Le cheval et le social


Quand on se met en tête de recommencer à mettre de la traction animale dans les vignes, on est en général fier de soi.

On devrait pas. Bien vite, on se rend compte de toutes les difficultés que représentent le fait de réintroduire le cheval ou la mule dans les vignes. Il faut s’occuper des animaux toute l’année, ça, on l’a oublié, et ce n’est pas comme un tracteur dont le soir, on coupe le contact avant de le rallumer quand on veut. Il faut aussi les harnais, les outils, difficiles à trouver ou à retaper ou à créer puisque les forgerons et les bourreliers ont disparu des villages. Et puis il faut trouver celui qui va courir derrière le cheval, avec passion et amour, de son travail, de la nature, de son cheval, bien sûr.

Franck au Clos des Fées, avril 2005. J’aime bien cette photo.

Rapidement, on se rend compte aussi que la société a changé, que rien n’est comme avant, les rythmes, les routes, les granges, la capacité des voisins de supporter les mouches ou les odeurs alors qu’il y a à peine quarante ans, il y avait encore plus de 80 chevaux et mules à Vingrau. Les troisièmes étages de toutes les maisons, greniers autrefois réservés et étudiés pour le stockage du foin, sont aujourd’hui des pièces à vivre ou des terrasses. Le cheval n’est plus le bienvenu ici et les moustiquaires, autrefois indispensables et noires de mouches tout l’été, ont disparues depuis longtemps des fenêtres des maisons.

Ici, les dernières vignes non mécanisables sont donc destinées à être désherbées ou arrachées. Notre ami Franck, le muletier, nous en fait encore deux ou trois hectares, à la mule, mais sa présence est trop aléatoire (il a d’autres clients et fait l’hiver du débardage) pour pouvoir vraiment compter sur lui, la météo et son planning de disponibilité n’étant que rarement synchrones. Là, je l’attends. Où est tu, Franck ? On a besoin de toi ;-)

D’autres reviennent au travail du sol pour ne plus tasser avec des enjambeurs de plus en plus monstrueux et de plus en plus lourds. C’est le cas de mes amis Alfred Tesseron et Jean-Michel Comme, au Château Pontet-Canet. Pendant les primeurs, j’ai volé quelques minutes à Jean-Michel pour me faire expliquer sa démarche et voler quelques photos.

Je trouve cela génial. Je vous explique. Vouloir labourer, c’est bien. Mais quand on a beaucoup d’hectares, un temps pluvieux, des hautes densités et donc beaucoup de rang, 35 heures et aucune envie de la faire rejouer Zola par ses vignerons, impossible d’imaginer mettre 20 personnes à courir dans les vignes : ce serait considéré aujourd’hui comme  inhumain.

Alors, Jean-Michel a inventé les sulky de labour : un cadre hyper-léger pour les sols, un siège confortable pour le conducteur, deux freins à disques parce que tout le monde n’est pas Zingaro, et, tout d’un coup, tout le monde veux bien labourer au cheval, même ceux qui l’ont jamais fait et ceux d’un certain age qui n’ont plus la forme suffisante. Il suffisait d’y penser… Dommage, trop de cailloux ici et des vignes en gobelet, cela n’est pas pour moi. Mais gageons que cette bonne idée va faire du chemin ;-)

Le cheval (un des…), plutôt ravi de vivre désormais dans un Cru Classé 1855, et en plus en bio ;-)

Le sulky, en train ici de décavaillonner avec deux bons vieux interceps mécaniques.

Vous remarquerez la batterie, pour les feux stop, et la plaque d’immatriculation, car nous sommes bien en présence d’un véhicule agricole et donc, il faut respecter les normes ;-)

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