Vendanges 2021 – Jour 11 – Retourner sur le pont


Mercredi, je vais aller au cinéma. J’y tiens. DUNE. Denis Villeneuve. Enfin.

A quel âge ai-je lu ce livre ? J’ai regardé sur mon édition originale, de chez Ailleurs et Demain, chez Robert Laffont. 1970. Je les achetais à la sortie, pas tous, dans les limites de mon argent de poche qui passait entièrement dans la science-fiction. Il m’en manque beaucoup, mais j’ai les essentiels, je crois. Une époque.

J’avais douze ans donc et ce livre m’a marqué comme il a marqué toute une génération. C’est la saga de S.F. la plus vendue au monde, normal. Je me souviens avoir été emballé, avoir voyagé sur le nez d’un ver des sables, imaginé les yeux bleus «épice» de Chani dans les miens, avoir ressenti la douleur du Gom Jabbar de la révérence mère… Voilà que Denis Villeneuve s’attaque au mythe. Je ne suis pas inquiet. Je suis impatient. Maintenant, avec l’expérience de la vie, je vois bien ce que Franck Herbert consommait sans aucun doute…

Dans mon lit, bouillotte aux pieds, alternant chaud et froid, je m’y suis replongé avec délices, y lisant, bien sûr, tout autre chose. «On ne se baigne qu’une fois dans le même fleuve» nous dit le sage, il en est de même pour la plupart des livres (sauf le Comte de Monte-Cristo, que je relis tous les dix ans avec le même entrain), je n’ai pas été déçu, mais je me suis dit que c’était vraiment un livre qui encourageait l’extrapolation parce qu’en réalité, tout ce qui va nous émerveiller dans ce film est parfois vaguement expliqué en une phrase ou deux. Un peu comme le vin : certains, et souvent pas ceux qu’on croyait, d’un coup de nez ou d’une gorgée vous propulse dans une autre dimension. C’est complexe à expliquer, il faut le vivre.

On a revu avec Gaspard la version de David Linch, qui contenait quand même vraiment des choses magnifiques (entre Sting en string et le plus affreux méchant du cinéma, le baron pustuleux…) et je me suis dit que mercredi allait être le meilleur jour de la semaine. D’ailleurs, la chance est avec moi, il pleut, mercredi. Il a jamais plus pendant huit mois et maintenant, il pleut tout le temps. C’est la vie, Lilly. Donc, lundi et mardi, c’est décidé, j’ai décidé : on entre dans le cœur de la meule, le nan-nan, les plus beaux raisins ceux avec le plus grand potentiel. Qui, comme tout le monde sait, n’est rien. Donc, j’ai remis mon T-Shirt «Papy-Boss», ma casquette, et j’ai fait avancer le porte-avion.

En attendant, samedi, on a bricolé les blancs. Journée de cinglés où Serge a dû jongler sur une zone de dix kilomètres avec une soixante de vendangeurs, coupeurs, porteurs, chauffeurs, tracteurs, camions frigo et j’en passe. Eye of the tiger…

On s’est échauffé sur notre seule grande parcelle de grenache blanc puis sur une dizaine de minuscules parcelles atomisées, séparées par des bois, des forêts, des murets, des prairies, ce qu’aujourd’hui on pourrait appeler une agro-foresterie exemplaire mais le terme est déjà tellement dévoyé qu’il m’écorche un peu la bouche… Journée de cauchemar logistique. Mais des vignes remarquables et des raisins dorés.

Plantées juste après le phylloxéra, les massalles suivent leur propre chemin de vie, encore incroyablement emplies d’énergie pour certaines. D’autres, ne nous mentons pas, sont mortes. Un peu comme dans une classe d’âge.

Trop faible encore pour l’assister, si tant est que ma présence apporte quelques chose, je suis passé faire des photos et puis je suis resté à la cave pour gérer les entrées de raisin. Faudrait que je parle plus de la cave. Mais c’est moins beau, que voulez vous. Trois pressoirs en //, des rouges qui attendent leur tour, c’était le souk…

Trop peu de raisins, entre sorties faibles, un soupçon de coulure, la sécheresse pour isoler les blancs des gris, on pressera tout ensemble cette année. Après la formidable année dernière au niveau volume, la vigne a sans doute un peu levé le pied, on aurait dû s’y attendre. Moins cinquante pour cent pour les vieilles vignes blanc, c’est désormais inévitable. Mais difficile à accepter.

La beauté de ces vignes, leur envie de continuer à vivre m’inspire. Et s’il me restait encore 25 vendanges. Si, comme Lalou B.L., à 89 ans, j’avais encore faim ? Va savoir, Charles… Peut-être que comme ce vieux grenache blanc, on me mettra un soutien.

Pour lui une pierre, pour moi un bel exosquelette dans le même métal que l’armure d’Iron Man ? Ne riez pas, on vient de démontrer la stupéfiante intuition ou chance des créateurs de BD : le titane et l’or, ensemble, c’est incroyablement solide et l’alliage conserve sa fabuleuse affinité avec l’os vivant. parfaitement ostéocompatible.

Ce que j’écoute pendant les vendanges, mais pas tous les jours.

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