Obligation de résultat – Parlons pesticides


Bon, je sais, je ne vais encore pas me faire que des amis avec ce billet.

Mais bon, ainsi va la vie.

Vivre, c’est choisir, disait je ne sais plus qui. Alors, je choisis. Donc, je vis 😉

J’ai toujours été mal à l’aise avec le «label» AB. Ce petit logo que l’on met sur une bouteille et qui vous absout de tous vos péchés présents, passés et futurs, trois ans après vous être convertis à un règlement. Une sorte de sésame, très à la mode, qui permet de «normaliser» et met fin à toutes les questions.

Pourquoi donc, me direz vous ? La diminution des pesticides, c’est pourtant une cause nationale. Certes. C’est même le sens de l’histoire.

Certes. Et je suis le premier à souhaiter y contribuer.

Mais plusieurs choses m’ont toujours gêné dans cette notion de «label» bio :

– d’abord, aucun consommateur ne lisant les cahiers des charges, aucun d’entre eux ne sait ce que ce label veut dire. C’est, encore une fois, une négation totale du libre arbitre, de la recherche de la connaissance et de la compréhension du monde, un abandon de sa responsabilité personnelle. On achète les yeux fermés, sans se poser de questions. Pourtant, Dieu sait qu’il y en a à se poser…

– ensuite, rien qu’en France, il y a trois labels possibles (français, européen, américain), qui autorisent ou interdisent des pratiques et des intrants différents. Bonjour la cohérence…

– enfin, parce mon intelligence et mon expérience me font penser, à cinquante ans, que refuser toute molécule pour autant qu’elle n’ait pas n’existé à l’état naturel est pour le moins un peu réducteur. D’un côté l’enfer, de l’autre le paradis, ces raisonnements noir/blanc ou bon/mauvais, ce n’est pas pour moi.

Ah, sans oublier bien sûr la principale : je suis peu intéressé, en temps que citoyen, par les obligations de moyens, si faciles à contourner et n’engageant finalement à rien.

Plus m’importent les obligations de résultat…

C’est un commentaire d’un de mes lecteurs qui m’a amené à commencer ce billet : «vous êtes sans soufre à la fin des vinif», me dit-il, «la belle affaire, tout le monde ou presque l’est. C’est de la propagande commerciale puisque vous en mettez ensuite». Merci, cher ami, de rappeler que la fermentation alcoolique consomme plus de SO2 qu’elle en crée et que donc, sauf à matraquer ses moûts par des doses de SO2 massives, la plupart des vins rouges français à l’heure où je vous parle sont «nature». Vous ne le saviez pas ? Vos vignerons «naturels» ne vous l’avaient pas dit ? Bizarre. Et aucun ne vous a jamais montré une analyse, ni chimique, ni de pesticide ? Comme c’est bizarre. Ca s’appelle une obligation de moyens, tout simplement.

Moi, ce qui m’intéresserait, c’est un label avec une obligation de bonne fin : une analyse, on voit ce qu’il y a dans le vin (objectif au plus proche de 0 résidu). Là, ça m’interesserait.

Alors, quand j’ai vu que le Laboratoire Chatonnet entamait cette démarche, je me suis dit qu’il fallait que je sache.

Oui, je vais encore choquer, mais dans toute démarche de réduction des intrants, il me semble que le principal intéressé, le vigneron, devrait savoir ce qu’il donne à boire à ses clients. Et que si son analyse montrait 10, 20 résidus de pesticides, parfois au delà des recommandations, voire des autorisation de mise en marché, il y aurait une véritable prise de conscience. Rapide. Brutale. Sans marche arrière possible.

Vous vous étonnez de cela ? Et bien désolé, mais aucun vigneron français ou presque ne sait s’il y a ou pas des résidus de pesticides dans ses vins…

Charité bien ordonnée commence par soi même, n’en doutons pas, me voilà face à mes analyses. Sorcières 2011, Vieilles Vignes 2010, Clos des Fées 2010.

Pris au hasard dans le lot, vins en bouteilles, une seule cuve de toute façon pour les VV et les CDF.

En préalable, il me semble important de dire que Je ne suis pas en bio et ne le revendique pas.

Je laboure partout où je le peux, répugnant à arracher les vieilles vignes que je ne peux pas faire. J’utilise sur ces dernières le moins de désherbants possible, en faisant tous les efforts du monde pour réduire les doses, utilisant des machines à dos pour ne taper que là où c’est utile., Je suis un grand utlisateur de fumier de bergerie (pas bio, 10 fois plus cher…), mais de montagne ou les bêtes ne voient pas vraiment souvent le vétérinaire tout en ne rechignant pas, pour aider une vieille vigne à redémarrer, à utiliser avec parcimonie un sac ou deux d’engrais minéral. Enfin, mon climat me permet de me contenter, généralement, de soufre et de cuivre, plus un insecticide hyper performant, moderne, ciblé (il ne tue qu’un insecte et pas les autres en lui bricolant l’estomac) pour lutter contre les vers de la grappe, parce que le raisin, du coup toujours sain, ne rendra ensuite nécessaire l’ajout de… rien. Parfois, sur une parcelle ou un secteur, un anti-oidïum de synthèse, est utilisé. Un. Sur une deux ou trois parcelles, bien identifiées, de moins en moins, car nous avons bien remembré et sommes désormais un peu à l’abri de voisins ayant lâché prise. Et certaines années, une sur trois ou quatre, les printemps humides, inhabituels ici, font que le mildiou nous attrape (parce qu’on est pas encore assez bon et assez nombreux sur l’observation) et comme on ne met pas de cuivre systématique, un petit anti-milidiou curatif s’impose.

Ca s’appelle le raisonné, ça permet, quand c’est fait à l’extrême comme ça sur un vignoble hyper morcelé, de diminuer ses intrants chimiques de… 95 %. C’est pas mal.

Mais en vérité, je n’avais aucune idée du résultat dans mes vins, comme, je l’ai dit, 99,999 % des vignerons français.

Bon, maintenant, je sais…

Et vous aussi, si vous clicquez sur ce pdf : Excell_Analyses.pdf, car je n’ai rien à cacher, en vérité.

Ouf.

Rien sur les Sorcières, rien sur le Clos des Fées. Nada. Zéro.

Mais que vois-je, sur les vieilles vignes ? Une trace de «Dimethorphe», une molécule anti-mildiou systémique.

Bon, on est <0.01, soit moins de 300 fois la dose tolérée dans le vin. Mais quand même, au début, ça m’a fait quelque chose…

Après discussion avec Serge, confirmation d’un traitement avec ce fongicide, au printemps 2010, sur une partie des parcelles du lieu dit Sarrat Nègre. 4 hectares. Aurait-on pu s’en passer ? Pas au stade de détection, il aurait fallu passer deux cuivres avant. Pourquoi ne l’a t’on pas fait ? Impossible d’être partout, pas de personnel dédié, mauvaise mesure de l’ampleur des pluies sur ce secteur par rapport aux autres (je rappelle que nous avons un peu plus de 110 parcelles dans un rayon de 35 km autour de la maison, sans que ce soit une excuse, bien sûr), sans parler de la mauvaise appréciation des entrées maritimes.

Je l’avoue, je suis un être humain, et j’aurai bien aimé vous montrer une analyse vierge.

En y repensant, depuis plus d’un mois, j’ai trouvé ça bien que l’analyse, ainsi, montre sa précision phénoménale sur plus de 200 molécules recherchées.

Depuis, je me demande un peu, je l’avoue, ce qu’il y aura dans certains vins d’autres régions Françaises, cette année, vu les conditions terribles et les vendanges hyper-tardives…

Mais je suis vraiment content de SAVOIR et nous allons désormais tout faire pour que nos vins, A LA FIN, ne contiennent aucun résidu de pesticides, comme les deux autres.

Au final, il est clair que je suis heureux d’avoir fait cette démarche, assez novatrice je crois, et que je la conseille à tout le monde, sans bien sûr la moindre obligation de publication, car voir ainsi la réalité est à mon sens le meilleur moyen de changer les mentalités de ceux qui sont les premiers concernés par la «pureté» de leur vin (car ce sont eux qui en boivent le plus…), les vignerons eux mêmes.

Il devrait je pense y avoir quelques commentaires croustillants…

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