A la mode pour Noël : Lumbersexuel et sa copine country


J’aime le changement. J’adore le monde dans lequel je vis, où tout va vite désormais, tout se sait et se démode aussi. Sans doute parce que le vigneron est lié au temps long, au temps des saisons, au temps géologique, au temps de la vigne, qu’il plante et dont il ne verra, bien souvent, que l’adolescence et non la maturité.

Doit on se tenir au courant de tout ? Ou au contraire vivre caché, à l’abri ? Doit-on faire des vins en résonance avec l’époque dans laquelle on vit ? Se demander qui les boit, où, comment, à quelle heure et pourquoi ? Doit on au contraire se replier sur soi même, ne plus rien goûter pour rester créatif, se draper avec fierté dans le manteau des traditions, faire des vins « à l’ancienne », refusant la science, jusqu’à ce qu’ils soient mauvais ?

Comme toujours, la réponse est ailleurs, au milieu, là où le balancier, en se calmant s’arrête. J’aime tenter de voir, en esprit tout au moins, tous ces temps se mêler dans un nœud inextricable que le meilleur des pêcheurs ne peut espérer, même en rêve, démêler. Au cœur de tous ces temps, je suis, balloté et heureux.

Le nez au vent, le vigneron mobile, moderne, actuel, doit, et c’est ce que je fais, je crois, ressentir les tendances et pas seulement celles du vin. A l’écoute, flanant, le nez au vent, la truffe fraîche, il ne doit pas chômer, respirant l’air du temps, les couleurs, les étoffes, les attentes, les joies et les tristesses aussi d’une époque complexe où les repères se brouillent.

Lors de mon dernier voyage à Bordeaux, je frémissais de bonheur tant les effluves du changement sont désormais sensibles, bien que non encore apparentes. Bien sûr, certains ne bougeront pas, ne bougeront jamais. Sur le salon, on pouvait voir encore quelques croque-mort terrifiants, en costume noir, véritables zombi du vin, excédés d’être obligés d’être un dimanche ici, à verser des verres de vins à des clients pour lesquel ils n’avaient que du mépris, les jugeant, à leur âge, à leur mine, à leurs vêtements n’avoir « pas les moyens », et je ne parle pas seulement d’argent… Je suis fasciné que certains croient encore que le langage non verbal n’existe pas, que l’on vient chercher sur un salon de ce type simplement du vin, des notes ou des leçons, alors que l’immense majorité des visiteurs venaient chercher des émotions, du plaisir et du contact humain. Et qu’ils se sont fait souvent mépriser. Que l’on confonde encore la pauvreté et le fait ne n’avoir pas d’argent est très significatif. La pauvreté, la vraie, elle est émotionnelle. Et elle est à plaindre.

Bon, dans le vin, cela va mettre un moment pour que certains vignerons, négociants et journalistes comprennent que les attentes et les goûts ont changé, que l’on veut du mûr mais désormais du frais, que l’on veut boire et non confiturer, que le vin se boit et ne se déguste pas seulement, ensemble et dans la joie et non pour impressionner les autres avec un marqueur social. Que le vin, dès qu’il atteint un certain prix, doit désormais avoir du sens, créer du lien, faire sortir des whooaww de tout votre être et même parfois, des larmes (tu te connaitras, mon amie, merci…). Mais tout cela est en marche, cela me semble très clair.

Sentir les tendances est donc primordial, les précéder, qui sait ? Je rêve pour le vin d’un blog comme celui de Natham McCallum, ce blogueur australien victime de la mode. Un truc de tendances par excellence. Vincent Pousson pourrait animer le truc (sur le vin et le gras, pour les vêtements, on trouvera quelqu’un d’autre, encore que… ;-). Il choisirait des photos top (il a un talent exceptionnel pour la chose, je me demande comment il fait), on y mettrait des wine-mapping, on raconterait des fêtes, des gros Hug autour d’une bouteille, on y parlerait des vins « justes » et de la joie de sortir les tellines du sable pendant que les filles pèlent l’ail autour du feu de bois. Ceux qui sont déjà Aware, et il est de ceux là, savent de quoi je parle. Tiens, je vais m’ouvrir un Chablis de Thomas Pico, (pattes de loup), pour illustrer tout ça. Dommage que je n’ai pas quelques huitres exondées. C’est la vie. Savourons là comme elle est et sautons sur toutes les occasions de vivre.

On y parlerait aussi country, tiens, sur ce blog. Je sais, ça va vous étonner, mais j’aime bien la country, le son et la culture. Danser en ligne, je ne vais pas jusque là, mais je suis encore jeune malgré cette année de plus, demain. J’aime bien la country, parce que comme le monde du vin, il obéit à des règles idiosyncratiques et que l’univers est plein de rites, mystérieux pour moi comme peuvent l’être les rites du vins pour d’autres. Dans un autre espace-temps, un monde parallèle, ma vie a bifurqué, il y a longtemps. Je suis barbu, super à la mode et Lumberxesuel (si j’ai tout compris…), je fais attention au milimètre à comment je m’habille au lieu d’être sapé comme un gitan et ma femme tient un site de vêtements country comme celui là. Je l’ai séduite en lui faisant écouter « Spirit », de Willie Nelson, mon idôle, et en particulier I Guess I’ve Come to Live Here in your Eyes. Bref, on vit heureux, quelque part en Australie, je fais du vin. Ou pas. Mais bon, ça roule. Au soleil. Au chaud.

Bon, je sais, je délire un peu, en ce moment. Ce blog tourne au n’importe n’awak complet, passe du ménestrel au rodéo. Ca doit être l’approche de mon anniversaire. Parait, d’après mon Chaman personnel, qu’on entame, trente jours avant celui-ci, une lente «petite mort» puis qu’on renait par la suite, sur trente jours à nouveau… J’aime bien l’idée, de prendre conscience que l’on est rien, qu’il faut jouir du plaisir de vivre, toujours et dans toutes les circonstances, que l’on va bientôt finir en poussière et que, décidément :

6 commentaires

  • Antoine
    18/12/2014 at 12:40

    Rien de plus désagréable en effet que de se sentir méprisé, jugé indigne lors de la rencontre avec un domaine qui nous aura fait (jusque là) rêver… A part ca je voulais pinailler sur une coquille qui aura été bien vite corrigée, bon chablis

  • dworkin
    19/12/2014 at 6:51

    Hervé, pour la mode et les grands vins, j’ai rencontré à Shanghai le mec qu’il te faut connaitre. Chester OSBORN, des vins d’Arenberg, Mac Laren Valley!
    http://darenberg.com.au/chesters-bio

  • hanot
    20/12/2014 at 9:05

    j’en ai entendu parler ce matin encore au marche des bobos(wilson-paris) cessons les calmonies

  • pphilippe13
    22/12/2014 at 10:30

    Tu as raison l’ami ;
    Il ne faut pas décrire de quelle manière les vignerons s’adaptent à l’imaginaire de leur temps, ce serait déjà réduire la somme considérable d’information flottants dans l’air qu’ils respirent … Ce serait borner le territoire qu’ils explorent depuis la plus éloignée de leur parcelle jusqu’aux confins des territoires qu’ils explorent en rêve.
    Il faut laisser ce job aux poètes …

  • Roland Marchetti
    02/01/2015 at 9:15

    Merci Hervé, pour cette recette, mais aussi pour l’Avoir découverte et appréciée avec Toi à la maison Gouin …
    Qui sait si pour une prochaine rencontre..?
    Roland

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