Vigneron ou dealer ?


De retour ce matin de Foix, je pensais vous raconter ma nouvelle expérience avec bonne humeur.

Invité pour un « café littéraire » ayant pour thème « la vigne, le vin, l’ivresse…» dans le cadre de la Scène Nationale de Foix et de l’Ariège, j’ai participé avec amusement et plaisir à un mélange de lectures – merveilleusement choisies et dites par Philippe Fréchet – et d’expériences vécues par moi, bien moins bien emballées, j’en ai peur, que celles des poètes ou auteurs classiques. Je ne regrettais pas mes 4 heures de voiture sur les routes verglacées mais majestueuses de l’Aude et de l’Ariège. Pendant plus de deux heures, nous avons évoqué la terre, si attirante et si dure à la fois, la vigne, capricieuse et versatile, le vin, plaisir et culture, mais aussi refuge pour les poètes et les fous, ou drame pour les travailleurs du début du siècle et autres malheureux de tout temps, qui au fil des siècles, ont trouvé dans son abus un refuge, un apaisement, ou, il faut bien l’avouer, un moyen de destruction.

En voiture, j’écoute au fil des journaux radio, le retentissement donné au énième rapport sur l’alcoolisme en France, remis au gouvernement par un alcoolique repenti, Hervé Chabalier, qui, ne trouvant pas en lui la force de se contrôler, cherche à contrôler ceux qui, eux, en ont la volonté.

Pêle mêle, on jette à nouveau le bébé avec l’eau du bain, mélangeant d’un coup de baguette magique la femme désespérée, chômeuse et abandonnée, qui noie sa difficulté de vivre une grossesse non désirée en buvant une bouteille de gin par jour et faisant inexorablement de son fœtus un enfant anormal, et l’amateur de vin qui, en famille, transmet le dimanche au déjeuner une culture millénaire en buvant, oh scandale, deux ou trois verres de vin.

Je ne reviendrai pas sur la maladresse qui consiste, à mon sens, à confier un tel rapport à un alcoolique, fut-il repenti, entraînant de fait une partialité évidente qui, non contente d’enlever toute crédibilité à un tel texte, provoque immédiatement un rejet en bloc des parties adverses. Mais, de retour à Vingrau, une chose me choque profondément : en cherchant à lire ce rapport, pas encore en ligne, apparemment, je tombe sur ce lien ICI. Jetez un œil, c’est édifiant. On y lit une longue revue de presse, glorifiant ledit rapport, suivi… des dernières nouvelles de la culture de l’Opium en Afghanistan ou de la cocaïne au Guatemala ! Et oui, vous êtes sur le « site gouvernemental de la mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie ». On y donne donc, le plus naturellement du monde, des nouvelles de votre drogue préférée, l’alcool et bien sûr le vin. Ca y est, maman, je deale… :((

Il fut un temps où Pasteur luttait contre l’alcoolisme en encourageant la dégustation du vin. Il fut un temps où le Petit Larousse faisait la distinction entre « l’ivrogne », celui qui boit du vin en excès, et « l’alcoolique », qui boit n’importe quoi et en est dépendant.

Aujourd’hui, la tendance est au cocktail démagogique qui voudrait nous faire avaler que ceux qui veulent se détruire par l’alcool ne le feront pas ou plus, simplement parce qu’on le leur interdit. Comble du mépris, je me demande dans quelle sphère faut il évoluer – si loin du monde réel – pour penser, que les français sont tellement c.. qu’il ne savent pas que l’abus d’alcool les conduit à la maladie, ou que l’alcool est un grave danger pour les femmes enceintes. Tout cela montre bien que nos dirigeants d’aujourd’hui ont un tel mépris pour le « bon peuple » qu’ils pensent que plus personne n’est capable de prendre ses responsabilités personnelles et qu’il faut donc tout contrôler par des lois, quitte à faire le bonheur – leur vision du bonheur, du moins – des gens malgré eux.

A une époque où, pour un jeune, il est plus facile et bien moins cher de se procurer un joint ou une pilule d’extasie, il est clair que diaboliser le vin est la plus vile façon de détourner le problème de ses causes vers ses conséquences. A la clé, une façon bien pratique d’éviter d’avoir à se poser la vraie question, « pour quelle raison, pour quelle souffrance, pour quel mal de vivre, certains hommes et femmes tombent-ils aujourd’hui dans l’alcoolisme ? ».

Ceux là se détruisent-ils au vin d’appellation d’origine contrôlée ? J’en doute. Mais plutôt que de les aider à s’en sortir, arrachons plutôt les vignes et diabolisons la dégustation du vin. Nom de Dieu, que cela m’énerve !

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