Risque de Burn Out


Lu dans le figaro de samedi : « Le burn-out est une sensation d’épuisement qui survient lorsque la personne a le sentiment ques ses efforts sont vains, improductifs ou non reconnus. Cette forme de souffrance est fréquente dans les professions socialement ou économiquement sinistrées. »

Reçois en même temps le numéro de la revue « la Vigne », revue technique, très pro, destinée aux vignerons.

J’y apprends beaucoup de « bonnes » nouvelles :

– l’étiquetage des allergènes n’est qu’un début, qui sera suivi, inexorablement, par l’indication de la « dose d’alcool », correspondant à un verre, puis, sans doute, de l’indication des calories. Puis de bien d’autres choses, dès qu’un abruti aura une nouvelle idée.

– la MSA fait un procès à des viticulteurs de Sancerre et le gagne, parce que la déclaration préalable à l’embauche a été déposée dans la boîte à lettre de l’organisme le matin de l’embauche, avant l’ouverture des bureaux, pendant les vendanges. Il faut le faire par fax, Monsieur le Vigneron, avec reçu obligatoire, ou par internet, ou par lettre avec accusé de réception. Pratique, le matin des vendanges. Procès pour ces « criminels », qui écopent d’amendes salées, de 1 650 à 3 300 euros, pour des viticulteurs qui n’ont jamais voulu frauder. Pendant ce temps, un tiers des peines de prison ferme en France ne sont jamais effectuées. Je me tais…

– trois TESA, des contrats simplifiés pour les saisonniers, requalifiés en CDI, pour trois saisonniers embauchés pour des relevages, à qui on a pas remis en début de contrat cette même déclaration préalable à l’embauche. Alors qu’elle était faite et qu’elle ne leur sert à rien. Combien ? On verra avec les prud’hommes, puisqu’il y a alors rupture de CDI, et donc, sans doute, trois mois de salaire pour les saisonniers à l’évidence de mauvaise foi et qui ont flairé la bonne affaire. L’honnête homme condamné, le filou récompensé. Drôle de justice.

– nouvelle obligation : remettre au salarié une « fiche de pénibilité », indiquant si les salariés sont soumis à des postures pénibles, à des travaux de manutation, au bruit, etc. Sur TOUTE la carrière du salarié. Au jour le jour, ou presque, sous peine de mise en cause de sa responsabilité, il faudra tenir à jour l’évolution de chaque poste en indiquant : « attention, vous vous baissez pour la taille, vous vous baissez pour la vendange, vous vous baissez pour les travaux en vert, vous touchez des vignes où il y a eu tel ou tel produit, vous utilisez tel ou tel produit, etc ». Comment faire ? Personne, bien sûr, ne se l’est demandé au moment de l’application de cette loi, qui, n’en doutons pas, partait d’un bon sentiment.

Mais que diable, qui peut suivre ce rythme imposé par une administration toute puissante, totalement déshumanisée, qui se cache derrière des robots téléphoniques et des sites internets impossibles à pénétrer dès qu’il y a un cas particulier ? Même quand on le veut, on y arrive pas.

Pendant ce temps, ici, la vie continue…

– appel extrêmement agressif d’un personnel de la MSA (qui refuse de dire son nom, bien sûr) : « votre déclaration d’accident du travail ne peut-être prise en compte pour le saisonnier X : pas de déclaration préalable à l’embauche ». Mais je l’ai faxée ! « Vous mentez. Sur ce numéro. Ce n’est pas le numéro de la MSA, vous ne serez pas couvert. » Me voilà à envoyer une lettre recommandée avec déclaration faite, récipissé de fax de ladite déclaration préalable et… lettre de la MSA indiquant bien le numéro de fax en question pour les déclarations… Ouf. Merci JD, mais comment fait-on quand on a pas un collarateur dédié à ça à plein temps ? Quand il faut recevoir les clients, vendre, voyager, traiter, mettre en bouteille, soutirer, ouiller, répondre aux téléphone, mails, fax… et j’en oublie.

Ah, au fait, je sais pas si je vous l’ai dit : bien sûr, la fiche de pénibilité, c’est valable pour les vendangeurs…. Au final, entre les contrats, les consignes de sécurité, la fiche de pénébilité, les attestations et certificats, nous sommes bien partis cette année pour des contrats de 5 ou 6 pages à l’embauche et autant à la sortie, avec impératif de relever l’identité de tous les étrangers et la transmettre pour validation à la préfecture. S’il pleut, si je dois accèlérer ou ralentir, avec toujours l’obligation de faire faire à tous mes vendangeurs le même nombre d’heures (une profonde débilité…), honnêtement, je ne sais pas comment je vais m’en sortir… D’autant qu’en contrat vendange, je dois toujours indiquer une date de fin qu’il est bien sûr impossible de donner, vu que cela dépend du climat. On est en Russie Soviétique ? Non, en France, en 2012. Et sous prétexte de protéger, on déresponsabilise, lentement mais sûrement.

– contrôle musclé de la police de l’air et des frontières, cet hiver, qui contrôle à nouveau main sur le pistolet et frein à main sur les voitures qui encerclent les parcelles. Je me demande si, voyant que je viens de verser plus de 40 000 euros de cotisations à la MSA pour ce trimestre, comme chaque trimestre, d’ailleurs, on ne pourrait pas imaginer que le contrôle, dont je ne discute en aucun cas le bien fondé, se passe avec bienveillance ? Si, bien sûr, je n’avais rien déclaré, je comprendrais. Mais là ? Non, ce sera agressivité accrue en me rappelant que l’entraide est désormais interdite presque totalement entre exploitants. Pour éviter la fraude, parait-il. Pour empêcher la fraude ? Ceux qui fraudent continueront de plus belle. Les autres seront privés d’une des plus belles valeurs et tradition de l’agriculture, l’entraide, celle entre génération, entre vignerons. « Non, monsieur, elle n’est pas interdite, elle est taxée et votre cousin ou votre grand père doit être payé, déclaré, taxé, y compris le repas qu’il prend alors dans sa famille, qui doit être taxé en avantages en nature ». Où es tu, toi qui a pris cette décision ? Comment t’appelles tu ? Prie le ciel que tu ne noies pas, un jour, tant la main qui pourrait te sauver hésitera peut-être, par peur de ne pas avoir de déclaration préalable à l’embauche ou d’interdiction d’entraide…

– contrôle de douane, charmant, il faut le dire, de fonctionnaires qui font leur boulot, certes, mais le font avec courtoisie et dans un esprit positif : si il y a une erreur, vous la corrigerez et on vous montrera ce qu’il aurait fallu faire. Une petite amende ? Oui, si vous la méritez. Mais pas de stress supplémentaire, inutile, une impression de partenariat qui me manque tant, dans mes rapports avec l’administration. Peut-il devenir formateur ? S’il vous plait…

– fin de l’exonération des heures supplémentaires. Pour nos permanents, lourde perte de pouvoir d’achat. Ceux ont voté pour notre président « pot au feu » commencent à l’avoir mauvaise… Lui, il ne s’en fait pas. En pleine crise financière, sociale, économique, morale et écologique, il reçoit les cuisiniers des chefs d’état ou un gars qui part battre le record de traversée de l’atlantique. Puis il part en TGV (en première, pour l’instant, mais le ridicule ne tuant pas, ce sera sans doute bientôt un wagon de seconde), laissant le ministre du redressement productif, notre Saint-Just de l’aire numérique, insulter une famille, les Peugeot, qui depuis deux siècles a tant apporté à la France. En tant que petit patron, je me suis senti terriblement offensé, au point que c’est difficile à expliquer. Comme si un chef d’entreprise faisait ça de bon cœur, licencier… Diner avec un confrère vigneron qui m’a annoncé avec une franchise désarmante et beaucoup de lucidité que c’était peut-être sa dernière année, qu’après, il envisageait de plier, d’arrêter. Trop dur. Plus de moyens. Aucune perspective (c’est sans doute le plus dur…) J’étais effondré.

Ce n’est pas avec de telles phrases sur nos entreprises que l’on devient « illustre ». Tel devrait être pourtant le rêve de nos gouvernants.

On parle de ré-industrialisation ? Mais nous sommes le plus beau parc d’attraction du monde ! Au lieu de rêver à réimplanter des usines, ce qui se fera sans doute dans 20 ans quand le salaire moyen mondial sera stabilisé, ne voit on pas l’URGENCE ABSOLUE de protéger notre agriculture, seule richesse non délocalisable, protectrice et aménageuse de paysages et garante au moins de notre indépendance alimentaire, ainsi bien sûr que celle de libérer de ses contraintes notre viticulture, image de marque de notre pays et admirée dans le monde entier, sans oublier notre tourisme, où nous devrions être imbattable tant la France est privilégiée par la nature ? Quand on voit la misère de nos lycées professionnels agricoles et de nos écoles hôtelières, on se dit que c’est un Sully qu’il nous faut, pas un Montebourg ! Et que si le président rêve d’un destin à la Henri IV, il devrait se souvenir que si celui ci confia à Sully la gestion de la France, c’est parce que Sully gérait ses propres affaires de remarquable manière et qu’il fit de même avec la France… Prenez donc une minute pour lire la rubrique « le Ministre » de cette notice simpliste : tout est dit, il ne nous faut pas d’autres choses qu’un grand homme ayant les pieds sur terre et non la bouche pleine de vent.

On reprend ? Allons.

– impossible désormais de prendre un produit chez le fournisseur phyto sans indiquer un n° de certiphyto, formation de 3 jours obligatoire pour toute personne qui manipule ou applique un produit dans la vigne, même bio. Et quand il est en vacances ? « tout le monde peut le passer, monsieur, ce n’est que trois jours ». Bien monsieur. Je me soumets, bien sûr.

– contrôle technique des véhicules. Contrôle technique des pulvérisateurs tous les cinq ans aussi, désormais. Qui paye ? Nous. Vous. Que risque t’on ? Je ne sais pas, en fait. Je courbe l’échine et je le fais sans rien dire, comme tous les vignerons de France.

– obligation d’achat et de détention de deux éthylotests par… tracteur. Il y a vraiment des clowns sur terre. Ca ne fait rire que moi ? Ah, peut-être parce que je suis par ailleurs OBLIGÉ, par une autre loi, à donner un litre ou deux de vin à son conducteur chaque jour et c’est pareil pour les vendangeurs. Si il se fait contrôler, le procès va être tordant : on lui donne, mais il ne doit pas le boire ;-). J’espère que ça vous fait rire, hein…

– obligation de mettre en œuvre un programme de dératisation (même si on a pas de rats…), couplé à une interdiction absolue de détenir et de diffuser des grains empoisonnés, parce qu’on est une industrie alimentaire. Penser à se débarasser des chats, ils ne sont pas acceptés… Jeeves, mon Chartreux, a 18 ans. On l’épargnera en attendant l’inévitable…

– contrôle obligatoire (c’est nouveau aussi, en tout cas pour moi…) des groupes de froid, afin de contrôler si les gaz nocifs ne fuient pas. 4 groupes : 700 euros HT, tous les cinq ans… Qui est la ministre de l’écologie, déjà ? Serait-elle disponible, pour qu’on se mette autour d’une table pour en parler ? Trop occupée à distribuer des légion d’honneur à des élus écologistes, qui la méritent, n’en doutons pas UNE minute… En tant que paysan, j’ai parfois l’impression que je suis un ennemi de l’écologie, une gangrène et qu’un politique, depuis son bureau urbain va me dire comment je dois faire mon métier, lui ou elle qui n’est jamais dans la nature, n’en connait rien et qui, en ce moment, doit jeter de sa terrasse son noyau de pêche en pensant qu’il ou elle vient de planter un arbre… Les conséquences pratiques, on y pense ? Non, trop intelligent, trop déconnecté pour cela…

– erreur dans mon chèque de paiement des droits de circulation, les fameuses capsules CRD. Moins de 4 euros pour 100 litres, un système hallucinant pour les entreprises et la douane qui doit couter environ dix fois ce qu’il rapporte. Il manque soixante euros, j’ai trop vite et mal additionné, c’est clair, me dit un charmant monsieur en me demandant si j’envoie un nouveau chèque ou un complément. Un complément, ce sera fait dans l’heure. Oui mais voilà, deux jours après, convocation à la banque, qui est caution envers la douane : cette dernière a fait activer la caution et saisit mon compte. Deux ou trois lettres AR plus tard, c’est bien sûr levé. Combien a couté une erreur de 60 euros rectifiée dans l’heure ? Rien qu’en essence, en temps et en frais, chez moi, sans doute trois ou quatre fois plus. Plus la banque. Plus la douane, où la procédure a sans doute été déclenchée par un ordinateur. Promis, j’écrirai mieux… Il me reste dans la bouche un goût de « machine à broyer », qui me dit à l’oreille que même une discussion amicale avec un fonctionnaire compétent, responsable et compréhensif risque un jour de ne pouvoir enrayer. Et l’impression d’être un criminel.

Des bonnes nouvelles ? Oui, la filière a trouvé les 400 000 euros pour l’homologation (sic) des mèches de soufre pour les barriques. Utilisées depuis 2 ou 3 siècles, leur usage allait être interdit, faute d’agrément européen. Sinon, plus de vins boisés. Qui a dit qu’il fallait faire du bon vin et l’exporter parce que la balance commerciale était ruinée ? Et c’est pour ça qu’on nous met tous les jours des bâtons dans les roues ? Qui va vouloir faire ce métier dans dix ans ? Il y a des milliers d’exploitations viticoles dont les exploitants ont plus de 55 ans. Qui va les remplacer ? Oui mais voilà cinq ans, c’est un futur bien trop long… Toujours ce temps long, que l’on méprise et l’on ignore, alors que ce devrait être la première qualité que l’on demande à un homme politique : se soucier de l’avenir et non de son maintien au « pouvoir »…

Bon, j’arrête là, j’en oublie. Comme le contrôleur des vignes de la Chique, qui me rappelle que les sarments doivent faire 70 cm de long pour avoir droit à l’AOC. Sur une parcelle de Cinsault, avec la grêle et le vent, une parcelle magnifique, hein, ils ne font que 65… Ca ira pour cette fois. Merci, mon prince… Vous êtes trop bon. Ne vous en faites pas, bientôt, cette parcelle aura peut-être disparue, arrachée ou abandonnée, comme tant d’autres (une hécatombe, cette année, ici, encore…). Et le problème ne se posera plus…

A moins que ça n’aille plus, un jour, cher ami, et, que devant cette nouvelle « aristocratie administrative » totalement déconnectée des réalités du terrain, il n’y ait plus que deux alternatives : s’enflammer soit même dans un burn-out suicidaire ou…

Mais serons nous, aujourd’hui, encore capables de nous mobiliser, ensemble ? J’ose croire que oui, car comme l’a si bien dit Henri Laborit, si l’on ne peut pas fuir, ni se battre, il ne reste qu’à mourir. Je vais peut-être me présenter aux élections de la MSA… Je n’ai pas du tout envie de mourir 😉

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