Le nouveau président de Viniflhor m’écrit


Enfin, pas vraiment lui. Son délégué régional. Enfin, pas vraiment lui, non plus, l’inspecteur en charge de mon dossier.

Mais, bon, c’est quand même Viniflhor qui m’écrit et donc, quelque part, son nouveau président, Jérôme Despey, viticulteur ET producteur de blé dur, grande figure de la coopération, qui m’envoie cette lettre. Son parcours est exemplaire. Jugez en plutôt : il truste des mandats de dirigeants de (je cite) : la FNSEA, une Chambre d’Agriculture, la FSASEA, Groupama et dirige (si j’ai bien compris) une coopérative de St Géniès-des-Mourgues… Et il déclare sans rire, c’est juré, que « le cumul des mandats ne l’intéresse pas ». Je vous jure, c’est écrit ICI.

Que m’écrit-il, en fait ? D’abord, précisons qu’il écrit à Hervé Bizeul « négociant-vinificateur », c’est à dire l’instigateur du projet Walden et non à Hervé Bizeul, petit vigneron du Roussillon.

Il me demande, puisque j’ai eu la bizarre idée de souhaiter produire une cuvée de Walden à base de Cabernet-Sauvignon, et donc un vin de pays, de joindre quelques papiers supplémentaires à ma demande d’agrément. Je cite :

« Documents à joindre au dossier de demande d’agrément de Vin de Pays

1. Photocopie de la déclaration de production SVI2, visée par le service des douanes, identifiant les volumes de vin obtenus par couleur et dénomination vin de pays 2. Pour chaque fournisseur: photocopie de la déclaration de récolte ou déclaration SVI1 pour les caves coopératives. 3. Photocopie de la déclaration d’encépagement de chaque fournisseur en cave particulière. 4. Factures ou DCA pour identification des achats: Photocopie de la facture de raisins ou de moûts de chaque fournisseur: – pour tous les VDP d’Oc (présentés en vin de cépage ou en vin en générique), la facture devra identifier les quantités cépage par cépage. – pour les VDP autres que les VDP d’Oc, la facture, pour les vins présentés en vin de cépage, devra également identifier les quantités cépage par cépage. Ou Photocopie de tous les documents d’accompagnement identifiant les quantités, dénomination VDP et cépage de raisins ou de moûts de chaque fournisseur. »

Une paille…

Bien entendu, cela vient se rajouter à toutes les obligations et tous les papiers que je dois remplir pour l’INAO, la Douane, l’administration fiscale. Pour chaque benne ou comporte de raisin acheté, un bon de livraison, un récapitulatif par fournisseur, une déclaration de production SV12, j’en passe et des meilleures.

Pourquoi pas, après tout.

Mais ne nous moquons plus, s’il vous plait, des pays totalitaires, parce que vraiment, j’ai l’impression de fabriquer de la nitroglycérine ou de produire des matières radio-actives.

Alors que je ne vais produire que du vin de pays.

Bon, je sais, si j’avais mauvais esprit, je me dirais que toute la filière est dirigée, pilotée et verouillée par les coopératives et que celles ci ont intérêt à mettre le plus possible de bâtons dans les roues des négociants vinificateurs qui voudraient se lancer, quitte à faire couler le bateau sur lequel elles naviguent, celui du vin Français en général.

Mais c’est bien plus pervers que cela.

La même semaine, histoire de provoquer mon hilarité et un peu de mon désespoir, je tombe :

– sur un interview de Monsieur Despey qui annonce que, comme il s’occupe maintenant du vin, des fruits et légumes ET de l’horticulture (c’est vrai, les pommes, les poires, les marguerites, le vin, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ;-)), cela va permettre des « synergies avec les autres instances », de faire des « économies d’échelle » et de « SIMPLIFIER la gestion de la filière ». Comment peut-on croire encore qu’en concentrant une filière sur un modèle soviétique, celui des caves coopératives, en fait, on va avancer dans un monde de plus en plus libéral, que l’on le veuille ou non ? Et donc où il faut être le plus réactif possible ?

– sur plusieurs autres déclarations de monsieur Monsieur Despey qui exhorte la « filière » à distiller, distiller à fond pour profiter des primes de l’Europe et réguler les marchés. Pour distiller le même vin, en fait, que l’organisme qu’il dirige tente de contrôler et de soi-disant en garantir une qualité hypothétique, en multipliant les obligations et la paperassse. Pas un grain de raisin qui ne doive échapper au contrôle d’une administration qui encourage par ailleurs à en distiller 1,5 millions d’hectolitres… « Il ne faut pas hésiter à s’en débarasser » déclare t’il dès qu’on lui donne la parole.

– sur un entrefilet dans la journée viticole : « Un avis favorable a été donné par le Comité de gestion sur l’ouverture d’une vente par adjudication d’alcool d’origine vinique en vue d’une utilisation dans le secteur des carburants sous forme de bioéthanol. La vente porte sur une quantité totale de 693 380,74 hl d’alcool à 100%vol, répartie en 14 lots et détenue par les organismes d’intervention des Etats membres (Espagne, France, Italie, Grèce et Portugal). »

Voilà donc la destination ultime de toute cette farce : de plus en plus de contrôles, par de plus de en plus de fonctionnaires, toujours plus mécontents (car ils ont un cerveau) d’appliquer des règlements stupides, pondus par une nébuleuse informe, où personne ne prend de responsabilités afin de rester « élu » de quelque chose, gratter quelques sous et un peu de pouvoir, le tout pour produire non pas du bon ou du grand vin, mais du carburant pour les voitures.

Et pendant ce temps, dès que ces élus prennent la parole, ils annoncent « qu’il faut » ou » qu’ils vont » simplifier, certains, en bons politiques, « que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». Et pendant ce temps, des vignerons arrêtent, arrachent, se désespèrent. Et continuent pourtant à élire le même profil de dirigeant…

Bon, je vous laisse, parce que content pas content, je dois remplir des papiers pour monsieur Despey, trop lâche que je suis pour suivre les préceptes de Thoreau sur la désobéissance civile :-(((

P.S. : je lance un grand concours pour trouver de nouveaux mots :

1/ Producteur de vin « bien culturel » que l’on s’arrache dans le monde entier

1/ Producteur de bon vin qui se boit avec plaisir, qui fait bien son boulot sans pour autant se prendre la tête

2/ Producteur de vin qui s’en fout, produit un vin qui ne sert à rien et finira dans un alambic;

3/ Producteur de vin destiné au réservoir de carburant. Pas plus bête que les autres, mais au moins, le dire dès le départ et pas lui donner le même nom que les autres, svp, pour éviter la confusion…

parce que « vigneron » pour tout ce petit monde, ça va être dur à expliquer à tous ceux qui aiment le vin…

Laisser un commentaire

Abonnement

Derniers commentaires

Archives