Vendanges 2020 – Jour 9 – L’invasion des Chenopodium Album


« Comme tous ceux qui aiment le risque, je ne suis pas facile à vivre » : j’aime beaucoup cette phrase de Nassim Nicolas Taleb. J’aime beaucoup tout ce que dit ou écrit Nassim Nicolas Taleb. Je rêve de déjeuner un jour avec cet homme qui ne mange et ne boit que des aliments qui ont un nom en grec ou en hébreu ancien (sauf le café). Grande sagesse…

Le Cygne Noir est un livre qui m’a marqué. Antifragile aussi, voire plus. Rien ne théorise mieux à mon sens (mais bon, comme je ne sais pas encore ce que je ferai de ma vie quand j’aurai fini mes études, je suis loin de me croire lettré) le métier de vigneron, ce chaos permanent, où il est nécessaire d’aimer l’influence du hasard et non de la redouter, où la résistance ne s’acquiert que sous le poids des difficultés, où la souffrance physique fait partie du quotidien, où les changements permanents de direction relèvent de l’art de le régate, où travailler avec le vivant oblige à accepter l’influence de mystères qui jamais ne seront dévoilés. Tirer profit du désordre pour se renforcer. Intégrer tout cela à ses vins. Les rendre eux aussi antifragiles… Un livre aussi indispensable que le Peynaud…

Que dire de ses dernières propositions, qui semblent si évidentes lorsqu’on les a lues, de ne laisser le pouvoir politique qu’à des personnes «dont la vie en dépend»… Elles seraient alors responsables sur leurs biens propres des décisions qu’elles prennent pour la collectivité. Peut-être, et les exemples abondent, n’aurait-on pas eu autant de retard dans les EPR français. J’en passe et des meilleures.

En regardant lundi pousser le long de la Syrah de la Cresse des Chénopodes blancs, j’ai repensé à Nassim (je l’appelle déjà Nassim, histoire de créer un peu d’intimité, des fois qu’on se rencontre un jour…). Il y avait une sortie magnifique de chénopodes blancs, d’une trentaine de centimètres de haut.

La veille, j’avais beaucoup pensé à Yannick Jadot, notre futur président (il en est persuadé…) et puis au nouveau maire de Bordeaux. Oui, celui-là, qui n’aime pas les arbres morts. On se demande avec quoi il allume se cheminée, l’hiver, s’il ne veut pas faire brûler du bois mort. J’ai pensé à eux après avoir pioché une petite heure, avec l’équipe, des chénopodes blancs GÉANTS, dans un autre terroir – un peu plus productif dirons nous – où ils atteignaient un bon mètre cinquante.

Il n’y avait que le bas de la vigne, je dirais quatre-vingts ares, en allant vers la rivière, qui étaient littéralement envahis par ces herbes d’un autre monde. C’est parait il l’ancêtre de l’épinard, on aurait pu (et dû ?) en récolter pour le vendre en botte, en faire des brèdes, chères aux Réunionnais. On s’est contentés de les piocher. Avec vigueur, car même dans le sol un peu assoupli par une averse, on ne pouvait déraciner à la main que les petits. Saloperie. Des vampires.

Ah, au fait, on était neuf (avec ma tendinite aux deux épaules et à mon âge, je compte pour du beurre…).

Piocher, ça libère l’esprit et il m’est venu ce billet, qui ose dire que toute décision politique concernant l’agriculture devrait être précédée à mon sens de quinze jours de «vis ma vie» dans une exploitation. Vache, mouton, chèvre quand on va décider pour l’élevage. Vin quand on va décider pour le vin. Céréale quand on va décider pour les grandes cultures. On bosse là-bas. On mange ce que mange l’agriculteur et quand il mange. On dort chez lui.

Et bien sûr, activité «pioche», quand on ouvre sa grande gueule sur le désherbant. Là, on emmène sa femme, piocher aussi, et ses enfants avant quinze ans, tant qu’à faire. Parce que jusqu’aux années 60, c’était eux qui étaient chargés de ça. Enlever les mauvaises herbes. Entre autre. Le fameux «bon vieux temps».

Après, on signe un petit papier qui engage le responsable sur ses biens propres quand aux conséquences de ses décisions. Quand on ruine toute une filière en lui fixant des normes et des contraintes que d’autres pays au sein même de l’Europe n’ont pas, on assume ses choix et on paume sa maison. Réfléchir aux conséquences, à toutes les conséquences, voilà qui ne serait pas mal.

A décider trop vite, n’importe quoi, par pure démagogique et «en théorie», ce pays merveilleux où les bisounours surfent sur les arcs-en-ciel, on fait n’importe quoi, comme rêver de ré-industrialiser la France au moment même ou son agriculture meurt à petit feu sous le poids des normes, des interdictions, des empêchements et de fonctionnaires qui, pour la plupart, sont toujours «contre» nous au lieu d’être «avec». Bon, pas tous, heureusement.

Je m’en vais tenter de cuisiner quelques chénopodes blancs. Dès fois que j’ai un peu de temps libre, je pourrais faire quelques marchés et trouver un revenu complémentaire.

C’était le billet du samedi.

P.S. : un peu comme Darmanin qui vient nous expliquer le bien et le mal. Après avoir échangé quelques services contre une soirée dans un club échangiste. Quand même, quand on y pense, quelle époque formidable. C’est gentil de faire marrer les banlieues….


Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours.

2 commentaires

  • Charlesp
    19/09/2020 at 5:19

    Assaisonné et poché rapidement, jus de citron, huile d’olive ! Toute la rudesse et le plaisir de la Laconie dans une assiette.

  • pphilippe
    21/09/2020 at 10:41

    Revenu à la poêle comme les épinards et y jeter dessus un œuf poché couvert de fromage râpé les jours de blues … A éviter de répéter trop souvent pour ceux qui ont tendances aux calculs rénaux.
    Souvent l’amarante n’est pas loin, même recette, c’est plus grossier, mais plus nourrissant. Pour l’amarante, en soupe avec des PdT c’est mieux.
    Bon ap ! pphilippe

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