Toi aussi, deviens un arbre.


Un bien long silence, mes amis, je sais, je sais. En fait, je ne sais pas grand-chose, mais bon, vous le savez…

Ce blog connait de grandes périodes d’hibernation. C’est un peu normal. Mon « mystic animal », mon animal totem, m’a été révélé un jour par un chaman Inuit, au fond d’une hutte de sudation : c’est l’ours. Alors, rien de plus normal à ce que je me renferme dans ma grotte de temps en temps. Entouré de mes jarres (la jarre, c’est un peu comme le covid-19, on n’avait pas prévu ce succès, vivement que ça soit terminé…) remplies de miel, à portée de pattes, gourmandement léchées, je suis bien, tel Bilbo dans son trou. Jusqu’à la nouvelle lune où j’irai danser sous les étoiles. Bon, je prends un peu de poids, c’est ballot (baloo ?), mais dès le printemps revenu, j’irai m’ébrouer sur la plage, courir avec mes copains ours (je vous laisse mettre des noms en commentaire…Vincent, comment ne pas penser à toi…), sur les rivages nudistes du département, en bon Barbapapa, et je retrouverai ma forme jusqu’au closing déchainé de la dernière paillote. Je vous laisse visualiser…

Il serait vain (vin ?) d’énumérer toutes les raisons qui me permettraient de vous faire pleurnicher sur mon épaule (enfin, en ce moment, bien sûr, Édouard a dit « faut pas »…).

Manque de temps. Manque d’envie. Manque de sujets. Impression que, depuis quinze ans, j’ai tout dit, qu’écrire ne serait au final que répéter, inlassablement, au point qu’on finirait par m’appeler le Sisyphe catalan… Déjà que je fais dans le Corinthe avec mon muscat. Tiens, j’ai mangé un tartare, hier soir. Désolé pour cet humour de gare, il n’y a que mon fils, féru de mythologie antique, qui sourira d’un air atterré devant cette salve (slave diront les amateurs de petite Sibérie…) de jeux de mot niveau carambar, alors que ce blog, cette œuvre, n’ayons pas peur des mots, vise toujours, je le rappelle, l’entrée à l’Académie Française (dont un paquet de sièges vont à mon avis se libérer bientôt…)

En fait, j’étais très occupé par un projet qui prend en ce moment un éclairage particulier. Je sais, l’heure n’est pas à l’entreprise. L’heure est au Nutella, à même le pot. Mais puisque le monde s’effondre (peut-être), mieux vaut garder jusqu’au bout l’allié le plus précieux de l’homme désespéré : l’humour.

Il est bon, à ce sujet, en ces temps de confinement, de montrer à ses enfants les grands classiques du cinéma français. Les miens viennent de regarder avec délice trois des plus grandes œuvres et, désormais, grâce à «la vérité si je mens 1, 2 et 3», nous savons que nous avons des gagnants dans la famille… Car, depuis 2008, le monde entier sait que l’idéogramme Chinois « crise » est le même pour « opportunité ». Et ce n’est pas les fabricants de masques qui vont nous contredire… Et que donc, dès la méditation au bol tibétain terminée, les affaires doivent continuer.

Unknown

Depuis six mois, une nouvelle branche d’activité est donc en développement au Domaine. Je sais, le moment est sans doute délicat pour vous en parler. En même temps, jamais peut-être le moment n’a-t-il été aussi propice.

Je vous raconte, d’accord ?

Tout a commencé sur ma terrasse. Dans un grand pot dont l’occupant était mort, j’ai décidé de lancer un compost. Je vous le conseille. On gagne un poids de poubelle hallucinant. Il suffit d’acheter sur internet quelques lombrics de race pure, et vous voilà éleveur. De vers. Et pas solitaires, les bougres !

Dès que le printemps revient, ces goulus se mettent en action et, tout au long de l’été, pendant que vous vous gavez d’acras de morue et d’anchois marinés en regardant la mer, eux boulottent vos épluchures. Deux ou trois enterrements plus tard (à la campagne, on enterre souvent, même en temps normal…), je me suis demandé ce que j’allais choisir, moi. Il faut bien se faire une raison, plus proche de la fin que du début. Sauf à ce qu’on découvre très vite dans une technologie trans-humaniste, genre Altered Carbon, mais bon, j’ai peu d’espoir. Bien qu’une nouvelle vie dans un corps de femme ferait question…

Le Compost Humain. Voilà la solution.

Soyons clairs, nous avons déjà raté la culture de la marihuana, alors que notre système administratif de contrôle était prêt grâce au vin où nous sommes plus harcelés que les cultivateurs hollandais. Et qu’au niveau de la beuh, sur les grands terroirs français, le modèle AOP aurait été un succès mondial. Mais le compost humain, nous avons encore toutes nos chances. Nous ne voulions pas rater la vague…

Alors, voilà, au Domaine, nous sommes prêts.

Vous vous connectez sur notre site. Vous remplissez un formulaire finalement assez simple. Nous nous occupons de tout le reste, grâce à un partenariat avec Chronopost. Enfin, Chronofrais, en fait. Un cercueil en carton à décomposition rapide vous est envoyé, vous pouvez même le faire personnaliser en fonction de vos passions passées.

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Vous envoyez. Nous recevons. Nous compostons.

Enfin, nous et la meute d’énormes lombrics qui commençaient à trouver leur pot franchement réducteur. Votre mort donne la vie. Et en vérité, un engrais de tous les diables !  Un super compost, issu de ce que l’on appelle désormais « l’humusation ». Aucun rejet toxique dans l’atmosphère. Plus de 200 litres de mazout économisés. Les vers absorbent tous les résidus des médicaments (l’allongement de la vie crée de véritables réservoirs de résidus toxiques), les métaux lourds, les pesticides, les perturbateurs endocriniens. Un bac de rétention récupère à la fin du processus les diverses prothèses et bien sûr les dents. On a pensé à tout…

Attention, n’espérez pas réaliser vous-même l’opération. Elle est délicate. Entouré de paille, de copeaux de bois, d’herbes odorantes tel une belle dinde un soir de réveillon chez Alphonse Daudet et d’un compost vivant, il faut des conditions d’humidité, de température et d’oxygène au millimètre pour que le processus aille à son terme. C’est du sérieux. Vous me connaissez.

67 jours après, vous recevez un sac de terreau, apte à faire pousser vos cultures les plus exigeantes.

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Ou, bien sûr, pour un modeste supplément, nous vous proposons un épandage doux sur la parcelle du domaine de votre choix, celle du vin que vous aimiez le plus. La petite Sibérie, pour ceux qui «avaient de l’argent et pas de goût», comme le conseillait il y a déjà quinze ans la RVF (eux aussi, des gagnants…). Les Sorcières, pour ceux qui ont des problèmes avec leur mère. De battre mon cœur s’est arrêté, pour ceux qui assument qu’ils auraient dû arrêter de fumer. Bref, le Clos des Fées regorge de possibilités. De quoi, pour les plus infidèles, s’autoriser quelques bons mots du genre « enfin, je sais où il est… ».

Enfin, pour ceux qui veulent aller au bout de leurs convictions et qui aimaient vraiment le confinement, l’humus issu de leur décomposition peut-être enfermé dans des cornes de vaches, à nouveau confiné dans la terre fertile du sud puis transformé en gloubiboulga biodynamique aussi appelé «500» et, après un dernier tour de manège dans un dynamiseur, foutre un gros coup de pied au cul à la vie biologique.

Le service ne coûte que 9 999 euros, or quelques frais qu’il serait ennuyeux d’énumérer en ces temps troublés. Je sais, certains vont être choqués. Mais il y a cinquante ans, l’incinération paraissait répugnante. Pour moi qui ait toujours rêvé d’être enterré à même la terre, sous le grand chêne du Clos des Fées, le nourrissant, lui rendant tout l’amour qu’il m’avait donné, je serais heureux de réaliser la prédiction de la chanson qui ne pouvait que clore ce billet premier billet d’avril, In Dead Earnest : « si je meurs dans mon sommeil/Prenez mes os et mes tendons/Mettez-les dans le tas de compost/Laissez-les se décomposer quelque temps» Yeah !

ICI sur Deezer. ICI sur Spotify.

Et en attentant, gardons notre humour, chers lecteurs. Prenez soin de vous !

7 commentaires

  • DUPAS
    01/04/2020 at 1:09

    Bonjour Hervé,
    Ahahahah…. Bizeul is back
    Il y a quelques décennies, un certain moustachu que tout le monde abhorrait, avait organisé la chose en plus grand… L’histoire n’a pas observé une amélioration de la fertilité des terres dans les régions où des corps avaient été mis en terre… Somme toute compostons, compostons, ne serait-ce que pour soulager le dos de nos amis les éboueurs…
    Portez-vous bien et soyez prudents…
    Philippe

  • Laurent Maurel
    01/04/2020 at 1:13

    Quel dommage que ce premier du mois. Sinon quelle jolie perspective, finir étalé sur De battre … Ce sera pour une autre fois.
    Amitiés. Laurent

  • Francis
    01/04/2020 at 1:52

    Fidèle à la tradition, bien sûr 😉

  • Nicolas
    01/04/2020 at 2:31

    Merci ! pour moi aussi ce sera sur la parcelle de « De battre mon cœur s’est arrêté », même si j’aurais préféré Modeste… Je vais continuer de vendre des masques en filtre à café et du faux gel hydro à base d’Agar pour faire un max de bénef, et je vous en commande un 😉 Confinez bien.

  • Toad Nemo
    01/04/2020 at 2:55

    Puisqu’il faut choisir ( et choisir c’est renoncer), bien que « De battre… » soit de circonstances, pour moi ce sera « Aimer, rêver, prier, se taire » . Eternellement !
    Merci pour ce billet aux fragrances de poisson.

  • Bruno ADLER
    02/04/2020 at 4:51

    J’aimerai bien être épandu sur « se libérer du connu » ce serait raccord

  • Loic Boidin
    04/04/2020 at 10:41

    Extra frais, extra vivant que ce joli billet de printemps… C’est extra comme un moody blues qui s’en balance,… « une fille qui tangue un air anglais, c’est extra ! »,
    …. Comme un air de fifre par son Faune joué sous les Oliviers
    Merci Monsieur Bizeul

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