Réalité (dure)

Week-end à Arles.

Une fois par an, je prends donc la pilule rouge et je plonge dans la vraie vie, loin de la «matrice». C’est un choix difficile. La pratique ne l’est pas moins.

Pourquoi me faire du mal, me direz vous ? Pourquoi ne pas rester paisiblement dans mon cocon d’apprenti grand cru, ne voir que ceux qui me connaissent et qui m’aiment ? Pourquoi aller dans le froid, dans le vaste monde ? Par peur de perdre tout contact avec la réalité, sans doute, comme je l’ai vu chez certains vignerons. Parce que je trouve ça sain, pour un producteur, de se confronter à ses confrères à armes égales. Pour s’étalonner, aussi, pour voir si, comme aux tous débuts, le vin que je fais peut provoquer une émotion, une vraie émotion, celle qui déclenche un choix entre CETTE bouteille ou un autre plaisir dans la vie. Et donc un achat.

Samedi matin, donc, gymmnase à la sortie d’Arles, on a «installé» le stand et nous attendons que des amateurs s’arrêtent… Ce genre de salon n’a pas fini de m’étonner. Pourtant, une majorité de vignerons «font des salons», du plus prestigieux au plus modeste. Tous ceux en tous cas qui ne sont pas nés le cul dans la graisse (dans une AOP prestigieuse) ou une cuillère en argent dans la bouche (dans un château construit – et surtout payé – par les générations précédentes) ou enfin dans une région bénie par le tourisme, où l’on vend tout localement. Des salons organisés par des villes, par des clubs d’amateurs, par des associations autres, comme ici le Lion’s club d’Arles qui se sert des bénéfices pour ses œuvres.

Bien des vignerons français donc, qui passent les nuits de leur week-end sur les routes (quand le Muscadet descend à Arles ou quand le Roussillon monte à Quimper), dans un lieu souvent mal chauffé, à tenter de convaincre que son vin est bon. Puis-je ici leur exprimer mon admiration et mon respect ? Certes, cela forme la jeunesse, au départ. Mais passé un certain âge, arriver à trouver le courage et l’énergie pour faire 10, 20, 30 salons par an, voire plus pour certains, voilà qui bluffe.

Il faut dire que ce type de salon est formidablement formateur… Je pense à mes enfants, pour qui ce serait un merveilleux apprentissage de la vie. Se déplacer, apprécier les risques de la choses, un peu de boulot physique pour décharger les cartons, de l’architecture (hum…) pour le montage et l’organisation du stand, du marketing, de la vente, de la com, il y a tout ce qu’il faut savoir faire pour réussir dans ce métier, et bien sûr le principal, avoir du bon vin à proposer, avant toute chose.

Je repense à un chapitre du libre de Nassim Nicholas Taleb, antifragile, où il décrit le petit commerçant oriental, installé dans son souk, comme le degré le plus élevé d’humanité : à la fois concurrent et confrère, dans un environnement multi-culturel et multi-langues, il doit arriver à choisir, présenter et vendre sa marchandise en étant obligé en même temps de ne pas détruire l’éco-système auquel il participe. Un chapitre d’une grande intelligence. On y est en plein dedans et, si certains rigolent en ce moment même en voyant le ridicule de mon stand, j’y vois pour ma part toute la noblesse de mon métier d’artisan.

Arles 2015Entre deux clients, on discute bien sûr entre vignerons, on traine en regardant les bonnes (et les moins bonnes…) idées de chacun. Chaque région a ses archétypes, du cep de vigne verni pour le Beaujolais aux chapeaux rond des Bretons qui en jouent avec gourmandise. On voit bien qui est plus «commerçant» que l’autre, qui a testé à la dure de bonnes accroches esthétiques, qui est un professionnel du salon, qui semble, à l’opposé, être là par hasard, un peu comme nous, la première fois, il y a trois ans.

Alors, c’est fini, non, puisqu’on est mardi ?  Etait ce un bon salon ? Oui, que voulez vous, je suis optimiste et j’aime voir la bouteille, toujours à moitié pleine, et que certains points, c’était un bon salon, la priorité étant encore et toujours d’être dans le réel. D’abord, magnifique diner le samedi soir à la Maison de Bournissac, avec une vingtaine de fan du Domaine, de ses vins, du blog ou des trois. Christian s’est surpassé et la salade Wakamé et Saint-Jacques, jus et râpé de Bergamote a fait un mariage explosif avec les Sorcières Blanc, le premier millésime que nous commençons à vendre. Et ne parlons pas du Sémillon, le Clos des Fées blanc qui a fait un match de boxe poids lourds avec le gâteau de topinambours, artichaut, fois gras et truffes, crème à la fève de Tonka. J’arrête là, se serait du sadisme. Je suis en forme, malgré la fatigue de la journée et je parle, de tout et de rien, un peu trop sans doute. Mais un beau repas.

Sur le salon, il y a eu de tout. Dans la colonne de gauche, où l’on listera le mauvais, des gens étranges, parfois absents, voire désagréables, dont une femme qui n’aima rien, mais alors rien, exprimant très fort ses déceptions successives au point qu’on eut pu la croire téléguidée par un concurrent souhaitant mon entrée en  dépression. Ou ces «dégustateurs» un peu avinés, croisés par pur hasard sur le parking, parlant fort en poussant leur caddy, se moquant justement des prix de mes vins et bien sûr de celui que vous savez, que je mets pourtant un point d’honneur, bien sûr, à offrir aussi sur ce style de salon. Le bâton pour me faire battre ? Par certains. Mais le croirez vous où pas, nous avons vendu trois bouteilles de petite Sibérie en deux jours, à des clients qui, sans aucun doute, ne l’avaient pas prévu. Et puis aussi, heureusement, des amoureux de vin, nombreux, gais et curieux, contents de goûter des bon, des grands vins qu’ils en achètent ou pas, des buveurs simples, du quotidien, vivant parfois pour la première fois l’émotion d’un vin qui les frappe, comme une giffle. Tous ces bons souvenirs, mettons les donc dans la colonne de droite, là où il y a tout le bon, et qui fut, heureusement, majoritaire.

Bref, deux jours de vraie vie, celle qui fait du bien, qui remet les pieds sur terre, que je conseille à tous les vignerons qui se croient arrivés, au dessus de la mêlée, au dessus du panier… A vingt-deux heures, après la route, épuisé, je pensais en m’endormant aux chevaliers-vignerons qui étaient encore sur la route, et pour de longues heures.

Messieurs, chapeau. Et à l’année prochaine.

 

Assemblage

Intersection. J’aimais bien ce titre, aussi. L’impression d’être à un carrefour, un truc compliqué, à plus de quatre voies. Genre Place de l’étoile, Paris, les Champs-Élysées dans le dos, onze avenues, onze possibilités, devant soi. Une grande place vide ou presque, un dimanche matin, alors que le jour se lève, comme je l’ai vue un jour, il y a longtemps, sortant de lieux bizarres en compagnie de personnes qui ne l’étaient pas moins.

Voilà, c’est le jour de l’assemblage, de sa magie, de ses dilemmes. Ses possibilités, nombreuses, ses culs de sac aussi. J’aime et je déteste, en même temps. Les possibles se restreignent, brutalement. L’aventure d’un millésime voit sa fin prochaine. Mais sa «magie» me fascine, magie que je n’imaginais pas aussi forte avant de faire du vin. Par talent ou par chance, un mélange tombe juste. Youpi. Mais bon, voilà qu’une goutte, à peine, un ou deux pour cent, peut tout changer et, d’un seul coup, voilà la fausse note, comme une guitare mal accordée. Oui, voilà, assembler, c’est un peu «accorder». Un appui sur le «truss Rod» et le manche devient plus convexe ou concave, puis on règle le vibrato, les harmoniques, tout un métier pour que sa guitare sonne juste et sonne aussi, qui sait, comme VOUS le voulez; histoire, qui sait, de créer un son qui vous est propre…

Nulle honte à l’avouer, dans cette tâche, comme chaque année, je me fais aider. Je définis l’objectif, en fonction des succès commerciaux de l’entreprise au cours de l’année précédente, des idées que j’ai sur l’avenir du monde et de son goût, de l’envie que j’ai de privilégier mon terroir sur mon ego, sans pour autant vouloir m’effacer bien sûr. Encore faut il avoir la matière première, le choix et c’est là que l’on voit vraiment si on a bien ou mal travaillé les années précédentes, si on a «réussi» son vin. Adapter mes ambitions aux capacités de nos vins, voici donc le premier défi de mon accordeur, de mon ami, Athanase Fakorellis. Un œnologue comme je les aime, qui m’a beaucoup appris, avant tout à être libre par rapport à lui, jamais soumis. Un maître. Avec en plus la douceur et le gentillesse des vrais maîtres, ceux qui savent bien que leur seul vrai but doit être que l’élève se libère de leur influence.

Nous voilà donc ensemble, avec Serge, devant une petite foule de bouteilles, à choisir, ici et maintenant, ce que seront les vins du domaine en 2013 pour les grandes cuvées, en 2014 pour les vins de fruit.

Assemblages2015Peu de réglages possibles au niveau des grandes cuvées, à ce stade. Les assemblages ont été faits très tôt, l’année dernière, avant les élevages, j’y tiens, et on est plus là pour prendre le pouls de ce qu’on a fait, à quelques mois de la mise en bouteilles. Les vins ont été sortis de barriques, il reste quelques minuscules réglages possibles avant la mise, au cas où une barrique aurait été décevante. On goûte. Très content des 2013, fier, même, et très confiant sur les 2014, qui commencent leur élevage mais où la prise de bois est très forte en ce moment, rien de plus normal.

Voici sur la table le cœur du problème, les 2014. Toutes les cuves et les lots sont devant nous, l’artiste peut commencer, proposer, sachant qu’il doit tout utiliser, c’est la difficulté, et arriver, avec nous bien sûr, à bien définir les styles des cuvées, en particulier les Sorcières où l’élégance et la buvabilité priment. On goûte tout, ouf, on a ce qu’il faut, parce que c’est quand même le préalable à tous les possibles.

Fako dégaine : on va mettre la C4, la C9, 20 % de ceci, 5 % de cela, 15 % de celle là. C’est le blend primordial, celui, je l’avoue, qu’il me faudrait sans doute des heures et des heures pour définir, pour trouver, sachant que ce n’est d’ailleurs pas sûr que j’y arrive. Miracle ou presque, oui, le vin est construit, souvent du premier coup, mais il reste bien sûr quelques réglages, voire d’autres possibilités, aussi. Du ressenti pur. Du savoir-faire pur. Difficile à acquérir pour un vigneron solitaire car basé sur des centaines d’expériences un peu partout dans le monde. Bravo. Merci. On peaufine, on discute. Certes, je suis le metteur en scène, j’ai le final cut, mais j’écoute et m’imprègne de leurs sensations (il y a Serge, il y a Laure que l’on appelle pour trancher nos désaccords), le tout dans une ambiance gaie, ne vous y trompez pas, voire potache.

Voilà, les jeux sont faits, j’ai décidé. Pourquoi ? Comment ? Rien de bien scientifique, là dedans, juste des sensations, un instinct, plus avec mon cœur et avec mon ventre, j’en ai l’impression, qu’avec mon cerveau. Fier de ce millésime 2014, fier du profil de mes vins, de leur fruit, de leur structure, de, je l’espère, de leur personnalité. Reste encore à ne pas rater les assemblages, les collages, les filtrations douces, le SO2 le plus faible possible, éviter l’écueil des bouchons, de tous les risques qui menacent encore, toutes les épreuves, encore, qu’il faudra surmonter pour, simplement, proposer des bons vins, des vins d’auteurs, des vins de lieu, des vins faits par des humains pour d’autres humains.

Jusque là, tout va bien.

En Arles, chez les Gourmets…

En Arles je serai ce week-end, oyez, oyez, braves gens. Un salon de province, simple et populaire, dans un gymnase, avec de vrais gens qui voudraient boire de vrais vins. Et remplir leur caddy. Ne comptez pas sur moi pour mépriser Zézette.

Que vais je faire là bas ? Rassurez vous je me pose la question chaque année. Me confronter à la réalité, tout simplement, je crois, au monde réel. Ayant aujourd’hui une petite notoriété, je trouve salutaire, deux jours par an, de retourner dans la vraie vie, celle où l’on ne me connait pas, ni moi ni mon vin, où je suis un simple «vin du Roussillon» alors qu’on ne sait pas où le Roussillon se trouve (dans le Vaucluse, les ocres non ? Ah, le péage, sur l’A7 ?) et où certains manquent de s’étrangler quand ils découvrent mes prix de vente. Et pourtant, parfois, emportés par l’émotion, certains, et oui, achètent. Alors je me dis que je ne suis pas «au dessus de quiconque», ce qui m’ennuierait fort et que mes vins déclenchent toujours des émotions.

Oh, ne vous méprenez pas, il y a de bons vignerons dans le plateau du salon. Mais tous n’ont pas eu la chance d’avoir la notoriété du Clos des Fées, font leur travail aussi bien que moi, pas dans le même espace-temps. Et les amateurs, les vrais, les connaisseurs, sont là, aussi, sur ces salons. Et il faut voir leur joie quand ils découvrent un domaine un peu connu, tant ils se sentent aujourd’hui abandonnés par certains «grands crus». On est en train de perdre quelque chose, un lien, c’est sur.

Je serai donc au Salon du Vin à Arles, ce Week-End, je vous y retrouverez avec plaisir si vous passez par là. Tiens, voilà même une invitation… En plus, c’est pour une bonne cause, les œuvres du Lyons club. Et le musée est magnifique, s’il vous manquait une raison de passer.

Salon Arles

Quotidien

Bientôt un mois que je n’ai pas écrit. C’est grave, docteur ? Pourtant, les billets que je pourrais écrire se bousculent dans ma tête. Sur la vigne. Sur le vin. Sur autre chose, aussi, que j’aurais bien envie de partager mais bon, ce blog est déjà assez fourre-tout comme ça. Pourtant, ne croyez pas que j’ai rejoint ma grotte et que j’hiberne. J’ai le physique (les réserves…), l’envie aussi, parfois, mais bon, voilà, dans la vigne, il n’y a pas de temps morts. On travaille, on prépare, on remplace, on taille, bien sûr, on commence à labourer pour ouvrir un peu les sols pendant qu’on soutire, qu’on met en bouteille, déjà, qu’on prépare commandes, voyages, événements. On fait des choix, tous les jours. Un peu comme dans la vie, où l’on ne peut revenir en arrière. En plus complexe, en plus intense, en plus vivant. Vinifier, au final, c’est décider – vite, toujours, bien, qui peut le dire ?. Il faudrait que je fasse des billets courts, plus souvent. Je sais. Mais changer, c’est difficile.

Que vous dire ? Je vais bien, tout va bien. Pour un vigneron, ne vous méprenez pas sur le sens de la chose. Il ne s’est rien cassé. Pas d’accident grave non plus chez ses collaborateurs, sorte de grande famille. Des vins qui continuent à quitter son chai. Sa famille roule et il a passé un peu de temps avec ses enfants pendant les vacances d’hiver, voire quelques jours au ski comme j’ai réussi à le faire. Après, on taille, bien sûr, beaucoup en ce moment. Sans moi, cette année : je le regrette tous les jours où il fait beau, pas ceux où le temps est humide et où la Tramontane à 100 km/h veut vous renverser sans cesse et vous glace le sang et les os, sans répit ni la moindre pitié. Je devrais mettre des vidéos de l’équipe, les mauvais jours, pour que le «grand public» se rende compte de la punition que c’est. On va bientôt rentrer dans la gestion de la pénibilité, une nouvelle usine à gaz impossible à mettre en place en agriculture, mais que l’on va quand même imposer alors qu’on veut nous «simplifier» la vie. J’ai vraiment parfois, en temps qu’entrepreneur, l’impression d’être sous la direction d’un pervers narcissique, qu’il s’appelle François Hollande ou Nicolas Sarkozy. Le discours est plein de bonne volonté, on vous caresse dans le sens du poil, on vous dit, pas plus tard qu”au salon de l’agriculture, que vous êtes sympa, méritant, essentiel et vlan, de l’autre main, on vous met une nouvelle contrainte, un nouvel impôt ou taxe, une nouvelle limite, une nouvelle interdiction ou obligation. L’impression d’être une marionnette en chiffon, sans volonté et sans fierté tant j’accepte de choses. L’impression de vivre vraiment, certains jours, sous un «joug» que je sens réellement autour de mon cou, qui m’étrangle et me pèse à la fois, me courbant. J’ai sur le feu une lettre à mon cher premier ministre, du genre à celle que j’avais faites à un ancien ministre, parti faire le beau en Europe, sans qu’il n’ait la moindre idée des conséquences de son passage.. Mais bon, est ce vraiment la raison d’être de ce blog ? Qui a dit : se révolter, c’est rester jeune ? Personne ? Ben alors, voilà, c’est fait. Voilà sans doute le secret de mon apparence juvénile… En ce moment, je suis un peu à fleur de peau, sans doute une nouvelle crise de phobie administrative, et j’ai l’impression que je ne suis pas le seul, la Jacquerie n’est vraiment pas loin…

Bon début d’année, je n’ai pas à me plaindre, les vins plaisent et ça me fait plaisir. Mais mon Dieu comme le monde est devenu complexe ! Un rouble qui descend, un dollar qui monte, un importateur qui vend, un autre qui démarre, rien n’est un long fleuve tranquille dans ce métier. Aussi passionnant, parce que c’est aussi difficile ? J’ai du déjà le dire, non ? Toujours de nouvelles idées, voilà qui me rassure.

Bon, voilà, j’ai repris, je vais tenter de faire des petits billets plus souvent, c’est promis. Tiens, demain, assemblages.

Multiples intentions

Bon, un dernier pour la route ? Avec plaisir, j’espère…

Dernier jour à Singapore. Mais on reste pas sans travailler. On a rencontré quelqu’un qui veut nous présenter quelqu’un, tiens, qui, on le verra, connait justement quelqu’un, très sympa, dont la sœur est la copine d’un copain qui écrit un blog. C’est un peu ça le vin en Asie. On rencontre des gens qui connaissent des gens qui vous présentent des gens. Et tout d’un coup, les affaires prennent un autre ton, une autre couleur, un autre plaisir aussi. Certains le font par amitié, d’autres, à mots à peine couverts, prendraient bien une petite commission. That’s Life.

Lunch léger, me dit Alex, sashimi-tempura. C’est comme demander à un cul de jatte s’il veut marcher… Matin réglé comme à l’armée, douche rapide, « fruit plate », green tee et écriture. Mais bon, en écrivant le billet sur Bizeul reine du disco, je me suis bien marré aussi, faut avouer. Je suis à la place parfaite, au bout du bar du Tenshin, le tempura restaurant du Regent Four Seasons. Autant vous le dire tout de suite, il y a pire comme endroit. (Message personnel : Emmanuelle, Laurent, ne vous faites pas de mal, arrêtez de lire ce billet, s’il vous plait, c’est pas bon, mais alors pas bon du tout pour vous). Au menu, quelques Sashimi divins et qui méritaient bien une photo, et puis des tempura…


Singapore Day8-Fish

On va pas commencer sans une bulle, quand même. Nicola a apporté un truc sympa, un élève de Sélosse qui non content d’avoir appris du maître a un sans aucun doute un grand talent lui aussi. C’est tout simplement top, vineux, gras, mûr et frais.

Singapore Day8-UlysseLe repas commence.

Le chef est formidable. Concentré. Il respire l’humilité. Il est ici et maintenant et fait sans doute pour la cent millième fois des Tempura, mais on a l’impression qu’il les fait pour nous, comme si sa vie en dépendait, tant il est concentré. J’adore cette noblesse de l’artisan, du travailleur manuel, sans doute parce qu’elle entre en résonnance avec le craftman que je suis. Je sais, ça en fait rigoler certains, quand je parle d’humilité. Vous voulez savoir un truc ? Rien à foutre. On commence par le bas d’une tête de crevette tempurée (je ne sais pas si ça se disait, mais maintenant, on va l’utiliser). Tout le monde j’espère sait que la tête est ce qu’il y a de plus raffiné dans la crevette, en particulier dans celles, les meilleures du monde, que l’on trouve sur la côte catalane du sud, vers Bégur, Palamos, chaque zone ayant son goût. Si vous ne le savez pas, continuez à manger des crevettes d’élevage, chacun est libre de faire ses choix.

Singapore Day8-Prawn

C’est délicieux, d’un extrème raffinement, les pattes elles même ayant un gout très subtil, un peu noisette, différent de la tête. Il est temps d’ouvrir un Modeste 2014, le premier ouvert en Asie, dans un beau verre Bourgogne. L’échantillon a été pris avant filtration, on dirait un beau cru de Prieuré-Roch si vous voyez ce que je veux dire. Mais à 8,50 euros. Bon, pour certains, ce sera une bonne nouvelle, pour d’autres moins. Si les Vieilles Vignes ont eu je crois 80/100 chez Decanter, là, je pense qu’on mérite à peine 60… Mais tout le monde prend son pied, et sans complexe. Alors, les notes…

Le gars manque de pâte à tempura. Je me dis qu’il va sortir un bidon. Il me regarde comme si je l’insultais Et oui, en fait, cette vilaine pensée que je viens d’avoir est bien une insulte… La pâte, il l’a faite « al fresquo », à l’instinct pur. Un gloup d’eau, une petite mesure de farine de riz, juste comme ça, en pluie, un peu d’œuf déjà battu. Combien ? Pourquoi ? Parce qu’il le sent, tout simplement. Parce qu’il SAIT le faire. Parce ce qu’il maitrise parfaitement ce qu’il fait depuis tant d’années. Parce qu’il a la MAITRISE de son métier, un SAVOIR FAIRE. Je suis en totale admiration.

Singapore Day9-Chef

J’aime les Japonais pour cela. Et pour bien d’autres choses. L’autre soir, chez Amigo, un de mes clients vivant au Japon me disait justement qu’il était allé dans un restaurant, à Tokyo, impossible à trouver, très secret, où, depuis 40 ans, la même famille, aujourd’hui très âgée, faisait le MEME menu, avec la même passion. Loin du monde de robots où nous vivons aujourd’hui, où tout le monde a les yeux en permanence fixés sur son smartphone…

Bon, j’arrête de vous parler de trucs qui commencent à vous mettre les crocs… De toute façon, c’est fini, j’en peux plus, je le dis au chef qui me dit que de toute façon, pour lui aussi, c’est fini, juste après le riz. Je veux plus rien, merci. Mais non, me tente Alex, goûte le riz… Alex, c’est un peu mon démon culinaire personnel. Mais il sait ce qui est bon. Alors, bien sûr, je cède…

Mama mia… Quel riz… Peut-être la chose la plus délicieuse que j’ai mangé pendant tout le voyage. Sur un riz gluant au sésame, mais un sésame minuscule, grillé, il met des crevettes frites au goût terrible de pop-corn. Une tuerie… C’est ça qu’il faut que je ramène à ma famille, mais bon, ça va être très compliqué, j’en ai peur… Un goutte de sauce soja et la vie est belle…

Singapore Day8-Rice

La journée continue. Parce que tout ça, ça s’écrit pas tout seul, c’est moi qui vous le dis. Faut se dire qu’au moins, on a pas besoin de raconter le voyage quand on rentre… J’aimerais bien avoir une paire de ces grosses baguettes avec le bout en métal. On me dit d’aller à Kappabachi, la prochaine fois que je vais au Japon, un quartier où l’on trouve tout le matériel de cuisine possible. Je n’y manquerai pas. Bon, on finit gentiment un modeste et une Sorcières 2013 et j’apprends que pour notre client, cela évoque Kiki, une gentille sorcière sur son balai, dessin animé super populaire ici dans les années 80 et que les enfants regardent toujours, Kiki’s delevery service. Parfois, le hasard fait bien les choses, quand même. What’s it’s a cool witch !, comme dit le copain de Kiki’s

Dernier évènement du voyage, une dégustation de vin dans une banque. Celle-ci a invité ses gros clients pour un cocktail où elle expose ses prévisions économiques et ses stratégies d’investissement pour 2015.

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Désolé, j’ai signé un accord de confidentialité, donc… Si vous comptiez, en plus, trouver ici des infos pour la gestion de votre PEA, c’est raté. On change juste de Four Season’s. Il y a pire, avec toujours ces magnifiques décorations florales dans l’entrée. J’aime les fleurs, c’est comme ça.

Singapore Day10-Four seasons

Meeting room au dernier étage, vue superbe, Alex a dressé un super buffet, avec un peu de déco, dont un trois litres de petite Sibérie. Quand on a fait de la restauration, il n’y a pas à dire, dans ce métier, ça aide.

Singapore Day10-BuffetJe me concentre pour tenter de comprendre tous les termes techniques, sans grand espoir, et puis c’est à moi. Euh, vous êtes sûr. Je me lance, explique que j’habite au milieu de nulle part, dans un village à moitié abandonné où il n’y a même pas un magasin Hermes, que je suis une sorte de Hobbit sauf que j’ai pas les pieds pelucheux (plush, ça doit avoir un autre sens parce tout le monde se marre…), heureux de vivre comme ça, les pieds calés dans la terre en vivant sa passion et en produisant de vraies choses, ce genre de truc étrange que l’on introduit à l’intérieur d’autres êtres humains pour leur donner du plaisir, j’ai nommé du vin… Et vous comptez grandir ? Non. Bon, j’étais le dernier barrage entre le buffet et les gens, j’ouvre largement les vannes et on peut trinquer. Bon, au bout de deux heures, on a tellement trinqué que personne ne veut plus partir, plus de rouge que de blanc au fait.

Il fait chaud et humide sur Singapore, une sorte de sirocco balaie la ville, il est temps de rentrer, retourner cultiver mon Jardin. Candide vous salue, chers lecteurs.

Beau temps

Bon, je m’en doute un peu, mes allusions sur la dance disco ont éveillé votre intérêt, j’en ai peur. C’est ça, le blog, faut avoir le courage de se dévoiler, laisser les autres entrer dans votre intimité, les laisser voir le Travolta qui sommeille en vous (« profondément, alors » a sans doute envie de rajouter Claudine en corrigeant ces lignes avant publication…). Ah, la dance disco… Mon initiation en 1979, dans une minuscule boite de nuit de Garmisch-Partenkirchen… Quelle belle période, celle des chemises ouvertes « retour de Yougoslavie » sur des torses suants, des concours de dance joyeux et bordéliques (regardez celui ci – a voir absolument – si vous voulez avoir la pêche, c’est pour toi Marc D. !), les blousons de couleur vive brillants et les pantalons moule-bîte (pour toi, Vincent P, que de souvenirs, j’en suis sûr…). Dix belles années ou qu’est que on a dansé, mais qu’est ce qu’on a dansé… Et le slow… Voilà un truc qu’on a vraiment perdu…

Bon, il est temps que je rentre, ça c’est clair. Me voilà à Singapore, en train d’écrire en écoutant Jimmy Somerville… Alors, hier c’était surtout avion, pour rentrer de H.K. vers Singapore. Troisième entrée en une semaine, à la douane, on va bientôt m’appeler par mon prénom. Alex s’est gouré sur l’heure du vol, nous voilà à poireauter (j’adore ce mot, poireauter, c’est tellement parlant, je me demande comment on dit la même chose en anglais…) à l’aéroport en regardant une fourmilière de Chinois s’empiffrer de nouilles à 9 heures de matin. L’odeur de certains trucs est vraiment bizarre, d’autres me font plutôt envie. Faudra que j’essaye, un matin mais pas aujourd’hui. Un peu largué, je traine dans le duty où, encore et toujours, on me propose une Rolex, un costume Ermegildo, un sac Hermes, etc, etc… Je trouve un très intelligent cable USB d’un côté, de l’autre une hydre avec un micro-usb, un lightning et un 30 broches. Super pour la voiture. Et un cable batterie de chez Native Union, très bien pensé, juste ce qu’il me fallait, histoire de tenir deux heures de plus en voyage. Vous n’avez rien compris ? Ce n’est pas grave. Pendant que vous dormiez, Apple a vendu lors du dernier trimestre 9,5 Iphone chaque seconde, 24 h sur 24 h, dans le monde. Drôle de monde.

Bon après sa calotte virile pour s’être trompé, Alex est en forme et il me fait aller jusqu’à la place 60 dans l’avion avant de se rentre compte qu’on est en 35… Ca vous est déjà arrivé ? Moi, non, et ça ne m’arrivera plus, je vous le promets : 20 minutes à tenter de remonter le flot de passagers excédés, on les comprend, regard méprisants de l’hôtesse, on se met dans un coin, on attend. Du coup, à force de recevoir des coups, Alex s’est réveillé et on évoque notre jeunesse à Aix, lui bien après moi quand même, le Mistral, le Rétro et bien sur le Krypton, avec James Brown à l’inauguration. Ah, pas le Krypton ? On y passait « j’aime regarder les filles », à l’époque presque scandaleux. Bon, c’est sans doute cette séance souvenirs qui m’a donné envie de parler disco.

Le transfert est prévu, vous vous souvenez ? Mais où est ma Bentley ? Une vulgaire Mercedes m’attend. C’est fou comme on s’habitue vite, quand même. Douche, chemise propre, écriture (je ne fais que ça, en fait, quand j’ai du temps libre, est ce bien raisonnable ?) et c’est parti pour « le dîner chinois » du voyage. 60 personnes, tous purs Chinois de souche, ceux qui connaissent comprendront.

Singapore Day9-Chinois restauTout le monde est de bonne humeur, en famille, content d’être là, le chef s’est démené et propose un menu « à la Française » (j’adore cette expression, « à la Française », pas vous ?) où au lieu d’être partagé entre tout le monde et servi presque en même temps sur un plateau central tournant, chaque plat suit l’autre accompagné d’un vin. Délicieux Dim Sum de crevettes (dans le Dim Sum, c’est vraiment la qualité de la crevette et sa taille qui fait la différence) dans un bouillon clair au gingembre et surtout un super Whole Crispy Suckling Pig with Glutinous Rice (Suckking pig, tiens, il devient quoi James, au fait ?), qui enchante un Clos des Fées 2011, noir d’encre, soyeux et parfumé. Le porc est moelleux, la peau suprêmement craquante et laquée, le riz cuisiné dans un bouillon parfumé, un peu comme un risotto, mais plus sec, bien gluant, ce qui fait une liaison parfaite avec le vin. Je passe de table en table, on se marre, on parle pas trop technique, trop occupé à entrechoquer nos verres et leur apprendre le « à la vôtre ». C’est ça, aussi, le vin, non ? Merci au chef du Yan Tin, le restaurant du Saint-Régis, qui a vraiment mouillé le maillot. Je m’en veux ne pas avoir fait une photo avec lui et Sally, la restaurant manager. Merci, les amis.

A l’entrée du restaurant, une vitrine avec plein de sucreries et de gâteaux en vue du Nouvel an Chinois, le 19 février, je crois, dont il est clair que je ne mérite pas encore tous les codes. La boîte était belle, chaque gourmandise a un sens, si j’ai tout compris, avec beaucoup de voeux de prospérité…

Singapore Day9-Nouvel an

Que dire encore ? Ah, oui, en revanche, le Muscat fait un bide, je vois pas d’autres mots… et le premier surpris c’est moi car c’est bien la première fois. Ca parle fort, j’ai de plus en plus de mal à comprendre les questions, je crois que je réponds à côté à la moitié d’entres elles. Espérons quand même, désormais, que quelques personnes sauront où est le Roussillon, c’est à dire 200 kilomètres au Nord de Barcelone, seule façon que j’ai trouvé pour qu’ils visualisent un tant soit peu la situation. En même temps, en géographie de la Chine, vous vous y connaissez vous ? Par exemple Bengdu, hein, charmante ville de 500 000 habitants, vous la mettez où par rapport à Wuhu ? Plus haut, plus bas, sur le même fleuve, dans la même province ou à 5 000 kilomètres ? Et en thé vert, c’est quoi votre niveau de compétence ? Alors camembert, hein, et arrêtons de nous croire plus civilisés que le reste du monde. Ils sont venus, ils aiment le vin, on a bien rigolé et ce seront peut-être les meilleurs clients du voyage car aimer boire un bon coup, voire s’enivrer volontiers, voilà bien qui nous rapproche des Chinois.

Bon, plus qu’un évènement, demain, dans une petite banque privée (enfin, si on veut…). Et, devant moi, une vraie nuit de sommeil. Me permettez vous d’en profiter ? De vous laisser jusqu’au retour, à moins que, bien sûr, l’envie d’un dernier billet me saisisse, avant de rentrer ? Mon organisme, après dix jours, est désormais parfaitement calé sur le fuseau horaire asiatique et il est donc, bien sûr, temps de rentrer pour se remettre l’horloge biologique en vrac.

Et comme, dans le village gaulois, tout finit par des chansons, un peu de Gloria Gaynor qui, encore et toujours, a les bonnes vibes pour se dire au revoir ! Tous sur la piste ! Et on claque des doigts !

P.S. : il y a vraiment de belles peintures dans cet hôtel…

Singapore Day8-Painting

Simple question d’équilibre


Bon, ce matin, honnêtement, j’en ai marre…Mal dormi, lassé de cet air conditionné glacé partout, même en hiver. Un peu barbouillé, si vous voulez tout savoir, et pas à cause du diner de la veille mais d’un truc mangé dans l’avion. Tu-ne-mangeras-plus-les-plateaux-repas-de-l’avion, je m’oblige à copier 20 fois cette promesse pour arrêter de bouffer ces saloperies et de profaner le temple que devrait être mon corps…

Matinée boring. Bon, il y a bien ce petit déjeuner sympa avec Cédric, ex-sommelier qui importe un peu de Clos des Fées ici depuis quelques années au milieu de bons domaines artisanaux français, qui me confirme plein d’informations. La saturation d’importateurs, plus de 4 000 désormais (sic), dont une bonne partie créés pour remettre sur le marché des stocks de vins, et surtout de Bordeaux, achetés pour « investissement » et non, bien sûr, pour le plaisir d’avoir une bonne cave ou pour les générations futures. Pour boire ? Du vin ? Quelle drôle d’idée. On dit qu’il y plus de stocks de grands crus à H.K. qu’à Bordeaux. J’y crois volontiers.

Les loyers augmentent. 10 000 euros mensuels pour un bureau de 40 m2, faut en vendre du vin pour payer ça. Les logements aussi, bien sûr, et il faut compter une heure de transport pour espérer acheter un appartement quand on a un job normal. Et dans les classes moyennes, les enfants ne se désirent pas, ils se « budgettent ». Il y a plein de nouvelles tours, enfin j’ai l’impression, toujours plus hautes, sans doute des banques, parce qu’ici, un banquier c’est aussi commun qu’un vigneron à Vingrau. Les Warehouse sont chères, tout augmente sans cesse. Sauf les marges, bien sûr, vu la concurrence. Alors faut se bouger. De toute façon, ici, si tu ne te bouges pas, on se bouge pas pour toi. Je ne sais pas si c’est bien ou mal, pas de mendiants, ici, mais plein de petits boulots. Quand le travail est à moindre coût, il est clair que l’emploi se crée. Tiens, rien qu’au petit déjeuner, il y a une dizaine de commis que l’on dirait sortis de leur rizière la veille, regard de paysan un peu perdu oblige, tant ils sont maladroits. Mais ils bossent, ont des conseils et des critiques, progresseront et certains « s’élèveront » socialement. J’arrête là, ce n’est pas un blog polémique. Mais je suis pensif sur cette incroyable appétence des chinois à faire de l’argent. Si la composition de l’assemblage est la question préférée des français et le nombre de points des Américains, ici, la question très posée reste : et vous allez grandir, bien sûr, faire plus ? Ben non, ça va bien comme ça. Je préfère prendre du temps pour flâner dans mes bois. J’ai l’impression, alors, d’être un peu un mec dérangé pour eux… Chacun ses priorités. Au sujet des « Parker points » et des américains, il m’est arrivé un truc très bizarre l’autre soir, à Jakarta, un peu tard, ou dansant le « real disco » comme seuls de rares personnes de ma génération savent le faire, ceux qui ont dansé sur Amy Steward, par exemple (il faut voir me voir faire ça pour le croire, je vous assure, toute cette masse sautillante…), une charmante jeune fille, m’ayant apparement reconnu on ne sait comment, me chuchotait à l’oreille « one hundred, one hundred » croyant sans doute que j’étais Parkerisé… J’eu beau lui dire que je n’avais jamais dépassé les ninety-five, j’ai l’impression qu’il y avait comme une incompréhension entre nous…

Anyway, on ragote sur H.K., sur ces nouvelles « écoles de maintien » qui font fureur en Mainland, près de H.K. me dit Cédric, histoire de donner quelques manières à des chinois de Chine continentale, récemment enrichis, ou de leur en enlever d’autres, comme la manie de cracher par terre à tout bout de champ… La colonie d’expatriés français a quadruplé en cinq ans, et grâce à Hollande, on exporte nos meilleurs jeunes, dont nous avons financé la formation fort bonne, en les offrant à des entreprises étrangères  pour une bouchée de pain. Il faut désormais se méfier quand on dit une connerie dans la rue, il y’a toujours un français pas loin, c’est pas encore Londres, mais on en prend le chemin. On parle surtout boulot, commandes, nouveautés (les sorcières rosé et les sorcières blanc 2014 sont en bouteilles, je lui raconte Modeste 2014 qui arrive…). On dit qu’on va se revoir, mais le marché pour moi est ici très étroit, je le sais et je ne peux pas courir le monde pour vendre mon vin en porte à porte non plus. Let we see, Cédric et merci pour ta passion.

On court dans la ville, on attend des vins, on les ré-emballe, on en déballe d’autres, on les ré-envoie vers d’autres destinations, c’est ça aussi le job, bouger des bouteilles, pas simplement se la péter en Bentley. J’en profite pour trainer dans Central où comme toujours, cette ville me fait penser à Blade Runner. J’aime ce melting-pot insensé qu’est Central, mais je ne pourrais pas y vivre, je pense. Tiens, une photo de chinoiseries on dira, le nouvel an chinois n’est pas loin, le 19 février je crois, et tout va s’arrêter à cette période. C’est décoratif. Ca met du rouge dans ce blog plutôt dépressif ce matin.

HK Day 2 - Chinese

Dans la vitrine d’une pharmacie locale, un peu de pub pour un médicament dont je me demande bien les effets et comment ça s’administre. En poudre ? J’espère, parce qu’autrement… Bon, je fais le tour du pavé de maisons, puis la tournée clients commence. Deux ou trois potentiels à voir, dans cette ville qui monte et qui descend et dont les sens uniques sont un cauchemar. Je vous épargne le reste, je suis crevé et je me dis que la fin du voyage va être très, très, mais alors très longue…

HK Day 2 - Lezard

Une heure de sieste, j’en avais besoin, direction la cuisine privée qui nous accueille ce soir. En traversant la ville alors qu’il fait bientôt nuit, les immenses pub pour toutes les marques de luxe françaises sont impressionnantes. On ne dira jamais assez combien on doit à M. Pinault et M. Arnaud d’avoir saisi avant les autres le fabuleux potentiel du luxe à la Française. On est partout. On est une référence. On est un exemple. Grace à leur esprit d’entreprise et quoi que l’on pense du Bling-Bling, on leur doit une véritable « présence » en Asie du Sud-Est où, il faudrait être idiot pour ne pas le voir, le centre du monde s’est déplacé. Merci les gars, ça retombe aussi sur le vin, qui participe, lui aussi au prestige de la France. Sur ce, c’est pas demain qu’un vigneron va être invité dans un voyage présidentiel. Mais bon, on a dit que ce n’était pas politique… En même temps, au bout d’un moment, on en peut plus de toutes ces enseignes de luxe, de toute cette pollution visuelle. Vivement le retour dans la garrigue désertique et minérale de Vingrau.

Deuxième étage d’un immeuble quelconque dans Central, nous sommes chez UMAMI, une cuisine privée tenue par un chef Canadien. C’est une cuisine collaborative, on peut y faire plein de trucs amusants. C’est ICI pour en savoir plus. Il est déjà au travail. Ca sent bon. On ouvre les bouteilles. Je vais bien, tout va bien.

HK Day 2 - Chef

La table est vraiment sympa, non ? Nous serons seize, de la H.K. Wine society, qui compte une centaine de membres dont les plus courageux ont suivi Magalie, à qui nous devons cette belle rencontre, et payent pour diner et déguster une grande partie de ma gamme. J’aime cette idée de payer sa dégustation, ça donne de la liberté à la critique. Bien sûr, je n’ai pas vendu les vins au prix normal, mais je les ai vendus et ça, ça change tout, croyez moi, pour la valeur des futurs jugements.

HK Day 2 - Table vide

Aie, voilà qui est très scolaire… Une dégustation très scolaire, très linéaire, avec un ranking, une hiérarchisation à la fin. Je déteste ça, désormais, tant je pense qu’un vin se juge à table sur sa capacité à donner plaisirs et sensations, mais bon, je suis là, c’est trop tard. A Rome, fais comme…

HK Day 2 - Tastinf Et bien finalement, tout s’est bien passé ! Rarement vu autant de particuliers passionnés avec un tel niveau en dégustation. Le ranking final est intéressant car il y dix vins rouges et on doit obligatoirement donner une des dix notes à chacun des vins. il faut donc s’engager, donner en particulier un premier et un dernier. Les deux Clos des Fées, 2011 et 2008 (superbes) prennent les deux premières places, devant les deux Petite Sibérie. Amusant de voir que certains vins sont consensuels (notés souvent en deux ou troisième places) et gagnent donc grâce à la moyenne, alors que d’autres mélangent des premières et des dernières places. Comme quoi, le bon goût, c’est le sien, celui des autres n’a pas vraiment d’importance.

Chacun commente un vin, avec brio, c’est bon de boire avec des buveurs de bon niveau. On parle de tout et de rien, les questions sont pertinentes, les réponses souvent désarçonnantes car je parle plus d’émotion, de sensation, d’instinct et de plaisir que de technique et de chimie. Apparement, c’est pas courant. Je pense que la dégustation est vraiment réussie et que surtout, quelques personnes qui étaient là par hasard repartent surprises et séduites. Pas simple à réussir car, croyez moi, des tasting haut de gamme ici, il y en a tous les jours ou presque.

Nourriture légère, créative mais autour d’un produit, comme j’aime, avec un très beau canard,un peu froid peut-être mais avec un pruneau réhydraté qui fait un sacré accord. A retenir. On termine toutes les bouteilles, ce qui prouve que tout s’est bien passé. On s’échange des cartes, on se promet de revenir pour une verticale de Clos des Fées. Le Clos des Fées a de nouveaux amis… Et puis j’ai moi aussi appris plein de choses… Je fais des vins « plush », me dit une des dégustatrices. Euh, plush ? On m’explique : a rich fabric of silk, cotton, wool, or a combination of these, with a long, soft nap. En fait on peut traduire par pelucheux, je pense, mais dans un sens aussi très sensuel, si j’ai tout compris à un autre sens du mot qu’on m’a parfaitement mimé… Une autre, Béatrice, me parle de « black sexy witches », une part sombre qu’elle ressent aussi, sous la rondeur… On en reparlera, Béatrice, on est ami sur Linkedin désormais. On parle Wine Mapping, oxygénation lente ou rapide, et j’apprends que « Audouzer » un vin, en référence à François Audouze, le pape Français du vin ancien, est désormais entré dans le vocabulaire US. Je ferai un billet là dessus, c’est intéressant, mais pas ce soir…

Il est super tard, mais on a des bouteilles à récupérer pour un transfert entre H.K et Singapour, demain, et nous voilà vers minuit dans Standley Street ou une femme hors d’âge ramasse des cartons pour survivre. Ma journée fut bonne, au final, bien que je sois crevé, il est temps de redistribuer un peu de joie sous forme monétaire…

Je commence à rabâcher, non ?

HK Day 2 - Clocharde

Sentiments Distingués

Flight 687 by Singapore Airlines to Hong-Kong.

Je pensais arriver à donner un titre d’un album de Sempé à chaque billet de ce voyage mais je crains fort que je ne cale au milieu du gué… Bon en même temps, qui avait noté ce message subliminal ?

4h30 d’avion, rien de bien intéressant à vous dire. Programme de film assez bluffant quand même par leur nombre. Hôtesses charmantes marchant à petits pas dans de grandes jupes longues, nourriture insipide comme toujours. Change de compagnie, ça, ça ne change pas. En regardant ces costumes traditionnels, je me remémore que sur la fiche de Laundry de l’hôtel de Jakarta, il y avait, entre chemises et pantalons, la possibilité de faire nettoyer son sarong… Dieu que c’est exotique. Comme les costumes de ce mariage traditionnel dans l’hôtel. Je les ai trouvé si beaux (enfin elle, lui il était élégant…) que je leur ai demandé de poser pour vous. Je devrais voyager avec une petite baguette magique, une de voyage, histoire de jeter des charmes positifs, de temps en temps…

HK Day1-Mariage
Une photo de mariés, c’est comme le sourire d’un bébé, ça donne la pêche. Même quand on connait la fin… Ce qu’il y a de bien, en Indonésie, c’est qu’on ne vous sourie pas systématiquement, comme à Bali ou au Four Seasons, encore qu’on le fasse plus qu’ailleurs. Mais que si vous souriez, on vous REND votre sourire, à chaque fois. Et le sourire indonésien, et bien c’est le plus beau que j’ai jamais rencontré. Ca n’a rien à voir avec la beauté de la personne qui le donne, d’ailleurs, et j’en ai eu des édentés de la mort. Les Indonésiennes et les Indonésiens, ils savent faire, y’a pas à dire. Et mon Dieu comme c’est bon, un sourire comme ça. Alors, j’ai beaucoup souri et on m’a beaucoup rendu.

Alors Hong-Kong, donc. En moins de 30 minutes depuis la porte de l’avion, nous voilà avec nos valises dans le train impeccable qui nous emmène à grande vitesse vers la gare centrale. C’est toujours un émerveillement. Si on pense au RER (B, je crois) qui emmène nos touristes de Roissy vers Paris, et si on est impartial, on met un peu d’eau dans le sentiment de supériorité qui est, chez nous Français, si bien réparti… Les valises sont pleines de vins, mais aucune angoisse à avoir, ici pas de taxe. Cela explique pourquoi H.K. est désormais la plaque tournante et le point d’entrée du vin en Asie du Sud-Est.

Taxi, nous voilà chez Amigo… Ah, Amigo…

HK Day1-Amigo

Amigo, c’est un restaurant unique. Une faille spatio temporelle. Un restaurant mytique, le plus vieux restaurant Français de H.K. En allant chez Amigo, vous vous retrouvez en France, en 1950. La même cuisine. Le même décor suranné. Les mêmes loufiats en surnombre, les mêmes maitres d’hôtel qui ne font rien, à l’ancienne, si ce n’est de contrôler et de regarder. Et vous pouvez pas savoir comme c’est BON de ce retrouver dans un restaurant. Déjà, j’adore quand ce sont des gens agés qui sont au service. Là, certains me semblent des personnages de cire..

Amigo, c’est un peu comme l’Ami Louis, à Paris, ou le Passage del Pep, à Barcelone, un truc hors du temps, hors des modes, que beaucoup trouvent ringard. Que moi je trouve génial. Ce soir, c’est diner privé. Ca veut dire que c’est nous qui invitons et que vous, vous ne pouvez pas venir si on vous a pas invité. C’est comme ça, exclusive, juste cinq invités et nous. Mais pas n’importe quels invités, de vrais fans, de grands amateurs, surtout de Clos des Fées, dont N., en quelque sorte le premier client du domaine en Asie. En 2002, en goûtant un échantillon de petite Sibérie, il avait passé une sacrée commande, comme ça, sans se soucies des notes ou des articles. A l’époque, où nous étions littéralement laminés par la presse et sur les forums de vin, à cause de notre arrogance à vouloir sortir de notre condition paysanne, cela m’avait conforté sur le côté unique de ce vin, sur sa différence, sur sa capacité à toucher certaines personnes au plus profond, au cœur. A l’époque, la somme était tout simplement pour nous incroyable et représentait d’infinies possibilités. Cet argent, nous l’avions immédiatement jetée dans la vigne, en matériel, en main d’œuvre et cela eu beaucoup d’impact sur le train vie du domaine à l’époque, donc sur la qualité et bien sur, sur notre liberté, en réalité. On lui doit beaucoup. Il est en plus sympa et son premier mariage, à Bali, fut 100 % au Clos des Fées, un grand souvenir, ce qui participa aussi beaucoup à la notoriété du Domaine. Boire du Clos des Fées à Bali, un soir de fête, dans le centre de l’ile, alors que le soir tombe, faudrait un poête persan pour vraiment décrire ce type de félicité. Bon, le mariage s’est mal terminé je le crains. En même temps, c’est du vin, hein, pas un filtre d’amour.

On se change en vitesse, dans les toilettes. Je sais, ce n’est pas glamour. Il y a un magnifique Bacchus en bronze, au milieu d’une foule d’antiquités plutôt bien choisies, un peu partout dans le restaurant qui fait très province.

HK Day1-BacchusOn attaque un verre de Grenache blanc et puis la De Lorean se met en route et nous voilà projeté dans le passé. Le Clos des Fées blanc accompagne divinement un simple crabe mayonnaise, dans sa carapace nappé d’une sauce Choron légèrement spicy, les deux sont parfaits, vraiment. Les invités sont bluffés, il faut le dire et ça me fait plaisir, il faut le dire aussi. On est dans le très grand vin blanc, n’en déplaise à certains et le résultat dépasse toutes les espérances que j’avais mis dans ce projet loufoque, surgreffer un bout de muscat en Sémillon, il y dix ans. On nous sert de la baguette juste sortie du four, et des toast grillés saturés de beurre d’escargot. Bonne idée. Un truc light, vous imaginez, mais que c’est bon. Tous les serveurs sont en rang d’oignons, il y a en a partout, ils ne parlent qu’un anglais approximatif, mais s’agitent tout d’un coup quand arrivent de grosses papillotes toutes gonflées. Tout se fait ici au guéridon, à l’ancienne, et ce ne sont pas moins de sept serveurs qui sortent les Soles de Douvres de leur papier argenté, dressent les légumes, nappent le poisson, d’une qualité exceptionnelle disons le, d’une sauce homard/champignon qu’Escoffier aurait sans nul doute encensée. C’est pas léger. Mais qu’est ce que c’est bon. On tente le Clos des Fées 2011 et 2007 dessus et honnêtement, ça le fait. Les textures sont parfaites, les nez bien développés, les matières douces, les finales épicées, mon anglais presque correct, puisque mon voisin m’avoue comprendre à… 80 %. Je suis au maximum de ma joie comme dirait mon fils.

Tournedos Rossini.

Non…. Et si, na !

Mais à l’ancienne, là aussi, avec poêlon en cuivre pour la viande, un autre avec le foie gras, sauce à part. Bœuf délicieux, cuisson parfaite, dessus bien « quadrillé », comme on me l’apprenait à l’école hôtelière, et sa sauce Périgueux, un fond de veau lié, truffes noires. Classique, oui. Mais parfait, avec des saveurs que je n’avais plus goûtées depuis mon enfance et une texture de sauce vraiment unique, soyeuse et distinguée..

HK Day1-RossiniOn se dit que bien sûr, la nouvelle cuisine était sans doute nécessaire, mais qu’en même temps, on a sans aucun doute être perdu certaines choses en route, parce que plus personne en France aujourd’hui ne sait, je pense, faire une sauce comme ça, ni un service comme ça. Petite Sibérie 2011 et 2007, il y a peut-être un vin de trop parce que là, le tournedos Rossini et la petite Sibérie, c’est un truc comment dire, roboratif… Disons qu’on aurait mangé que ça, ce fut parfait. De la la semaine ? Non pas de la semaine quand même… Mais pas loin. Enfin, les deux vins sont top, le 2007 à peine émoussé par le temps. On s’extasie. Il y a de quoi.

Bon, on y va ? Non me dit Alex, faut que tu goûtes les cerises jubilé. Des cerises jubilé, non mais Allo, ils font des cerises jubilé à Hong-Kong ? Moi qui croyais ne jamais en remanger de toute ma vie, moi qui fut deux fois meilleur maître d’hôtel de France, dans ma jeunesse, moi qui suit passionné par le flambage ! Que pouvais je faire ? Je capitule et regarde les master of flambage exécuter côte à côte des crêpes Suzette et des cerises jubilé… Un moment inoubliable, inracontable, unique. Cerises fraîches, sirop léger, sirop au Marasquin, flambage au kirsh. En plus elles sont franchement bonnes, pas trop sucrées, avec une délicieuse glace vanille fraîchement turbinée.

HK Day1-Julilé

On plane. C’est là qu’arrivent les marriachis…

Enfin deux mecs avec des guitares qui ressemblent à des mexicains et un Chinois avec une contrebasse. Je croyais qu’Alex se moquait de moi. Non, c’est l’heure de la musique. Votre musique préférée, monsieur…. Euh, je pense à la Cucaracha, pourtant, ils n’ont pas de sombrero, mais je sais pas s’ils ont le sens de l’humour. Je pense me sortir de cette mauvaise passe en pensant à un truc injouable et m’écris : « Hôtel California ». Le mec prend un peu l’air désespéré, puis ajuste sa guitare, rabaisse un truc sur le manche pour changer la tonalité, regarde ses potes et en avant pour Hôtel California… Délire… On the dark désert highway, pom, pom sur la contrebasse, cool wind in my air, pom, pom. C’est la folie dans l’assistance…

Bon, on se fait encore Adèle, Someone like you, un petit Simon and Garfunkel, happy parce que ces mecs, c’est des guerriers, moi je vous le dis… Je décide de mettre le challenge plus haut : « je t’aime moi non plus », vous connaissez, boys ? Et du Bob Marley, vous en faites ? Non, je plaisante. Mais bon, un Lady Gaga plus tard, avec les lunettes, s’il vous plait, il est temps de lever l’ancre…

Dernière photo du reste du staff, mes nouveaux potes, faut vraiment rentrer….

HK Day1-Staff

Dernier regard sur la machine mystérieuse aperçue à l’entrée. C’est un petite presse pour graver à l’or fin le nom du client invitant pour un petit blog note… Classieux.

HK Day1-Machine

Je saute dans un taxi, qui roule comme un calu (un fada, en Marseillais), check-in au Hyatt, douche, crevé et pourtant incapable de dormir. Gros programme demain, pourtant il faudrait.

Alors, j’écris…

Luxe, calme et volupté

Journée de liaison. Back to Singapore vers 11 heures. On prend un peu d’avance au cas où il aurait du trafic, car le dimanche, certaines artères sont piétonnes et on vient y pique-niquer., parait-il. Pas envie d’être bloqué. Le muezzin m’a réveillé vers 5h45, en chantant,  il y a une petite mosquée en face, mais bon, je me suis retourné et grâce à lui, j’ai profité de la douce sensation de se rendormir… On est en avance, l’aéorport est caca-prout, comme dirait mon fils, on dirait Perpignan en plus grand et à peine en plus moche. C’est dire.

Tout le monde roupille dans l’avion, j’en profite pour écrire le blog d’hier. Nouveau papier d’immigration, je vais finir par connaitre mon numéro de passeport, date d’émission et tutti quanti par cœur. Le transfert vers l’hôtel est organisé par celui-ci et ouf, on m’attend bien à la sortie, toujours aussi rapide, de cet aéroport qui mérite bien son statut de « meilleur du monde » depuis 24 ans consécutif comme le vante un panneau, dans je ne sais quel classement. Pas de panneau, un ipad. Déjà, c’est classieux.
Singapour Day 7-AirportJe suis volontiers la gentille dame et quelques mètres plus tard je découvre mon… carrosse, une Bentley chocolat/caramel et son chauffeur souriant… Inutile de vous dire que j’ai la patate, tout d’un coup et réponds à son invitation de grimper derrière sans la moindre hésitation. Bon, j’ai quand même regardé derrière mon épaule au cas où il y aurait eu une vedette derrière moi… On décolle doucement, comme sur un tapis volant, et le chauffeur me demande si je veux boire quelque chose. Je tente le coup pour le tout : « un Krug grande année, un peu ancien, peut être » ? Le chauffeur se marre et m’informe qu’il y a un réseau wifi dans la voiture et un ipad à ma disposition, au cas où, dont, soit dit en passant, la cover est assortie au cuir de la voiture, qui me rappelle la couleur de la glace haagen-dhaz « bailey’s », qu’ils ne font plus, je crois. Je vais bien, tout va bien. Mais en doutiez vous ?  Je joujoute (c’est français ça ?) avec les manettes et accepte un peu de musique pour tester la qualité de l’audio. Coldplay, c’est par-fait. Ghostory, encore mieux. Midnight ? Yes ! On roule vers la ville. Vous ai-je dit que j’aime bien l’autoroute vers Singapour ? Aujourd’hui, je l’adore…. Je suis pensif, mesure le chemin parcouru, celui du Clos des Fées, bien sûr, mais aussi celui du Roussillon. Qui l’eut cru. Je savoure chaque instant, je caresse le cuir sublime et mémorise précieusement ce moment, pour toujours. La sensation d’être juste considéré.

On arrive. On m’ouvre la porte. Tout le monde m’appelle par mon nom et me sourit. Vous savez, ce genre de sourire de gamin, content de revoir son papa, qui court vers lui à l’airport. Du sourire de champion, un truc qui vous fait chaud au cœur. Que c’est bon le sourire… Check-in, on appelle le directeur pour me saluer. J’ai dû manger un truc un peu magique aujourd’hui… Peut-être les chips « emping » que j’ai goutés à l’aéroport, spécialité locale. Et j’en ai même pas acheté un paquet pour que ça continue… Arrrgh…

Singapour Day7-Emping

Bon, je vous décris pas la chambre, ce serait sadique. Il y’a des jours, comme ça, où on se dit qu’on a fait un peu de chemin, quand même et qu’on va peut-être y arriver, un jour. Bon, une chose est sûre, je n’aurai jamais de Bentley. Mais bon, si, au cas où, on sait jamais, ça arrivait, je prendrai un chauffeur indien parce que vraiment, c’est trop stylé.

Singapour Day7-BentleyJe m’installe pour commencer à écrire quand ma « majordome personnelle » frappe à la porte. Something for you ? Euh, non, merci. Allo, quelqu’un a le mode d’emploi d’un majordome personnel, parce que là, je sais pas vraiment ce que je dois lui demander ? Merci, je vais déballer mes caleçons tout seul, parce que si je  m’habitue, le retour va être un peu compliqué..

Pas le courage de vous raconter le rester de la journées, désolé. Un bon diner avec des jeunes, autour d’une bouteille de La Lagune, délicieuse mais forcément trop jeune, et quelques photos :

– une tour, dont j’ai bien aimé l’architecture

– un marchand de glace qui découpe des pains et me fait retourner en enfance avec une tranche napolitaire.

– un délicieux burger japonais qui propose plusieurs sortes de frites, dont certaines au Saindoux et d’autres à la truffe. J’aimerai bien goûter, mais…

Et puis, enfin, un peu de temps pour écrire, parce que vous imaginez pas le temps que ça prend !Singapour Day7-Tour


Singapour Day7-glace

Singapour Day7-Fries

 

Vacances

Journée de relâche.  Le diner privé prévu ce soir ne s’est pas confirmé. On ne peut pas tout réussir, toujours. Donc, un peu de calme, à la découverte de la ville.

Pas de musée, pas de parc, pas de jardin, rien à voir sauf à rouler trois heures pour faire un truck sur les volcans, reste la bouffe. Quel dommage… ;-)

Déjeuner en famille avec Gilles, Anna, Aurélie et Alexis, leurs enfants dans une de leur cantine car je veux manger indonésien. Toujours fasciné par ces enfants qui parlent français, anglais, indonésien et qui se mettent au Chinois… On parle produits et traditions avec le chef et son épouse, pas meilleur guide pour ça dans un pays qu’un chef là depuis longtemps. Gilles m’explique qu’il y a ici des cuisines régionales, comme en France, celle ci est plutôt javanaise, si j’ai tout compris, de là où  vient son épouse. On apprend plus cette cuisine à l’école, les traditions se perdent, balayées par une cuisine internationale qui ni odeur, ni couleur. C’est pas comme ici : on en prend plein les yeux ! Grand buffet, on prend ce qu’on veut et il le font réchauffer. Là, les légumes.

Jakarta Day2-Buffet légumes

Les protéines, là, beaucoup de poisson salés séchés, des frais aussi, du poulet, de l’agneau, des crevettes, trois sortes de riz dont un mi-gluant dans des feuilles de bananiers passées au grill pour faire pénétrer le gout dans le riz. Un régal…

Jakarta Day2-Buffet platsTrop de choses délicieuses, peu pas tout vous raconter, malheureusement. Mais j’ai adoré la fleur de banane traitée comme un légume, vraiment un gout nouveau, avec une amertume très spéciale.

Jakarta Day2-Buffet banane

Deux portions de petites seiches farcies, de légumes toujours, très gouteux, moelleux et épicés. A tomber.Jakarta Day2-Buffet poulpe Pas mal de tofu, ici, c’est la surprise pour moi. Des classiques, avec de la sauce soja, mais aussi une préparation carrée, frite, où l’on trouve encore des graines entières. Délicieux, original, donne envie de créer autour, ça ressemble à de la châtaigne, par certains cotés.Jakarta Day2-Buffet tofuDiner autour d’un barbecue japonais, invité par une cliente tombée amoureuse des vins hier soir. Pourquoi c’est toujours de mes vins qu’elles tombent amoureuses… Super diner, en famille, pour en apprendre plus sur la ville, ses coutumes, ses secrets. Je reviendrai, Angélina, c’est promis, et dans pas aussi longtemps, d’autant que dans le même temps, Air France me propose des Toulouse/Jakarta par Paris, en vol direct, à…531 euros alors que le Paris Perpignan en plein tarif dépasse les 430 euros. He Ho ? Pas l’impression de se foutre de ma gueule là haut ?

Bon, faut que je rentre à Singapore, on n’est qu’a la moitié du voyage et je commence à prendre du retard…

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