’ai prévu de prendre quelques jours en Août plutôt qu’en Juillet. C’est grave, docteur ? Suis-je inconscient à ce point ? J’en doute quand je fais le tour des vignes qui ne semblent décidément peu pressées de vérer. Ah, la véraison, ce moment clé de la vie de la plante, quand le grain se transforme fondamentalement, passant en quelque sorte de l’état de feuille à l’état de fruit. Ce moment m’a toujours semblé magique. Je le vois un peu comme un changement de sexe. La vigne serait «homme» jusqu’à la véraison, puis «femme» et commencerait à engendrer. Non, je n’ai pas trop bu, rien fumé, aucun champignon, juste des pensées, certes étranges, en regardant mes vignes pousser. Ca me semble autrement plus crédible que les crétineries bio-cosmiques…

Je deviens de plus en plus ours, en vieillissant, j’en ai peur. Philosophe de comptoir, orienté Diogène, heureux en petit comité, mal à l’aise dans des assemblées où il y a trop de visages nouveaux, même s’ils sont accueillants. Ainsi va la vie du vigneron, j’en ai peur, destiné à se rapprocher d’un bout de bois ou d’un morceau de rocher en allant vers la mort. Voilà un beau roman, n’est il pas ? Un vigneron qui devient vigneronne, donne la vie puis se transforme en rocher… Ca c’est fort… Marc Levy, tu peux le faire ! Ca devient zarbi, ce billet, non ? Bon, de toute façon, un roman, je n’en écrirai jamais, il faut bien se rendre à l’évidence. Je sais maintenant pourquoi, grâce à JLB qui m’a orienté vers les enregistrements sonores du cours sur le Roman de Roland Barthes, au collège de France, en 1978. Sans doute parce que nous parlions de ce fameux «milieu du chemin de la vie», là où l’homme se sépare, parfois mais pas toujours, de son sentiment naturel d’immortalité pour se sentir mortel et donc pressé. «L’homme a deux vies, la deuxième commence le jour où il se rend compte qu’il n’en a qu’une», ce proverbe illustre bien ce passage. Barthes aussi, remarquablement, lui qui, bêtement, se fera tuer, deux ans après son cours, renversé par une camionnette de livraison… En attendant, en remplaçant son «vouloir écrire» par «vouloir faire du vin», on comprend mieux combien «la force désirante» du «vouloir vinifier» peut être forte chez certains, voire s’identifier au fantasme, qui du coup, gomme les difficultés de la chose. Ceux qui font me comprendront.

Dans ce cours, que de choses importantes, qui me parlent. Comprendre que comme lui je n’écrirai jamais, handicapé par un déficit de mémoire, ingrédient primordial de l’exercice. Comme lui, si j’habitais sur le «fleuve mémoire», mon village s’appellerait «brume sur mémoire» tant il m’est difficile de me souvenir de la plupart des choses. Le roman m’est donc impossible, sauf à le baser sur une seule «mémoire transactionnelle», celle que le vigneron a pour des lieux, des moments, des douleurs ou des joies. En faisant le tour des vignes avec Serge, qui est à mes côtés depuis si longtemps, nous évoquions cette année plus que d’autres les «débuts», ces moments où nous n’avions rien ou si peu, telle parcelle mangée, telle autre magnifique, tel camion bleu, la Renault 6 des début ou mon rêve de motoculteur… Tout cela ne fait pas un roman… Pourquoi tant de nostalgie, de micro-bulles de mémoire au milieu d’une brume permanente ? Sans doute parce que le moment de quitter le garage approche et que la joie se mêle à une certaine angoisse…

Dans mon trou de Hobbit, blotti dans mon garage, je fais des vins que j’aime depuis bientôt quinze ans.

maison

C’était le concept de départ, celui que je conseille à tous les néo-vignerons : faire des vins que l’on aime, au moins, pour au moins les boire avec plaisir si on ne les vend pas… La nouvelle cave est très simple, pas de saut technologique, juste quelques améliorations, mais je sens bien qu’une page va se tourner. Les dès sont jetés, on ne peut plus reculer. Alors… Dans son cours, Barthes, bloqué entre Guerre et Paix et la Recherche, qu’il sait ne pouvoir jamais égaler, évoque le Roman «qu’il aurait pu écrire», fait de parcelles de mémoire notés au jour le jour. Ah. Roland Barthes a inventé le blog, mes amis, c’est comme une évidence. Mon blog serait-il alors une sorte de roman déstructuré ? J’aime bien ce gars, même si je ne comprend pas tous les mots qu’il emploie. Faudra que je creuse. Déjà, son livre «la mort de l’auteur» m’a toujours semblé tout à fait applicable dans le monde du vin. Il suffit de changer le mot «auteur» par le mot «vigneron» et tout fait sens. Je vous conseille le résumé de Wipédia, ICI (descendre à «œuvre»), vous ne pouvez que tomber d’accord avec moi. Le vigneron doit céder sa place au buveur, dès le vin en bouteille. Le buveur est le seul «lecteur» valable et l’avis du vigneron ne vaut plus rien. Je suis clairement un vigneron post-structuraliste ! Qui rêve de faire un vin qui fait simplement s’exclamer au buveur : «oui, c’est ça ! » et rien d’autre. Et surtout qui soit tout sauf «dans la moyenne». A la fin du si compliqué, c’est si simple… Tiens, en écrivant je pense à quelques vignerons de mes amis…

La vendange 2015 approche, prête à quitter le stade de fantasme pour entrer dans la réalité. Notre pinot noir resplendit, parfaitement heureux de vivre dans un sud à la Nino Ferrer. Comment vais je le prendre ? Je n’en ai aucune idée, à vrai dire, mais il me tarde d’en goûter les baies. il y en aura si peu qu’il faudra avertir des vendangeurs de ne point en manger. Saviez vous que j’avais planté du Pinot ? Non ? C’est bien. Il n’existe pas encore, peut-être en ai-je en revanche trouvé le nom, fort étrange. Mais il me faut le garder secret. Dans toutes la magies du monde, me dit encore fort justement Barthes, on ne nomme rien à l’avance, car nommer un fantasme, c’est le détruire un peu alors même qu’il n’est pas incarné. Laissons le temps faire son ouvrage.

Un mois de Juillet bien pensif. Bon, au niveau musique, retour aux fondamentaux. Le nouveau service d’Apple ne m’a pas convaincu, je vais rester fidèle à Spotify. J’y ai redécouvert Michael Franks et en particulier «Time Together», parfait pour l’été, doux et spicy. D’autres titres à me proposer ? Les commentaires sont ouverts…

 

 

Miscellanées – En Juillet

Hier, j’ai découvert qu’on pouvait m’écrire sur mon adresse @gmail, ce que font, depuis des mois, des lecteurs abonnés à mon blog, sans que je n’en sache rien. Ouahhh. Ca m’a fait un bien….

Alors j’ai remonté le temps, trouvé quelques mots, quelques phrases, de longs textes, des «merci», des «bravo», des «accrochez-vous», des «pas trop grave?» des «meilleurs vœux et même des «bon anniversaire», bref que du bon, du beau, du gentil. Alors, bien sûr ça m’a donné envie d’écrire un peu, ce que je ne fais pas uniquement par manque de temps, croyez-le, tant, souvent, l’envie me tenaille de vous raconter quelques tranches de vie de vignerons. Et de bonnes tranches.

J’ai essayé de répondre, du coup, hier, un peu, mais j’en ai sans doute raté, oublié, pas assez remercié. Je le fais ici, alors, si vous le voulez bien, en vous proposant d’écouter ce titre de Tvärvägen que j’adore et qui reflète à la particule quantique près mon état d’esprit en ce moment même. Ca s’appelle «Everything That Can Be Invented» (vous devez bien voir un service de streaming, maintenant, j’imagine, sinon, voilà le lien vers Itunes, auquel je ne comprends plus rien tant c’est devenu une usine à gaz …). Il a y des notes simples et pures, des silences, de la joie et de l’émotion, du non-dit et de l’allégresse, tout ce que j’espère arriver à mettre dans mon vin cette année. Car les vendanges approchent. La preuve, les raisins grossissent…

GrenacheJuin2015

En juillet, le vigneron sensible regarde les signes. Il voudrait tant savoir ce qui l’attend, bientôt; en même temps, il adore, il faut le savoir, être obligé par la nature à avancer au jour le jour. Il y a deux jours inutiles dans l’année, dit le Dalai Lama, comme je le mettais sur mon Facebook il y a peu : hier et demain… Plus facile à dire qu’à faire dans sa vie. Mais la vigne vous l’apprend. Aucun scénario ne tient vraiment, chaque jour peut obliger à tout changer, tout peut être grandi ou anéanti en quelques heures. Et puisque nous n’y pouvons rien changer, vivons, les amis, vivons…

Les signes, le vigneron attentif les note, sans savoir, toujours, ce qu’ils signifient. Peu de coquelicots mais des cigales par millions. Peu de mouches, mais des guêpes maçonnes qui tentent de s’accrocher au moindre trou, même celui d’un portail en métal brûlant et qui m’ont fait part de leur courroux à coup de dard. Peu de drosophiles japonaises sur les cerises (ouf) mais abondance rarement vue de mouches dans les oliviers. Des melons délicieux, depuis le début, mais pas une année de tomates, en tout cas ici, peu et pas formidables pour l’instant. Année tardive, sèche puis pluvieuse et froide, puis chaude, mais moins qu’ailleurs, plus ici d’un style 2005 que 2003, grâce au vent, toujours, qui un jour nous cause les pires maux, puis, quelques jours plus tard, s’avère notre meilleur allié, selon qu’il vienne de la montagne ou de la mer. Les signes, ce sont aussi les maladies, bien sûr. Un oîdium bien maitrisé, pour qui a su travailler et croire au souffre poudre au lieu de céder aux sirènes de la chimie simpliste, un mildiou en embuscade, qui, à la moindre pluie, va être sans pitié, comme le montrent des signes de ce genre…

Mildiou

C’est l’époque où beaucoup se relâchent, croyant que le plus dur est passé. Que nenni… Le vigneron, comme tout le monde, il voudrait vivre en théorie. Parce qu’en théorie, tout se passe bien… Mais il vit en pratique et la pratique, le bon sens, c’est l’attention quotidienne.

Bon, même si on reste à l’affût, il faut bien avouer que jusqu’ici, tout va plutôt bien. On a lutté pour attacher avant les trois semaines de forte Tramontane à Pentecôte, la floraison s’est super bien déroulée, même sur les Grenache, ce qui est rare deux années de suite, il y a du raisin mais pas trop et sur à peu près toutes les parcelles et tous les cépages. Une bonne pluie, il y a trois semaines, a permis de finir la floraison et de faire grossir les grains. Pas partout, cependant, et en discutant avec mes confrères, on voit que certains villages, pourtant proches, ont eu 35 mm et d’autres 14. Un carrefour important pour comprendre, dans des années, la qualité de certains vins et pas d’autres. A quoi ça tient, quand même… La grêle nous a frôlé, mais évité, et, après tout, qu’on l’évite de 200 mètres ou de 100 kilomètres, cela revient au même, sauf sur la place, le soir, pour animer les conversations. Mes vignes sont belles, exceptionnellement vertes pour l’époque, sans aucune feuille jaune à la base, qui seraient signe d’un début de stress hydrique, qui viendra bien assez tôt, indispensable à la formation des polyphénols de grande garde, enfin je le crois. On les laboure toujours, de plus en plus doucement, légèrement, pour installer cette petite couche de terre meuble, qui passionnait les anciens et qui va limiter l’évapo-transpiration du sol, avec un travail à la piquette derrière. 14 personnes dans la vigne, tous les jours, pour faire cela et finir les attachages. Quand on aime, on compte pas. Et je l’aime ce Roussillon où il fait beau quand il fait mauvais ailleurs et qui, quand 51 départements sont rouges vifs sur les cartes météo, en alerte canicule, se fait encore remarquer par un 28/32° tout à fait de saison… Chez nous, les vignes sont d’un vert magnifique, continuent même de pousser ce qui est rare à cette époque et qui montre qu’elles ont toute l’eau qu’il leur faut. Les mauvaises herbes aussi, si belles quand elles poussent ainsi en bouquet, autour d’un vieux cep de Grenache noir. Quand la nature se fait fleuriste, rien ne l’égale.

bordeline

Remarqué, tiens, je me suis fait encore, hier, où, à une réunion en vue de Vinisud 2016, j’ai dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas : idiots que l’on est de passer annuel et de ne pas intégrer le salon des vins bio, idiots de vouloir imiter les Allemand et leur Pro-Wein au lieu de jouer avec nos armes, idiots «d’inviter» la Californie ou Bordeaux comme si on avait encore besoin du Cabernet pour vendre du Carignan et du Grenache, idiots de ne pas mettre le paquet pour fêter l’unification formidable avec nos compagnons du Sud-Ouest, idiots de ne pas inviter, avec les honneurs, le Maghreb qui résiste, fait du vin et en boit.  Rien ne change, on reste des lions dirigés par des ânes, transformés en moutons, sans leader couillu, sans vision, sans idées. Je parle de la viticulture, hein, mais j’ai bien peur que vous ayez pensé à la France. Ainsi va la vie. On verra bien. Je ne vais pas vous raconter les détails, ça gâcherait ma zennitude du matin. Quoi d’autre ? J’ai acheté un nouveau utilitaire, un berlingo je crois, c’est vous dire combien ça me passionne. Mais bon, c’est fait… J’ai une super adresse, au fait, où l’on achète au meilleur prix sans discussion de marchand de tapis. On parle de canicule, ailleurs. Chez nous, bof. Mais ça va peut-être arriver. Disons, que le chaud, l’été, ici, on connait et, d’ailleurs, le gobelet est parfaitement adapté, par sa taille courte, à l’économie d’eau, contrairement à la  guyot. On évoque déjà  dans les médias, 1947, tiens, aussi. Ah, 1947, millésime du siècle à Bordeaux, qui fait roucouler tous ceux et ceusses qui en ont bu, même 70 ans après. Ca me fait toujours marrer quand les Bordelais se gargarisent d’un millésime du siècle, tout ça parce qu’ils ont un climat typiquement méditerranéen. Ainsi va la vie et l’inertie reste la plus grande force de l’univers, comme le disait Einstein. Au fait, je souhaite un 1947 à tous les vignerons de France. Moi, je vois (et j’aimerais bien…) plutôt un 1959… Oui, ça ça me plairait un 1959. Voyons voir…

Pour l’instant, millésime du siècle ou pas, ce bébé tourterelle, qui vient de naître et dont la maman s’est envolée devant mes pas, est blotti dans son nid au milieu de mes vignes. Sa vie commence, il piaille, vite, laissons le tranquille… (vous voilà rassuré, non, je ne gobe pas les bébés tourterelles vivants, il ne fait pas croire tout ce qu’on dit sur moi!)

tourterelle

Pas de temps pour écrire, parce que je construis. Un stockage, une petite cave. Un truc carré, en bardage, sobre à l’intérieur mais coquet, j’espère, à l’intérieur. Et plein de bonnes idées, enfin je crois. Mon Cos d’Estournel à moi, je vais le laisser à la charge de la génération suivante.. Moi, je vais juste faire pratique, gris, chic et qui devrait nous permettre de travailler les détails, là où est le diable… J’ai choisi la couleur des murs, hier, comment vous dire ? Aubergine mi-mûre ? Hum, maintenant, j’ai un doute. Fais sortir le grand coloriste qui sommeille en toi, petit scarabée, fais toi confiance… Avec du vert «Lucques» en demi-maturité, dans le chai à barrique (de poupée, hein, le chai…). Curieux de savoir à quoi ça va ressembler. Mais ça m’occupe. A la réunion de chantier, passionnante, virile, intense, je me suis dit que voilià un truc que j’avais loupé : les réunions de chantier… Oh, toi, vigneron, que tu sois jeune ou le sois moins, si tu penses un jour construire, pense, si ton voisin, ton ami le fait, à aller le voir lors de ses réunions de chantier. Tu te fais petite souris, tu ne dis rien et tu écoutes. Si je l’avais fait, que n’aurais je acquis comme expérience, que d’erreurs évitées, que de coûts diminués, que de solutions trouvées, que d’expériences partagées, que de temps gagné.

Sur ce bon conseil que personne ne suivra, allons…

 

 

Vinexpo, instantanés

 

Retour sur Vinexpo, pour deux rendez-vous importants et retour à la maison car le vent et le ciel bleu commencent à me manquer…

On court dans les allées, on se sourie, on se salue, on s’embrasse, c’est bon de revoir de vieux amis. Une génération de «Tycoon» du vin dépasse désormais les 80 ans et je me dis que, peut-être, c’est la dernière année que je les vois. Je les ai connus alors que je démarrai, il y a tant d’années, ils me semblent avoir gardé une énergie intacte, font toujours des projets comme s’ils étaient immortels, leur passion me semble même pour certains encore plus vive, plus aiguisée. Ils ont parfois même plus de »visions».

Le temps passe. 56 ans déjà, le Bizeul. Aurai je dans trente ans la lucidité et l’énergie d’un Pierre Castel ? Dans 25 le regard d’acier d’un Bernard Magrez ? La tenacité d’un Georges Dubœuf ? La patience infinie d’un Marcel Guigal ? Ce blog, un jour aura t’il quarante ans ? Et moi 85 ? J’en doute… En même temps, j’écris ces lignes un 18 juin. Et le 18 juin 1940, De Gaulle avait… 50 ans. Il en a fait des choses, après. Ca me remonte chaque année le moral.

Hier, en finissant de poser le palissage sur la plantation de l’année, je me suis dit que cette vigne là, et bien je serai mort depuis longtemps quand elle sera dans la force de l’âge. Sans doute celui qui la vendangera alors ne saura t’il même pas qui, un jour, l’a plantée… Le temps long, toujours le temps, qui rythme plus que toute autre chose la vie du vigneron. Les sentences de cadran solaire sont là pour nous rappeler la fugacité de notre vie et sa fragilité. Et bien sur je pense à Christophe Delorme, vigneron ami, qui, à la Mordorée, fut fauché il y a quelques jours par une crise cardiaque, à 52 ans. La mélancolie m’envahit, comment faire autrement ?

Je repense aux dictons que l’on trouve sur les cadrans solaires…

Vitae Fugit, la vie s’enfuit, alors que nous ne la voyons pas couler.

Vulnerant Ommes Ultima Necat, toutes les heures blessent, la dernière tue.

Mais aussi, Vivere Memento, souviens toi de vivre; et bien sûr Vita in motu, La vie est dans le mouvement.

Je m’imagine, un jour, enfin, sur un banc, devant ma maison, laisser le soleil chauffer mes vieux os, laissant enfin parler la part de Hobbit qui est en moi..

Bon, c’est pas tout ça, mais à Vinexpo, où tout le monde donnait au final l’impression de faire d’excellentes affaires, je vous ai pris quelques photos dans les allées, avant de filer, mardi. C’est terminé, et, ce soir, le «vigneron» Bouygues donne à Montrose une petite fête de la fleur à sans doute pas loin de 3 millions d’euros le pince fesse. Ca devrait être bien. On me permettra de pas approuver et de penser que le vin ce n’est ni le luxe, ni un ring où des milliardaires enrichis ailleurs viennent se mesurer la taille de leur… ego/portefeuille/réussite/(mot libre).

Je sais, on va dire que je suis jaloux et envieux, à critiquer comme ça. Pour ma part, je trouve tout simplement cela indécent, pour ne pas dire ridicule, et quelque soit ma «réussite» actuelle, je rêve de faire griller des côtelettes dans mon cazot, de vous proposer un transat dans le petit bois de chêne pour la sieste, voire une un grand jamboree (réjouissances bruyantes et beuveries ;-) à la belle étoile, avec tente militaire, vaches à eau, douche en plein air, feu de camp, four tahitien ou veau cuit dans la terre, et guitare classique autour du feu. Chacun sa conception du luxe. Le tuxedo au Clos des Fées, ce n’est pour cette génération…

Ah, oui, les photos…

Au petit déjeuner, proposition de sardines à l’huile. Première fois pour moi, excellente idée car super indice glycémique, énergie et pas faim garantie pour la matinée…

Vinexpo.sardines Une carafe connectée qui purifie l’air puis le ré-injecte dans le vin à la seconde près, selon les instructions du vigneron qui la dirige à distance depuis son smartphone. Euh, ils avaient l’air sympa, je vais pas en rajouter…Vinexpo.carafe

Le gros jouet des Bordelais pour promouvoir le vin va bientôt ouvrir. Quand on sait que 100 millions de Chinois voudraient voyager mais n’ont pas de passeport, on se dit pourquoi pas. Mais j’attends de voir.Vinexpo.cité

Superbe habillage sur un stand italien espagnol (merci pour les mails de correction…), celui qui m’a le plus attiré. Chapeau bas. Chic et porteur de sens.

Vinexpo.bigbottle

Record de poids pour cette bouteille de vin Chinois, au moins deux kilos vide, faut deux sommeliers pour la décanter. A l’intérieur, faut encore bosser. Tous ces vins sont édulcorés entre 5 et 10 grammes/litre, comme tous les vins industriels qui cartonnent dans le monde. Je leur laisse mais n’y voit rien à redire.
Vinexpo.chinois

Trois très bons vins grecs. C’est bien de dire un peu de bien de la Grèce en ce moment. C’est fait. Les vins grecs sont excellents. Et puis ce sont les seuls où c’est inutile de demander les cépages parce qu’on retient jamais les noms… Mais c’est très bon, des blancs frais et différents, des rouges charnus et aromatiques. A creuser. Vinexpo.grec

C’est la première fois que je bois une bouteille marqué 000002. En même temps, on s’en fout. Mais c’est mon blog, alors je mets les photos que je veux. C’est débile, mais ça m’a fait plaisir. Le cerveau humain, quand même. Et le cerveau humain masculin, n’en parlons pas…Vinexpo.002

Un stand de vignerons sous un label bio-d. Comme quoi, jour fleur ou jour fruit, cosmos ou pas, faut mouiller le maillot pour vendre.
Vinexpo.byo La RVF en Chinois. J’ai essayé de lire, rien que chinoiseries pour débutant, dans ce que j’en ai compris. Saluons les efforts des Français pour évangéliser le monde.Vinexpo.rvf

Je ne suis pas sûr que cette image respecte la loi Evin, même modifiée par Monsieur Macron. Mais c”était juste jolie (bien qu’un peu maigre), alors… Et puis c’est une bonne fin pour ce billet qui commençait un peu tristounet. Retrouver le goût de la vie. Le cerveau masculin, quand même…

Vinexpo.guépiere

 

 

 

 

Ce matin, c’est proverbe Africain

Aphorismes, dictons, proverbes, j’ai toujours été fasciné par la capacité de certaines phrases à vous faire, en un instant, voir la vie ou les choses d’une autre façon.

Le dernier en date, je le dois au directeur de la cave de Buzet, brillant, lors d’un très bel exposé sur leur engagement RSE, un truc dont on n’a pas fini de parler, la fameuse «Responsabilité Sociale et Environnementale ». Je pensais à lui, lundi, à Vinexpo, en regardant mes amis vignerons tous réunis au Saint-James, à Bouliac, dans un cadre magnifique, pour un petit «Off» simple et élégant, sans message cosmique ni combat social, juste le plaisir d’être ensemble et de partager notre passion, ce qui nous réunit et aussi ce qui nous rend unique, sans chapelle ni leçon de vie ni de morale.

« Seul, on va plus vite. A plusieurs, on va plus loin.» (Proverbe Africain)

Au moment de l’apéritif, après une journée intense et un débriefing vigoureux, une flûte d’un merveilleux champagne Jacquesson «Dégorgement Tardif», une grosse crevette en tempura à la main, je l’avoue, j’étais content de moi, ce qui m’arrive rarement. Arriver à réunir ensemble quatorze domaines du Roussillon et sept vignerons amis, dans un lieu magnifique, pour une journée efficace et joyeuse, cela m’a rempli de joie. Le jardin m’a paru plus beau, ma vie plus intense, plus brillante.

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Donner une bonne image de ma région, de mon appellation, défendre ensemble une marque collective, le Roussillon, voilà qui me donne l’impression d’être meilleur. Après le hold-up des producteurs de vins médiocres sur le système des AOC et le nivellement par le bas qui est à l’œuvre dans le vin comme ailleurs, il nous faut revenir aux fondamentaux, nous dire que l’appellation est notre bien le plus précieux, mettre les chariots en rond et se préparer à l’attaque des peaux-rouges – les marques mondiales et les faux signes de qualité et d’origine – s’entraider, montrer un seul visage sans céder aux sirènes du dieu multiface (c’est pour ceux qui regardent la saison 5 de Games of Thrones, qui a démarré mollement mais là, ouahhh..). Et surtout nous demander ce que nous pouvons faire pour le groupe, pour l’AOP et non ce qu’elle peut faire pour nous…

Nous étions donc 14 du Roussillon et 7 d’un peu partout, groupe de saltimbanques heureux à la Charles Trénet, soit liés par un terroir, soit liés par une passion et une éthique. Dans l’écrin proposé par Jean Nouvel, formidable mémoire d’une époque qui assumait les partis pris et les choix esthétiques tranchés, je crois que nous étions bien et que cela se sentait.

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Le troisième «Roussillon and Friends» réunissait cette année :

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Avec en plus le merveilleux, l’unique Patrick Beaudoin dont le Coteaux du Layon «Maria Juby» 1997 a, tard dans la nuit, terminé merveilleusement cette belle journée. Aparté : Quand on pense ce que certains journalistes ont dit comme conneries sur ce vin, on se dit qu’il y a des baffes qui se perdent… Fin de l’aparté.

Merci à tous ceux qui me suivent dans ces rêves et permettent d’en faire des réalités. Et à bientôt pour de nouvelles aventures !

Il faut sauver le soldat Vinexpo

Départ pour Bordeaux.

Petite – mais coquette – dégustation avec quelques amis vignerons à Bouliac, sur les hauteurs de la ville. L’occasion, la veille, de trainer un peu sur ce salon mythique.

Prendre de la hauteur, justement, dans l’analyse des choses, voilà un exercice difficile. J’ai la critique facile, question de gènes, sans doute, voire la dent dure, parfois, parait-il. Est ce bien mon rôle de commenter le salon ? De tenter de l’inscrire dans l’histoire, longue, qui me lie à lui ? Mon premier Vinexpo, c”était je crois en 1983. Je faisais mon service militaire. J’avais pris une permission pour passer le concours du Meilleur Sommelier de France. Serge Dubs gagna, je finis second, un exploit quand on y pense tant j’étais jeune. Il fit la carrière que l’on connait, le battre (cela s’est joué d’un cheveu) aurait été une mauvaise chose, pour lui, comme pour moi, car je ne méritais pas ce titre et lui, oui.

On a peine imaginer, en voyant Vinexpo aujourd’hui, ce qu’était Vinexpo alors : le centre du monde… Babel… The place to be. Les marques rivalisaient de puissance, les allées étaient impratiquables tant il y a avait de visiteurs, venus du monde entier. Ce fut longtemps comme ça. A l’évidence, ça ne l’est plus. Bien sûr, je suis chagrin diront certains, jaloux diront les autres. Ce n’est pas le débat, croyez moi. Le salon a changé, un peu triste, un hall entier fermé. On y croise encore du beau monde. On y fait des affaires, n’en doutons pas. Mais le monde a basculé, clairement, d’abord vers l’Asie ce qui semble normal, ensuite vers Prowein, ce qui semble plus mystérieux. Plus prosaïquement, internet est passé par là et le contact avec ses clients est désormais permanent, d’un clic, tandis que prendre l’avion est devenu banal, le trafic aérien ayant été multiplié par dix en trente ans, sans parler de la baisse des coûts, bien sûr. Ce genre de salon doit être réinventé. Mais par quel bout le prendre ? Je ne voudrais pas être à la place de ceux qui sont chargés de la chose. Pourtant, je me sens solidaire, ne voulant pas participer au Bordeaux Bashing ambiant. Vinexpo est un trésor national, tous les vignerons sont concernés, il serait stupide de ne pas en prendre consience, même ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Pas certain que tous le comprennent…

Un tour bizarre du salon vous tente ? Une sorte de cabinet de curiosité, sans vraiment de fil directeur ? Avec plaisir.

A l’entrée, les imprimantes font de beaux badges, très rapides si vous vous êtes enregistré. J’aime bien les imprimantes. C’est comme ça. Alors photo.

vinexpo.imprimante

Je me suis inscrit, pour rigoler un peu comme «blogger». Mon site a été examiné soigneusement par un comité de sélection (ou une stagiaire, je l’ignore) et j’ai été «accrédité». Longtemps journaliste ici, je me dis que comme eux, je vais avoir accès à la salle de presse, me voir offrir un plan du salon et une jolie sacoche. Que nenni. Les jounnalistes, les vrais, à gauche. Les bloggers, à droite. On a quoi ? Du wifi, du café et un sandwich. L’ambiance start-up, mais vraiment start, hein, genre le premier jour dans le garage…Je me sens très Bordeaux tout d’un coup. Très Bordeaux Supérieur, certes, mais Bordeaux quand même, celui qu’on ne mélange pas avec un Cru Cassé. Que pensiez vous, mon brave ? Il y a ici des hiérarchies, visibles ou invisibles, dites ou non dites et, en bon blogger, me voilà averti : je ne serai pas mélangé avec les journalistes, les vrais…. Peu me chaut, comme dirait Berthomeau, je me passerai de plan et j’ai déjà un téléphone qui fait internet…

A moi le salon. Oups, et bien c’est plus ce que c’était. Plus ou presque de stands collectifs de grandes régions françaises où l’on trouvait encore de fort bons vignerons, même les stands des tycoon bordelais, Magrez, Castel, me semblent avoir réduits comme peau de chagrin. Le salon est cher, très cher, long, très long et l’époque est compliquée pour les acteurs locaux, avec trois millésimes qui ne sont guère vendus en primeur.

Bordeaux me semble pris dans une sorte de spirale assez terrifiante dont personne ne semble comprendre les causes. On dirait une scène du «déclin de l’empire américain» où le prêtre raconte qu’un dimanche, les églises étaient pleines et le dimanche suivant, elles étaient vides, situation que le Québec a réellement connu en exagérant un peu. C’est difficile à comprendre, encore plus à expliquer. Les vins sont délicieux, n’ont jamais été aussi bons sans doute de toute l’histoire, longue et riche de la région, et pourtant, beaucoup de consommateurs ne sont plus intéressés.

Je goûte à la va vite deux vins sur le stand de mon ami Jean-Luc Thunevin. Un 2011 et 2012 (décidément, écrire tôt.. Merci FM). Je suis scotché : les vins sont mûrs, soyeux, élégants, les tanins polis, la concentration idéale, le fruit pur et la finale noble et fraîche. Ca, deux «petits» millésimes ? Mais en 1983, on aurait donné sa main gauche pour faire du vin comme ça ! Et dans les années 80, on aurait crié au grand vin !

vinexpo.thunevin

Je pense à l’image des voitures… En 1983, je rêvais devant des BMW 745 ou mieux, des 63( CSI. Ces voitures semblent aujourd’hui monstrueuses… Et dedans, on se dit que notre perception du luxe et de la sécurité a changé dans d’incroyables proportions… C’est pareil pour Bordeaux, mais inversé : cocasse dans tout cela, c’est que ce sont les «petits» millésimes qui aujourd’hui sont les plus délicieux et les plus gratifiants à boire, les grands étant formatés et ennuyeux, compliqués à servir, à conserver, à partager…  Personne ne le dit, ne s’engage, et donc, le buveur, le vrai, n’en a aucune idée. On marche sur la tête… N’importe lequel de ces vins, sous une étiquette Languedoc, serait un immense succès commercial. Si le prix était raisonnable, bien sûr. Peut-être est aussi un des paramètres du problème. Et là, on ne fait que les dévaloriser. Etrange.

J’arpente les allées, serre des mains, l’ambiance n’y est pas, on se bouscule pas mais pour un dimanche, il semble se faire de bonnes affaires. On y croise encore quelques vrais vignerons, comme Eric de Saint-Victor qui me fait gouter son rosé vinifié en amphore de grès, vineux et floral. Ou mes amis des Valentines dont le nez du rosé haut de gamme me bluffe. Plus coloré, plus structuré, vrai vin, il subit lui aussi, comme tant d’autres rosés, la malédiction de la paleur, diktat de l’époque et la fureur des rythme du marché qui ne veut que des rosé de l’année, et encore jusqu’à juin, alors que les vrais rosés ne sont jamais meilleurs qu’avec un millésime de décalage. Leur sac de plage est le «it bag» du salon. J’aime leur enthousiasme et leur créativité.

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On me montre des photos de Julie Gayet, intronisée dans le Jurade de Saint-Emilion la veille. Hum. La dame est belle, il serait faudrait être bête pour le nier, en rouge et blanc, comme nimbée de lumière. Un chirurgien cardiaque qui sauve des vies n’aurait-il pas été plus à sa place ? Un champion de la conscience écologique ? Un gars moins médiatique et plus dévoué à une cause ? Le vin et les people, est-ce bien ce qui va redonner envie de boire du Bordeaux ? Je me retiens de commenter, mais j’ai du mal. J’en veux à François Hollande qui est venu ce matin à Bordeaux inaugurer le salon, en campagne électorale – ne nous leurrons pas – alors qu’il ne comprend rien aux interrogations de la filière vin, des entrepreneurs en général, s’en fout en réalité, tout le monde le sait, et qu’il ne fait aucun effort pour la mettre en valeur (la filière, pas Julie Gayet). Espérons pour Bordeaux qu’on a intronisé l’actrice, qui le mérite sans doute, et non la maitresse du président. Elle aurait dormi à Cheval Blanc. Avec toute l’amitié que j’ai pour ce cru mythique, est ce bien cohérent que la maitresse du président «normal» dorme dans un cru appartenant à Albert Frères et à Bernard Arnaud (oups, merci FM…) ? N’aurait on pas pu lui offrir une chambre d’hôtel «normale» ou la faire coucher dans un cru «normal».

Le soir même, grand raout à Château Margaux, en l’honneur de la presse internationale. Je n’y suis pas invité, et de toute façon, n’y serait pas allé. Question de choix, d’éthique, de cohérence. Notre soirée se terminera autour d’un poulet grillé aux piments à la mode Ging Bao d’anthologie, au Bonheur du Palais, le meilleur restaurant Chinois du monde (enfin pour moi) avec un Altenberg de Bergheim 2005 de l’ami Deiss, sublime, forcément sublime, tant en lui même que sur le plat. Mon dernier repas ? Un truc proche de ça, avec des amis chers, sans smoking, ni salamalecs, avec du bruit, de la passion et de la liberté.

La vie, la vraie.

 

Miscellanées – En juin

Le temps file. Les vendanges, déjà, au bout de l’été, demain…

Comme le chante Michel Fugain, «Je n’aurai pas le temps…». Quelle belle chanson. Il y en eut tant d’autres. En Juin, j’ai donc ré-écouté un peu de Michel Fugain. Nostalgique. Les classiques, bien sûr, ceux de mon enfance mais aussi le chiffon rouge, une grande chanson qui marqua la fin de la sidérurgie française. Il y en a de plus gaies, heureusement, de plus légères. Mais celle là pourrait bien refaire un hit bientôt…

La légèreté, en mai et en juin, on l’a cherché. Trois semaines de temps de Toussaint, un vent permanent, des fenêtres de traitement étroites, au lever ou au coucher du soleil, la nuit, le week-end. Le millésime, en partie, s’est joué cette année fin mai, sur un ou deux poudrages. Ceux qui l’ont fait auront des vignes saines. Pour les autres, ce sera plus compliqué.

Un vendredi, ce fut un peu l’enfer. Démarrage dans la nuit, traitement des oliviers, puis les vignes de la Chique. Sieste, casse-croûte, puis c’est reparti pour une soirée poudrage à Vingrau. On mange un bout de tomme, délicieuse, apporté du Saint-Gothard par un client fidèle, en regardant les tracteurs prêts à partir. On a déjà 12 heures dans la pattes et la journée est loin d’être finie. Pourtant, tout le monde est fier et a envie de se donner à fond. La passion, que voulez vous. L’intime conviction que son travail va participer à l’élaboration d’un grand vin. Ca aide.

Soufre1

Vers 21H, le ballet de tracteurs bat son plein. Le soleil se couche, pas de vent, la poudre bienfaisante se répand sur les vignes, encadrant la floraison. Sur celles du voisin aussi et c’est tant mieux. Je me souviens des anciens qui, bien plus intelligents que nous, se donnaient le mot pour aller traiter le même jour dans le même secteur, démultipliant ainsi l’effet du poudrage, le mutualisant en quelque sorte. En Juin, j’ai appris, tient, un proverbe Africain : »seul, on va plus vite. A plusieurs, on va plus loin». A méditer.

Soufre3

Trois tracteurs, deux véhicules qui précédent, positionnant le soufre sur chacune des parcelles. 130 parcelles sur 25 kilomètres autour de la maison, c’est romantique, mais à l’usage, contraignant. Mais cela compte, sans aucun doute, dans la complexité du vin. Alors… Ah, pour ceux qui savent pas, c’est bio, hein, le soufre. Un peu irritant, c’est rien de le dire, mais au moins, on a pas de mycoses quand on est vigneron… En 6 heures, tout est plié. A minuit, un peu plus d’une tonne de soufre en place, bien collé à la feuille et à la fleur. Rassurés, on va dormir, l’impression du devoir accompli.

Soufre2

En juin, j’ai vu des artistes de l’hélicoptère à béton sur leurs drôles de machine. Vous ai je dit que nous construisons une petite cave et un petit local de stockage ? M’en souviens plus. Enfn, là, bluffé par des pro, par leur tour de main, par leur sens du «touché», tant ils «sentent» la matière en train de sécher, la remouille, passe jusqu’à sentir que le grain est parfait. Chacun son métier. Respect et humilité, Messieurs.

Béton

En juin, la vigne a fleuri et bien fleuri. Il n’y avait pas d’énormes sorties mais la fleur s’est bien passée, homogène, sans coulure ni millerandage. Le potentiel est là, attendons de voir s’il sera exploitable et exploité. C’est le cas aussi à Bordeaux, pour ce que j’en sais, et les vignerons se réjouissent d’avoir enfin là bas, un peu de vin après des années chiches. Ailleurs, je ne sais pas, mais les commentaires sont là pour ça. Chez nous, ce sera peu, comme d’abitude. Mais de source sûre, pas ou peu de Drosophilia Suzukii sur les cerises, trop chaud et trop de vent cette année, et donc, on peut commencer à espérer que cette saloperie soit moins virulente aux vendanges. Osciller entre espoir et réalités climatiques, voilà le quotidien du vigneron. Comme le dit je ne sais plus qui dans «En magnum», on a jamais vu un produit de luxe dépendant de la météo, donc le vin ce n’est pas le luxe». Bien d’accord. C’est très bien, au fait, la nouvelle revue de Bettane + Desseauve, je vous le conseille. Un peu compliqué à trouver en province mais un ton différent et de belles photos. A transformer.

Fleur

 

En juin, j’ai rencontré le champion du monde de sculpture sur fruit. Il m’a fait une aubergine qui a la pêche. Ca m’a fait marrer. Un peu de légèreté, toujours.

Aubergine

En juin, j’ai découvert que Lafarge avait inventé un béton liquide prêt à l’emploi en sac individuel de 30 litres, pour les bidonvilles d’Indonésie. Ca me rendrait bien service pour les murets, monsieur Lafarge. Qui connait ?

En juin, j’ai commencé la biographie de Jung. Il m’a dit que «dans l’acte de création, il y a toujours quelque chose d’imprévisible où je ne peux rien fixer ni prévoir à l’avance». Je me suis dit, tiens, on est deux ! Maintenant, je pourrai dire, Carl Gustav et moi pensons que… Je plaisante. Mes rêves sont bien moins tourmentés. Je me garde «Synchronicité et Paracelsica» pour la plage.

En juin, j’ai appris que d’après une étude américaine, 74 % des parents d’enfants de moins de quatre ans (et à partir de six mois…) laissaient déjà leurs bébés une heure par jour à jouer avec une tablette ou un smartphone. Ca m’a fait froid dans le dos. Comme d’apprendre que dans un concours de robots destinés à “intervenir dans des désastres humanitaires”, un robot Coréen avait gagné en réussissant à ouvrir des portes, fermer des vannes, passer au travers d’un mur, monter des escaliers, bref, faire plein de trucs. Bizarre. Utile ? Si catastrophe nucléaire, parait-il. Dieu nous préserve.

En juin j’ai appris qu’en faisant un régime surdosé en zinc, on voyait son odorat incroyablement boosté. Dommage que je ne fasse plus de concours de sommeliers….

En juin, nous avons fait un diner chez Anne-Sophie Pic au Beau-Rivage Palace et son asperge marinée à l’anis vert, citron de menton, sorbet Verveine-réglisse m’a bouleversé avec un Clos des Fées blanc 2012. J’en fus tout retourné. L’harmonie des mets et des vins, c’est compliqué. Mais quand c’est top, on est sur le toit du monde. Merci à tous, salle, cuisine, hébergement, direction, de nous avoir toujours considéré comme des bons vignerons et traités, dès l’origine, comme des grands. Un palace, c’est ça… Avec celui là, nous aurons toujours un lien d’affection particulière.

asperge

En juin, maintenant en fait, j’ai regardé le ciel devenir menaçant, l’orage gronder, la pluie s’abattre et, me sentant minuscule autant qu’impuissant, j’ai lancé une prière vers des forces mystérieuses et ancestrales : «Seigneur, Dieux Païens, âme de la terre, s’il vous plait, pas de grêle ». Puis j’ai attendu, sachant que, quoiqu’il arrive, je devrai accepter.

Ciel

Bien faire les choses

En arrivant à Vingrau, il y a un peu plus de quinze ans maintenant, j’ai beaucoup parlé avec les vieux vignerons du village. ils m’ont beaucoup appris et apporté, beaucoup se sont éteints depuis ce temps là mais leur souvenir et leurs bienfaits sont en moi. Ceux qui me lisent depuis longtemps savent que j’aime dire que ma philosophie à la vigne, celle que j’essaie d’appliquer, c’est ce que j’appelle la règle des 3V, les Vieux du Village de Vingrau. Pas de croyances mystiques, pas d’idées reçues, de l’observation, de la mobilité, du genre «action/réaction» si vous voyez ce que je veux dire. Pas de grands principes gravés dans le marbre non plus, mais du bon sens, pratique et sain. Et une règle d’or : une bonne vigne voit son maître tous les jours…

Au début, je me demandais pourquoi ils plantaient si peu et si rarement. Le vigneron «de souche», à Vingrau, était individualiste dans l’âme, patron dans ses vignes, seul à assumer ses choix, les risques et les difficultés, seul à en recevoir aussi les mérites, les simples, à la grande époque où la «coopé» fonctionnait, ceux d’une abondante récolte et d’un fort degré. De quoi vivre de son labeur, en somme, libre.

J’ai planté, souvent, parfois beaucoup et maintenant, je peux dire «je sais». Je sais que malgré plus de moyens, plus de mains, plus de matériel et bien, si je veux BIEN planter, bien droit, avec de belles tournières, des vignes qui seront bien enracinées, bien formées, bien nées, et bien je ne dois guère faire plus d’un hectare, voire moins. Bref je sais qu’ils avaient raison.

Bien reposer et préparer les sols, bien raisonner l’amendement, bien aplanir, bien enlever les cailloux, bien tracer en respectant chez nous pentes et devers, préparer les bons plans chez le bon pépiniériste, bien tracer en prenant le le temps de réfléchir voire de recommencer, planter nous même, dans le sens de la Tramontane, bien droit et bien aligné, avoir le temps d’implanter les tuteurs, le palissage, quand il faut le faire. Tout cela prend du temps et de l’amour et il vaut mieux donner beaucoup d’amour à une petite parcelle que la même dose à une grande : la vigne le ressent mieux, plus fort et pour plus longtemps.

Je réfléchissais à cela samedi, en donnant un coup de main à l’arrosage d’un petit bout de grenache blanc planté sur un coteau noir d’Espira. Cinq personnes plus un chauffeur. Deux jours. Décavaillonner à la pioche le tour de chaque jeune pied, enlever l’herbe. Ca ne se voit pas, mais il y a 100 km/h de tramontane…

Espira1

Faire une belle coupe en terre, mettre cinq litres d’eau. Et refermer, ensuite, butter, pour que le vent ne gâche pas le fête, sèche les crevasses faites par l’eau avant que les racines ne les occupent, tuant ainsi le jeune plant.

Espira3

Bien sûr, l’eau n’est pas sur place, il faut aller la chercher à 5 km… A chaque remplissage, on intervertit les piocheurs et les arroseurs. Faut varier les plaisirs. Façon de parler.

Espira2

Ce n’est que le début, bien sûr, il reste encore au moins 100 jours de travail/homme, uniquement cette année, pour arriver à bien faire les choses, dans les règles de l’art, sans excès.

Mais cette vigne, alors, me survivra sans doute, voire survivra à mes fils. Alors….

 

Point de vue, images du monde

 

 


Bon, en regardant les photos envoyées par quelques amis excellents photographes (merci Christian, merci Armand), j’ai un peu l’impression d’être dans une mauvaise pub Ferrero. Bon, il n’y avaiit pas de “Ferrero Rocher”, comme chez l’ambassadeur, mais avouons, boiseries, cristaux aux lustres, c’était classe.

Recevoir, domaine «unique», nos clients et amis au Bristol, dans un immense salon, il fallait l’oser et bien nous l’avons fait. Du coup, grâce à la parfaite organisation (et à la patience…) de toute l’équipe du Bristol, que nous ne remercierons jamais assez, tout s’est VRAIMENT bien passé.

Même le chat de l’hôtel a participé le matin à la mise en place, nous relaxant de nos angoisses avant l’arrivée des premiers dégustateurs.

Un pari osé mais réussi et, enfin, l’occasion de montrer tous nos vins dans des conditions parfaites : place, temps pour expliquer, vins de fruit, de lieux, de temps, primeurs et millésimes anciens, tout était là, et vraiment, merci à tous ceux, nombreux, qui nous ont accompagné dans cet étonnant défi.

On commente ? On commente !

La salle en plein boom, vers 18 heures…

Bristol1

 

Claudine, expliquant et souriant.

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Une chose dont je rêvais lorsque je n’étais pas vigneron : la possibilité pour les professionnels de goûter assis, servis, tranquilles et sans influence.Bristol3

 

Jean-Luc Poujauran coupant du pain (je sais ça manque d’originalité) avec son fils, belle photo Père/Fils. Bienvenue dans le grand bain, Jules !Bristol4

 

Xavier Thuret qui nous avait apporté un Baragnaude de derrière les fagots qui, à température de la pièce et avec le pain de Jean-Luc, faisait avec notre Muscat un mariage inoubliable. Deux jeunes sommeliers juste à côté dont j’ai oublié le nom ;-). Je plaisante, Marco, je plaisante !Bristol5Une journée incroyable, vraiment, il y aura un avant et un après.

Et, au fait, désolé pour le titre, j’ai pas résisté…

P.S.: pour ceux qui sont abonnés à ce blog et n’étaient pas invités, je rappelle que les fichiers sont totalement étanches et que pour être tenu au courant des dégustations à Paris ou ailleurs, il faut nous autoriser à vous écrire de temps en temps en nous confiant votre adresse mail ICI.

 

 

10 ans, ça se fête, non ?

Et oui, dix ans… Le premier billet de ce blog, c’était le 4 Mai 2005. J’étais à New-York, j’avais trainé dans Central Park, entre deux visites de clients. Je croyais avoir «ouvert le marché Américain». J’en souris, quand je me revois si naïf…

J’écrivais peu, plus court. Je cherchais un style, une voie, une envie. «Pourquoi bloguer dans un contexte d’affaires ? », C’était le titre d’un livre Québécois que j’avais acheté par hasard, à l’époque, à Montréal, pour tenter de comprendre le phénomène qui démarrait, surtout chez les ados, un peu en politique, très fort déjà en cuisine. Dix blogueurs exposaient une de leur motivation. Il y avait, j’ai vérifié : «pour influencer; pour vendre; pour informer; pour apprendre; pour se définir; pour réseauter; pour être vu; pour communiquer; pour provoquer; pour se souvenir ».

Pour »se souvenir» et «pour informer» m’avaient décidé. Je m’étais dit, bien sûr que «pour communiquer» et pour «se définir» n’était pas idiot. Pour «vendre», ce n’était pas le but et ne l’est toujours pas. Sans doute ai-je un peu aussi «provoqué» et je l’espère, un peu aussi «influencé», d’autres vignerons, des jeunes, des buveurs de changer de quelques degrés leur angle de boisson… Il manquait je pense pour être parfait «pour transmettre”. C’est étrange car je pense que cela résume bien pourquoi j’écris. Pour laisser une trace, à mes enfants, de ce qu’était la vie d’un vigneron dans les années 2000, alors qu’on venait d’inventer Internet, ou le monde se métissait, où l’on pouvait voyager librement pour rien, où tant de choses étaient différentes, sans doute, s’ils lisent un jour ce blog dans cinquante ans.

Tout cela n’était pas prévu, bien sûr, ni que cela dure si longtemps, ni que cela parte un peu dans tous les sens, mêlant la danse disco à Nietzsche, l’illumination par les crêpes à l’art de l’assemblage, le wine-mapping et la cuisine vietnamienne, les journaux de vendanges aux récits de voyages, le tout saupoudré d’une grivoiserie dont j’ai parfois honte. Il n’était pas prévu non plus que de 308 visiteurs (pas uniques, bien sûr) en Mai 2005 (mes premières statistiques) on passe à plus de… 40 000 tous les mois aujourd’hui ce qui me semble colossal et bien loin de la réalité. Mais bon, ce qu’il faut retenir c’est que vous êtes nombreux, c’est sûr. Surtout quand j’écris, en fait.

Positif, ces dix ans avec vous ?Bien sûr. Si vous lisez mon blog, je peux presque à coup sûr lire la bienveillance sur votre visage, lors d’une rencontre dans le monde réel, même si nous ne nous sommes jamais vus. Un point négatif, une critique ? Jamais de commentaires, ou presque, mais bon, en même temps, je n’aurais pas le temps de répondre. Alors, même si je me sens un peu seul parfois, je continue.

Le blog est un format si particulier. Surtout le blog professionnel. On doit s’y dévoiler, souvent plus qu’on ne le voudrait ou qu’on ne le croit. C’est là la grande différence avec le journaliste professionnel où, au contraire, on doit ne rien dire de soi. Enfin, en théorie. L’autre, bien sûr, c’est la taille : ici, on est libre, de faire long, souvent trop. Ou très court. Ou rien, quand on a pas envie. C’est bien comme ça, je ne force jamais.

Allez, qu’est ce qu’on se souhaite ? Dix ans de plus, voire vingt et, bien sûr, à la fin, mon admission à l’Académie Française (ça t’aurait fait tant plaisir, Maman, hein, mais je crois que c’est mort…), pour le Panthéon, on verra.

Merci.

De la réussite

« Rire souvent et beaucoup, mériter le respect des gens intelligents et l’affection des enfants, gagner l’estime des critiques honnêtes et endurer les trahisons de ceux qui ne sont pas de vrais amis, apprécier la beauté, trouver ce qu’il a de mieux dans les autres, laisser derrière soi un monde un peu meilleur, par un bel enfant, un jardin fleuri, ou une condition sociale un peu moins dure, savoir qu’une vie seulement a respiré plus facilement, grâce à vous : voilà ce qu’est la réussite.»
Anthony Robbins

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