Vendanges 2022 – J-2 -Monter en puissance


L’attente. Mon Dieu que cela m’est difficile. Je voudrais déjà être au cœur du cyclone, les cuves pleines et l’odeur du raisin fermentant saturant mes narines.

En attendant, que faire ? Monter dans les Corbières bien sûr.

Partir de Vingrau, s’arrêter pour prendre de plein fouet, en pleine gueule, la Serre de Vingrau alors que le soleil la rougit. Descendre vers Tuchan, admirant le Tauch qui commence à reverdir après l’incendie de 2016. En face du camping tourner vers Padern, prendre un verre de vin nature (eh oui, j’en bois, je suis fou, pas con) au café des Sports qui revit, repris par Pierre Jancou, précurseur et idole des natures et du locavore qui s’est installé à Padern et qui va y faire du vin. Welcome, Pierre. «Je suis moins ayatollah, vous savez..». C’est bien, ça, de se réconcilier, tous, autour du vin !

S’entager dans la vallée, s’émerveiller des rochers, de la rivière, des trous d’eau, du fou qui restaure enfin ce satané moulin que tout le monde a rêvé de retaper un jour en passant par là, être seul, un soir d’étoiles, un soir de vent.

Arriver à Cucugnan, face au soleil, savourer sur sa peau la douceur d’une lumière mourante, vitres ouvertes, clim éteinte, monter le son, tomber sur un berger qui nourrit un troupeau de chèvres.

Saisir un coucher de soleil qu’on aimerait tous peindre, se réjouir d’avoir un appareil photo sous la main, aimer l’époque. Monter vers le Moulin, dans un village désert. L’auberge est mal en point, fermée, les touristes déjà partis ou jamais arrivés.

Avoir le village pour soi tout seul.

Passer devant la petite église, admirer la beauté de cet escalier qui donne envie de monter vers…

Découvrir à coté ce christ magnifique, admirer puis, en un éclair, voir monter l’idée loufoque d’un nouveau business, sans doute après avoir eu la semaine le nez dans MacOS Monterey et autre Bigsur : des petites croix avec des petits Steve Jobs dessus… Et oui, après tout, lui aussi s’est sacrifié pour que nous tous puissions avoir enfin un meilleur ami, un smartphone pour lequel on peut enfin dire « parce que c’était lui, parce que c’était moi », histoire de faire se retourner dans leur tombe Montaigne et La Boétie d’un seul coup d’un seul… Déclencher quelques année après l’incrédulité : «Tu as vu Bizeul dans sa nouvelle Bentayga Range caramel trois litres hybride ? Avec son chauffeur sikh enturbanné ? Et sa bodygard noire qui est le sosie de Grace Jones ? Non ! Mais d’où il le prend, tout ce fric ? Tu le croiras jamais : figure toi qu’un jour, en montant à Cucugnan…»

Faire fortune en inventant une connerie. Le sac à rire des années 70. Le tire-crocs pour sortir les cornichons du pot. Les porte bonheur christ Steve Jobs… Quel pied (de nez).

Plaquer un sourire sur son visage, se réjouir d’avoir gardé une âme d’enfant, un côté potache, la capacité à oser partager ça avec vous… Pardon, H., pour le blasphème…

Arriver dans le royaume du bon pain, désert et silencieux. S’installer sur la table de l’ami Roland Feuillas, sans doute endormi depuis longtemps comme tout boulanger qui se respecte. Admirer longuement son moulin, brûlé par le soleil qui se couche, honteux j’espère de torturer ainsi la terre depuis des mois.

Déballer un petit fromage de chèvre, local, deux tranches de jambon de porc noir frotté par les mains douces de Pierre Sajous, une bouteille de Fitou de nos amis Bertrand-Berger, refaire un peu le monde avec l’amie qui vous a proposé l’expérience (merci H.F. pour cette pararenthèse) et qui risque sa vie dans les cactus pour récupérer ses assiettes qui s’envolent, savourer la tramontane qui de caressante se fait insistante, puis giflante, savourer le vent, qui me manquait cette année, les bras écartés, le laissant totalement vous envahir, tentant de sentir les odeurs qu’il transporte, se sentir lavé, au plus profond de soi.

Apprécier, sans parler, ce moment que l’on appelle « entre chien et loup », regarder la lune, à travers les pins, chercher à faire un haïku du moment, renoncer en riant bruyament de sa propre nullité. Evoquer respecteusement Basho, le maître :

«Sur la branche écorchée

du couchant

Un corbeau s’est perché.»

Repartir vers Maury, le cœur léger d’avoir revu une amie, s’arrêter pour admirer Quéribus éclairé dans la nuit, majestueux nid d’aigle, rouler (un peu vite…), s’arrêter à Tautavel, refaire le monde avec Thierry, au Silex, avec un autre verre de vin nature (c’était un jour spécial, hein…)

Rentrer, enfin, dans la nuit brûlante, certain d’être à la bonne place, au bon moment.

S’endormir en souriant en pensant à la boite à clés….

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours.

Ah, au fait, le CLIP EST MAGNIFIQUE…

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3 commentaires

  • Levavasseur
    09/08/2022 at 8:55

    Super ce post, je le retiens pour le jour où je pourrai descendre par chez vous…
    Belle évasion en ce début de journée Merci

  • Marc
    12/08/2022 at 10:20

    Sapristi, quel billet monumental !!!
    Trop bon à lire !

  • Michel Smith
    28/08/2022 at 7:19

    Pour du nature, c’est très « grandeur nature » !

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